Pourquoi les grands carrossiers ont boudé Hotchkiss (et pourquoi Chapron ne l'a pas fait)
Une maison qui livre des voitures « clés en main »
À la différence de la plupart des autres marques françaises de prestige, qui ne vendent leurs modèles qu'en châssis nus, Hotchkiss fait partie des rares constructeurs — avec Talbot et Salmson — à proposer à son catalogue des voitures entièrement carrossées, livrables « clés en main ». Un client désireux d'une voiture personnalisée et unique conserve toutefois la possibilité de commander uniquement un châssis, à faire livrer ensuite au carrossier indépendant de son choix (voir Le catalogue des carrosseries : Biarritz, Cabourg, Monte-Carlo et consorts (1927-1954)).
Un classicisme qui n'attire pas les stars de la carrosserie
Selon une analyse publiée par le site spécialisé Rétro Passion Automobiles, ce choix industriel — livrer des voitures entièrement carrossées en interne — s'accompagne d'un classicisme esthétique et technique revendiqué par la direction de la marque, qui ne concerne pas que la ligne des voitures mais aussi leur technique : Hotchkiss reste ainsi fidèle aux freins à câbles et au train avant rigide bien après que des concurrents pourtant réputés moins avant-gardistes, comme Peugeot, ont déjà adopté le freinage hydraulique et les roues avant indépendantes dès le milieu des années 1930. Un conservatisme longtemps perçu comme un gage de robustesse par la clientèle — et donc un moteur du succès commercial de la marque — avant de devenir, selon la même analyse, l'une des causes de son déclin (voir La Hotchkiss-Grégoire (1951-1954) : le pari technique qui a précipité la fin de la marque et Monceau et Agay : les deux derniers modèles Hotchkiss, vendus après l'arrêt de la production).
Ce classicisme s'étend, toujours selon cette lecture, jusqu'aux voitures de compétition elles-mêmes : contrairement à d'autres constructeurs qui investissent dès l'avant-guerre dans des formes aérodynamiques spécifiques à la course, les Hotchkiss victorieuses en rallye (voir Six victoires au Rallye de Monte-Carlo — un record resté seul jusqu'en 1979) restent esthétiquement quasiment identiques aux modèles de série — le rallye, contrairement à la course sur circuit, valorisant beaucoup moins le travail des formes. Les grands carrossiers indépendants de l'époque — Figoni, Franay, Letourneur & Marchand ou Saoutchik — préfèrent ainsi exercer leurs talents sur des châssis à la réputation plus « flamboyante » : la Delage D6, les Delahaye 135 et 175 (et leurs dérivées 178 et 180), ou encore les Talbot-Lago Record et Grand Sport (voir, dans ce corpus, les dossiers delahaye-165/ et bugatti-type-35/ pour le détail de ces carrossiers appliqués à d'autres marques). Les Hotchkiss à carrosserie hors-série ne représentent en conséquence qu'une faible part de la production de Saint-Denis, et peu d'entre elles ont survécu.
Henri Chapron, l'exception qui confirme la règle
Un carrossier fait toutefois figure d'exception : Henri Chapron, dont l'atelier, fondé en 1919 à Levallois-Perret, affiche un style classique qui s'accorde naturellement avec le classicisme assumé de Hotchkiss. Chapron devient l'habilleur quasi-exclusif des dernières Hotchkiss de prestige : le cabriolet Anthéor (1951-1954), le coach et le cabriolet grand luxe Hotchkiss-Grégoire (1952-1953, voir La Hotchkiss-Grégoire (1951-1954) : le pari technique qui a précipité la fin de la marque), et jusqu'aux tout derniers modèles de la marque, l'Agay et la Monceau, présentés au Salon d'octobre 1954 (voir Monceau et Agay : les deux derniers modèles Hotchkiss, vendus après l'arrêt de la production). Cela n'empêche pas Chapron de faire preuve, sur certaines réalisations, de plus d'audace qu'à l'accoutumée — notamment un cabriolet dont les ailes avant reprennent le style « ponton » intégral, tendance esthétique alors récemment importée des États-Unis via les Kaiser-Frazer.
Quelques carrosseries hors-série
Au rang des exceptions documentées : un roadster à carrosserie brevetée par Figoni et Falaschi sur châssis court (le modèle « Juan », 1936, voir Le catalogue des carrosseries : Biarritz, Cabourg, Monte-Carlo et consorts (1927-1954)), un cabriolet Saoutchik sur base 2050 (1951), un cabriolet du carrossier britannique Park Ward sur base 686 GS, une réalisation de Letourneur et Marchand (1937), et, selon Wikipédia anglophone, plusieurs Anjou et Anthéor carrossés par le carrossier suisse Worblaufen — dont deux cabriolets quatre portes, une configuration inhabituelle pour ce type de carrosserie.
Voir aussi
- Site source
- retropassionautomobiles.fr ; club-hotchkiss.fr ; en.wikipedia.org
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- Le catalogue des carrosseries : Biarritz, Cabourg, Monte-Carlo et consorts (1927-1954)Hotchkiss Hotchkiss · Modèles et carrosseries
- Monceau et Agay : les deux derniers modèles Hotchkiss, vendus après l'arrêt de la productionHotchkiss Hotchkiss · Hotchkiss gregoire et apres guerre
- La Hotchkiss-Grégoire (1951-1954) : le pari technique qui a précipité la fin de la marqueHotchkiss Hotchkiss · Hotchkiss gregoire et apres guerre
- Six victoires au Rallye de Monte-Carlo — un record resté seul jusqu'en 1979Hotchkiss Hotchkiss · Compétition
- Monceau et Agay : les deux derniers modèles Hotchkiss, vendus après l'arrêt de la productionHotchkiss Hotchkiss
- La Hotchkiss-Grégoire (1951-1954) : le pari technique qui a précipité la fin de la marqueHotchkiss Hotchkiss
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- Anjou et Anthéor : faire patienter la clientèle en attendant la GrégoireHotchkiss Hotchkiss
- Le catalogue des carrosseries : Biarritz, Cabourg, Monte-Carlo et consorts (1927-1954)Hotchkiss Hotchkiss