La mitrailleuse Hotchkiss modèle 1914 : un brevet racheté à un officier austro-hongrois
Un brevet venu d'ailleurs
Contrairement à une idée reçue, la mitrailleuse qui porte le nom de Hotchkiss n'est pas, à l'origine, une invention maison. En 1893, la firme privée Hotchkiss et Cie, à Saint-Denis, achète au capitaine austro-hongrois Adolf Odkolek von Újezd un brevet couvrant une arme automatique à emprunt de gaz. C'est à partir de ce brevet que les ingénieurs de la maison Hotchkiss — au premier rang desquels Laurence Vincent Benet (déjà croisé du côté de la diversification automobile, voir 1903 — de la mitrailleuse à l'automobile, une diversification pensée) et Henri Mercié — mettent au point, dès 1897, un premier prototype, constamment amélioré par étapes jusqu'en 1914.
De la crosse au pistolet-mitrailleur
Le premier modèle largement commercialisé à partir de 1900, le Hotchkiss Mle 1900, comporte encore une crosse métallique et un dispositif de sécurité manuel ; il mesure 139 cm pour 28 kg. En 1914, Hotchkiss supprime la crosse et tout dispositif de sécurité manuel : le Mle 1914 reçoit une poignée-pistolet en laiton sous la carcasse, un couloir d'alimentation également en laiton, et une poignée de maintien en acier à l'arrière. L'arme ne comporte plus que trente pièces, ce qui rend son démontage rapide et aisé ; le canon lui-même peut être remplacé sur le terrain à l'aide d'une clef spéciale.
Sur le plan technique, l'arme fonctionne par emprunt des gaz, avec un piston réglable sous le canon, et un refroidissement par air assuré par cinq ailettes. Elle est alimentée par des bandes métalliques rigides de 24 cartouches, ou par des bandes métalliques articulées de 250 cartouches sur les versions montées en chars d'assaut. Quelques repères chiffrés : 1,31 m de long, 25,3 kg à vide (52 kg montée sur son affût), une cadence de tir de 400 à 500 coups par minute, une vitesse initiale de 724 m/s, une portée maximale de 4 500 m (portée pratique 500 m), et un servant de quatre hommes (chef de pièce, tireur, chargeur, aide-chargeur).
La principale arme automatique de l'infanterie française en 1917-1918
Fabriquée en France à Saint-Denis et à Lyon (voir Saint-Denis et Lyon : les deux usines de guerre (1914-1918)), la mitrailleuse Hotchkiss modèle 1914, en calibre 8 mm Lebel, remplace à partir de 1917 la Saint-Étienne modèle 1907, dont le fonctionnement s'était révélé peu fiable au feu, et devient l'arme automatique principale de l'infanterie française pour les deux dernières années du conflit. Elle équipe également le corps expéditionnaire américain (A.E.F.) en 1917-1918.
Au total, environ 65 000 mitrailleuses lourdes Hotchkiss modèles 1900/1914 sont produites entre 1900 et 1920, employées dans le cadre de l'assistance militaire française par les armées belge, brésilienne, espagnole, américaine, grecque, italienne, mexicaine, norvégienne, polonaise ou encore serbe — soit une bonne quinzaine de pays. L'arme connaît le feu lors de la guerre russo-japonaise, de la révolution mexicaine, des deux guerres mondiales, de la guerre civile espagnole, puis, côté français, des guerres d'Indochine et d'Algérie (où elle équipe notamment les harkis — un petit nombre d'exemplaires capturés lors d'embuscades furent même réemployés par les indépendantistes algériens). Elle reste en dotation dans l'infanterie française jusqu'en 1940, bien que déjà largement dépassée à cette date par son poids excessif et son alimentation par bandes rigides.
Voir aussi
- Site source
- fr.wikipedia.org
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
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