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§ 07 · Carrosserie

L'origine du nom « Torino » — une carte postale et douze heures de délai, contre la légende de l'hommage calculé

IKA Torino (Argentine, 1966-1981) · 1966–1981 · 3 min de lecture · extraite le 13 sept. 2026

Le récit le plus répandu : un hommage voulu à Turin et un clin d'œil à Ferrari

La version la plus couramment rapportée du choix du nom « Torino » présente une décision mûrement réfléchie : le nom rendrait hommage à la ville italienne où Pininfarina a retouché la carrosserie du modèle, et le choix d'un taureau cabré comme emblème aurait délibérément cherché à évoquer, par association d'image, le cheval cabré de Ferrari ou le taureau de Lamborghini — deux figures de la puissance automobile italienne. C'est cette version, plus séduisante et plus simple à raconter, que reprennent la plupart des synthèses encyclopédiques et journalistiques consultées pour ce dossier.

Le récit alternatif : une urgence de douze heures et une carte postale

Un récit sensiblement différent, et nettement plus détaillé, circule sur le forum de passionnés tutorino.com.ar : il s'agit de la reproduction d'une lettre écrite par un certain ingénieur Perazzolo, responsable de l'ingénierie produit chez IKA au moment des faits, adressée à James McCloud (alors président d'IKA) trente ans après l'évènement, en réponse à une question restée sans réponse dans les mémoires publiées par McCloud lui-même (The IKA Story). Selon ce témoignage, le véhicule encore en développement n'avait tout simplement pas de nom quelques semaines à peine avant sa présentation officielle — l'équipe commerciale, déjà en train de préparer la campagne publicitaire, découvre l'oubli un vendredi après-midi. McCloud exige un nom pour le lendemain matin. Perazzolo dispose de douze heures. Il cherche une sonorité européenne cohérente avec le nouveau style de la voiture (les noms Corsa ou Monza sont un temps envisagés), puis remarque que les grandes routières européennes partagent souvent un blason héraldique. La solution lui vient d'une carte postale représentant les armoiries de la ville de Turin, envoyée par un collègue nommé Jovicich : le blason cherché s'y trouve, et le nom Torino a la résonance, selon ses propres mots, de « la Detroit italienne ». Le samedi matin, Harbert (chef de l'ingénierie) approuve l'idée et appelle McCloud, dont la réponse est immédiate. Le nom est adopté dans la foulée, et le service stylisme (crédité nommément « Teodosio ») commence à dessiner l'emblème dès le lundi suivant.

Une association populaire non prévue par ses créateurs

Le point le plus frappant de ce témoignage tient à sa chute : selon Perazzolo, le public argentin n'a jamais associé le nom et l'emblème du Torino au blason héraldique européen qu'ils étaient censés évoquer, mais spontanément au « Toro de las Pampas » — le taureau des pampas argentines —, une lecture à laquelle l'équipe de conception, concentrée sur une résonance « européenne » et non sur un symbole national argentin, n'avait absolument pas songé. Perazzolo va jusqu'à qualifier explicitement de « fantaisies dignes de la science-fiction » les récits reliant le nom du modèle au cheval cabré de Ferrari ou au taureau des pampas comme choix délibérés — les présentant comme des réinterprétations a posteriori d'un choix en réalité largement circonstanciel.

Deux versions consignées, aucune définitivement tranchée

Ce dossier consigne les deux récits sans trancher artificiellement en faveur de l'un ou de l'autre : le premier reste le plus répété dans la presse et les synthèses encyclopédiques ; le second, nettement plus circonstancié et signé d'un témoin direct des faits, n'est cependant connu de cette recherche que par sa reproduction sur un forum de passionnés, sans accès à la lettre originale ni à une republication par une source à l'autorité éditoriale plus classique. Un fait mérite d'être noté au passage, à titre de curiosité plutôt que de preuve : le nom Torino a été utilisé par IKA dès 1966, soit deux ans avant que Ford ne baptise à son tour l'un de ses propres modèles américains « Ford Torino » (1968) — une coïncidence purement nominale entre les deux véhicules, sans lien industriel entre eux.

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
tutorino.com.ar (citant une lettre de l'ingénieur Perazzolo à James McCloud) + recoupement Wikipédia espagnol
Date d'extraction
13 sept. 2026
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