Conduire une Fulvia aujourd'hui — l'essai rétrospectif de Hagerty et le paradoxe du plaisir différé
Si la presse d'époque a unanimement porté la Fulvia aux nues (voir La Fulvia jugée par la presse d'époque — Road & Track, Autocar et Motor), qu'en est-il au volant d'un exemplaire cinquante ans plus tard, sur des routes et dans une circulation qui n'ont plus rien à voir avec celles des années 1960 ? Le magazine britannique Hagerty a consacré en février 2023 un essai rétrospectif complet à la question, au volant d'un Coupé 1,3 S de 1972 prêté par la maison de vente Manor Park Classics.
Une citation d'époque qui donne le ton
L'article s'ouvre sur une citation savoureuse du magazine australien Wheels, dans son essai de 1966 : « de nature, le propriétaire Lancia est un snob insupportable » — non pas au sens où il chercherait à imposer aux autres la supériorité de son véhicule, à la façon d'un propriétaire d'Alvis ou de Citroën, mais au sens où, tout simplement, peu lui importe que cela se sache. Le même magazine qualifiera par ailleurs la Fulvia de « meilleure voiture au comportement routier que nous ayons jamais conduite de notre vie » — un jugement qui rejoint presque mot pour mot celui de Road & Track déjà cité dans ce corpus (« a precision motorcar, an engineering tour de force »).
Une prise en main déroutante, puis une révélation progressive
Le journaliste décrit une direction étonnamment légère et démultipliée (4,2 tours de butée à butée), qui prive les premiers virages de toute franche information — contrairement à l'instantanéité que l'on associe généralement, par comparaison, à une Mini. Les premiers kilomètres sur des routes rapides et ouvertes du Pays de Galles laissent d'abord une impression mitigée, presque frustrante au regard de la réputation de la voiture. Ce n'est que sur une route plus sinueuse, en negociant un virage légèrement dévers et peu adhérent, que le comportement du châssis « se révèle soudainement » : un train avant qui glisse légèrement en sous-virage contrôlé, un train arrière qui vient partager l'effort, une absence de roulis marquée, et surtout une suspension à lames qui encaisse sans broncher les compressions en courbe malgré un empattement à peine supérieur à 2,3 mètres. Le verdict rejoint alors celui de la presse d'époque, également citée dans l'article : Autocar avait loué le comportement neutre et le confort de roulement ; Motor avait de même noté une voiture « peu impressionnante » au premier contact, avant que ses qualités ne se révèlent sur route ouverte — une convergence remarquable entre deux évaluations séparées de plus de cinquante ans (voir La Fulvia jugée par la presse d'époque — Road & Track, Autocar et Motor).
Le V4 : discret puis mordant
Le journaliste décrit un moteur qui « chuchote » au ralenti et se comporte, entre 2 000 et 3 500 tr/min, comme un quatre-cylindres en ligne particulièrement doux — avant qu'à partir de 4 000 tr/min le caractère du V étroit ne s'affirme franchement, avec une sonorité de plus en plus décalée et un timbre plus dur des carburateurs double corps, sans jamais perdre en douceur mécanique jusqu'à la zone rouge (6 250 tr/min). Le levier de vitesses, à la course longue mais précise, et la pédale de frein, jugée « fabuleuse » grâce aux quatre disques à double circuit, complètent une sensation de qualité de fabrication que le journaliste rapproche, dans le détail des commandes annexes (boutons de portière, manettes), de ce que proposera Honda plusieurs décennies plus tard.
Une voiture pensée pour d'autres routes que la ligne droite
La conclusion de l'essai rejoint une intuition déjà présente dans ce corpus au sujet de la vocation sportive de la voiture (voir La monocoque Fulvia et son sous-châssis auxiliaire — un héritage direct de la Lambda et L'apogée du Fanalone : de l'homologation de la Rallye 1,6 HF au Marathon de la Route (1968-1972)) : la Fulvia donne sa pleine mesure sur les routes de montagne étroites et sinueuses d'Europe continentale — les fameuses « routes de rallye » — plutôt que sur les grands axes rapides, où sa direction démultipliée et son caractère progressif peuvent dérouter au premier contact. Un half-century-old 1.3 litre n'en tient pas moins aisément sa place dans la circulation britannique moderne, contrepoint concret à l'idée reçue qu'une classique des années 1960 serait nécessairement pénible à utiliser au quotidien.
Voir aussi
- La Fulvia jugée par la presse d'époque — Road & Track, Autocar et Motor · Entretien et fiabilité du V4 Fulvia — un moteur exigeant, pas fragile · Les suspensions Fulvia — quadrilatère et lame transversale à l'avant, essieu rigide à l'arrière · La cote de la Fulvia : de la Berlina accessible au Fanalone à six chiffres
- Site source
- hagerty.co.uk
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
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