L'expédition Trans-Americas (1971-1972) — 96 jours pour franchir le Darién Gap
Une opération de communication autant qu'une expédition
À peine un an après son lancement, le Range Rover est engagé dans l'une des démonstrations les plus extrêmes jamais tentées pour prouver ses capacités : la British Trans-Americas Expedition. British Leyland, qui vise le marché nord-américain naissant des 4x4 de loisir (Bronco, Blazer, Wagoneer), commandite une traversée intégrale de la Panaméricaine, de l'Alaska à la pointe de l'Argentine — environ 18 000 miles (près de 29 000 km) — dans le but explicite de capter l'attention de la presse et du public des deux côtés de l'Atlantique.
Le nœud du problème : 250 miles de jungle infranchissable
L'essentiel du trajet, sur route ou piste carrossable, ne représente pas de difficulté majeure. Le véritable défi se concentre sur le Darién Gap, unique interruption de la route panaméricaine sur toute sa longueur : environ 250 miles (400 km) de marécages, montagnes et jungle dense entre le Panama et la Colombie, une zone grande comme le Pays de Galles, jamais franchie par la route malgré plusieurs tentatives depuis les années 1970, pour des raisons à la fois techniques, environnementales et sanitaires (propagation de maladies bovines). Cette seule portion, qui ne représente qu'environ 1,3 % de la distance totale du parcours, va absorber près de la moitié du temps total prévu pour l'ensemble de l'expédition.
Une escorte militaire de 64 hommes
Conscient de l'ampleur du défi, Rover s'associe à l'armée britannique pour mener à bien la traversée du Gap : l'expédition est placée sous le commandement du major John Blashford-Snell, explorateur déjà reconnu, et mobilise 64 hommes, majoritairement issus des Royal Engineers, complétés par des officiers expérimentés du 17e/21e régiment de lanciers (17th/21st Lancers). Le Panama et la Colombie fournissent également un appui logistique. Partie d'Anchorage, en Alaska, le 3 décembre 1971, l'expédition atteint l'orée du Darién fin janvier 1972.
Deux Range Rover, des équipements de tout-terrain extrême
Les deux Range Rover engagés — de spécification suisse, conduite à gauche — sont équipés de treuils, de tubas de franchissement de gué, d'un éclairage auxiliaire, d'une batterie renforcée, d'une protection sous caisse pour le réservoir de carburant, ainsi que d'un double pare-chocs improvisé en soudant deux pare-chocs de série l'un sur l'autre. Des pneus « swamp » Firestone, nettement plus larges que les pneus d'origine, sont également montés, imposant même la découpe de trappes d'accès dans les ailes pour faciliter leur changement en cas de crevaison en pleine jungle.
Une progression au rythme d'un mile par jour
Dans le Gap proprement dit, la progression se fait au pas d'homme : une équipe de trente chevaux et plusieurs éclaireurs armés de machettes ouvrent la voie à travers la végétation, un premier véhicule piloté par l'officier Gavin Thompson avançant lentement sous la direction à pied du génie militaire Bob Russell, avant qu'un second véhicule, guidé par Michael Cross, ne suive le même tracé. Certains jours, la progression ne dépasse pas un mile (1,6 km), sous une chaleur portant l'habitacle jusqu'à 60°C et une exposition permanente aux insectes, serpents et chauves-souris.
La panne des pneus « swamp » et le sauvetage par ravitaillement aérien
Les pneus surdimensionnés, censés faciliter le franchissement des zones marécageuses, se révèlent en réalité contre-productifs : chargés de boue et associés au poids excessif du matériel arrimé sur les galeries de toit, ils imposent aux différentiels des contraintes qu'ils ne peuvent supporter, provoquant la rupture successive des carters arrière puis avant des deux véhicules. Il faut le retour en Grande-Bretagne de l'officier Thompson, puis l'envoi sur place de l'ingénieur de développement Geof Miller avec des pneus tout-terrain standards et de nouveaux essieux, pour repartir sur des bases plus saines — délestage du chargement à l'appui. Pendant l'immobilisation, l'équipe utilise même un vieux Land Rover Series 1 récupéré au Panama, et de la dynamite, pour continuer à ouvrir la piste. Le ravitaillement — jusqu'à 15 000 gallons d'essence et 20 tonnes de vivres et de matériel — est acheminé par largage aérien depuis deux bases de soutien.
96 jours de jungle, puis une route sans embûches jusqu'au Cap Horn
Au total, la traversée du seul Darién Gap absorbe 96 jours. L'expédition atteint la Terre de Feu en août 1972, l'essentiel de l'équipe ayant été rapatrié entre-temps, seule une poignée d'hommes achevant le trajet, désormais sur route dégagée, jusqu'au Cap Horn. L'un des deux Range Rover de l'expédition, immatriculé VXC 765K, avait par ailleurs survécu à une collision frontale avec un camion à l'arrêt au Canada, en tout début de parcours ; réparé sur place, il achève malgré tout l'expédition avant d'être restauré une première fois par Land Rover, puis une seconde fois en 1994 pour le compte de la Dunsfold Collection, où il est exposé aujourd'hui.
Voir aussi
- Site source
- hagerty.com
- Date d'extraction
- 13 sept. 2026