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§ 04 · Societe industrie mezzogiorno

Une voiture d'État : Alfa Romeo, l'IRI et la décision politique de fabriquer dans le Sud

Alfa Romeo Alfasud · 1971–1989 · 3 min de lecture · extraite le 13 sept. 2026

Alfa Romeo, entreprise publique depuis les années 1930

Contrairement à la plupart de ses concurrentes, Alfa Romeo n'est plus, au moment de la conception de l'Alfasud, une entreprise privée. Depuis 1933, la marque milanaise est contrôlée par l'IRI (Istituto per la Ricostruzione Industriale), la grande holding publique italienne créée pour réorganiser l'industrie du pays après une série de faillites bancaires — un contexte déjà documenté en détail, pour la période antérieure, dans le dossier alfa-romeo-giulietta/ (voir alfa-romeo-avant-1954-contexte.md). Cette tutelle publique n'est pas qu'une question de financement : elle place de fait la marque sous une forme de mandat politique, ses grandes décisions industrielles pouvant être mobilisées au service d'objectifs d'intérêt national qui dépassent la seule logique commerciale.

La décision de Giuseppe Luraghi : produire pour créer de l'emploi, pas seulement pour vendre

C'est précisément dans ce cadre qu'intervient, à la fin des années 1960, la décision du président d'Alfa Romeo Giuseppe Luraghi de construire une usine entièrement nouvelle à Pomigliano d'Arco, près de Naples (voir L'usine de Pomigliano d'Arco : d'un centre aéronautique bombardé à l'usine Alfasud inaugurée par Aldo Moro). Selon l'article Wikipédia italien consacré à cette usine, l'un des motifs déterminants avancés par Luraghi lui-même est la volonté de limiter l'émigration méridionale vers les usines du Nord de l'Italie, en apportant l'emploi industriel directement dans les régions d'origine de cette émigration plutôt que de laisser le phénomène se poursuivre. Luraghi estimait qu'une telle politique limiterait les problèmes sociaux et d'intégration que ce exode massif de population engendrait dans les régions d'accueil du Nord.

Un mandat facilité, pas imposé de l'extérieur

Il serait toutefois inexact de réduire ce projet à une simple injonction descendante du gouvernement italien envers une entreprise récalcitrante : selon la même source, l'IRI a surtout permis à Luraghi — grâce à des besoins logistiques par ailleurs objectifs (Alfa Romeo disposait déjà, via sa filiale aéronautique Alfa Avio, d'un terrain à Pomigliano) — d'accéder aux fonds publics destinés à favoriser l'industrialisation du Sud de l'Italie (voir La Cassa per il Mezzogiorno : l'instrument financier derrière l'usine, et son bilan contrasté). Le projet Alfasud se situe ainsi à l'intersection d'une opportunité industrielle interne à Alfa Romeo et d'une politique publique de développement régional, plutôt que d'être l'un ou l'autre exclusivement.

Un contexte de fort chômage local

La zone napolitaine choisie pour l'implantation connaît, à la fin des années 1960, un taux de chômage structurellement plus élevé que celui du Nord industriel italien, dans une région sans tradition industrielle automobile préexistante (voir Une main-d'œuvre neuve dans l'industrie : recrutement local et défi de la formation). C'est cette réalité économique et sociale — plutôt qu'un choix arbitraire de localisation — qui explique le choix de Pomigliano d'Arco, et qui donne tout son sens au nom même du modèle : « Alfasud », littéralement « Alfa du Sud ».

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
fr.wikipedia.org
Date d'extraction
13 sept. 2026
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