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§ 11 · Compétition

Le « Poisson Dieppois » — l'A310 V6 privée de Bernard Decure aux 24 Heures du Mans 1977

Alpine A310 · 1971–1984 · 4 min de lecture · extraite le 13 sept. 2026

Une initiative privée, née d'une A310 récupérée sans moteur

L'histoire du « Poisson Dieppois » commence en 1976, lorsque Bernard Decure, employé Alpine et pilote amateur, rachète une A310 qui traînait dans un recoin d'atelier. La voiture, déjà préparée pour la compétition en Groupe 5 par l'équipe Gordini de Viry-Châtillon (830 kg à vide, moteur V6 de 320 ch), lui est revendue sans son moteur, mais avec son châssis-poutre et sa carrosserie polyester intacts. fr.wikipedia.org confirme indépendamment le nom retenu pour cette voiture, « Le Poisson dieppois », citant un ouvrage dédié de Sophie Tabesse-Mallèvre.

Un refus officiel d'Alpine-Renault, alors occupée par le programme A442

Decure sollicite d'abord un soutien officiel d'Alpine-Renault pour engager sa voiture aux 24 Heures du Mans, mais essuie un refus : l'usine, alors totalement mobilisée par le développement des prototypes d'endurance A442, ne souhaite pas associer son nom à une initiative privée jugée en interne quelque peu risquée (voir L'A310, voiture de transition — assurer la survie commerciale d'Alpine sous tutelle Renault pour le contexte plus large de cette période où l'usine concentre ses moyens sur son programme officiel). Sans se décourager, Decure part lui-même en quête de sponsors.

Un nom et une livrée nés d'un déjeuner et d'un port de pêche

Selon le récit détaillé de newsdanciennes.com, c'est au cours d'un déjeuner près du circuit, sur une suggestion d'Hervé Poulain, que l'idée d'engager la voiture au Mans prend forme. Decure se tourne alors vers la Chambre de Commerce de Dieppe, qui cherche justement à promouvoir son port de pêche — d'où le nom et le thème de la livrée, restés célèbres parmi les passionnés de la marque. Le décor lui-même est réalisé par André Le Guen, commerçant en photographie et publicité à Neuville-lès-Dieppe.

Une préparation moteur amateur, 3 500 heures de travail

Le moteur V6 PRV est entièrement reconstruit dans le sous-sol de la maison de Decure, à Cléon, par une petite équipe de bénévoles, pour un total estimé à environ 3 500 heures de travail. Le résultat : 225 ch, obtenus grâce à des carburateurs triple corps Weber 46, associés à une boîte de vitesses ZF à 5 rapports (voir Les boîtes de vitesses de l'A310 — du 5 rapports de série au ZF de compétition pour la place particulière de cette boîte, sans équivalent sur les A310 de série). La voiture reçoit une carrosserie Groupe 5 à ailes élargies, des jantes sur mesure à écrou central de la marque Gotti, un aileron arrière et un bouclier avant imposants pour l'appui aérodynamique, des freins à disques ventilés empruntés à une Citroën CX, ainsi qu'un réservoir souple de 90 litres de type aviation, identique à celui des Berlinette de compétition.

La course du 11 juin 1977

Pour cette édition 1977, Bernard Decure s'associe à Jacky « Cochise » Cauchy, pilote chevronné sur Alpine, et à Jean-Luc Thérier, déjà croisé en compétition sur l'A310 4-cylindres (voir L'A310 4-cylindres en compétition (1974-1977) — un temps de développement trop court) — un équipage entièrement normand pour une voiture entièrement normande. La voiture, immatriculée N°87, se qualifie 55ᵉ (dernière ligne de la grille) avec une vitesse de pointe limitée à environ 256 km/h, très inférieure à celle des Porsche de tête. Malgré ce manque de vitesse pure, l'équipage découvre une voiture agile et stable en piste.

Le départ est donné à 16h. Après onze heures de course, l'A310 pointe en 29ᵉ position. Mais dans la nuit, un problème de chauffe moteur se déclare : à 6h47 du matin, l'abandon est prononcé. La panne, une fois diagnostiquée, se révèle d'origine bénigne mais fatale dans son effet : un tube d'eau, pincé dans la poutre du châssis, fuyait.

Une carrière ultérieure discrète, puis une restauration en 2017

L'édition 1978 se solde par un échec de qualification pour la même voiture, engagée cette fois sous une nouvelle livrée bleue (N°73). Dans les années suivantes, Bernard Decure engage la voiture sur diverses épreuves de course de côte et de rallye, toujours sous sa livrée originale « Poisson Dieppois », avant une retraite définitive en 1985. Toujours propriété de Bernard Decure, la voiture est restaurée en 2017 par l'atelier Équipe Europe, en conservant la patine d'origine de sa carrosserie tout en refaisant intégralement le châssis et le moteur ; elle est depuis régulièrement visible lors des éditions du Mans Classic.

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
newsdanciennes.com (auteur Bertrand), fr.wikipedia.org (CC BY-SA 4.0)
Date d'extraction
13 sept. 2026
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