Messerschmitt, Heinkel et les autres : la concurrence féroce des voitures-bulles allemandes
Un marché allemand étonnamment encombré
Contrairement à une image d'Épinal qui réduirait la « voiture-bulle » des années 1950 à la seule Isetta, le marché ouest-allemand de la micro-voiture est en réalité l'un des plus disputés d'Europe au moment du lancement de la BMW Isetta en 1955. Aux côtés de l'Isetta se trouvent déjà installés des constructeurs comme Goliath, Lloyd et Zündapp, ainsi que deux anciens avionneurs reconvertis par nécessité après-guerre : Messerschmitt et Heinkel, tous deux interdits de production aéronautique pendant plusieurs années par les Alliés.
Messerschmitt : l'héritage le plus direct de l'aviation
Le Messerschmitt KR175, lancé début 1953 — quelques mois avant l'Isetta elle-même —, pousse l'esthétique aéronautique plus loin encore que l'Isetta : deux places en tandem plutôt que côte à côte, une verrière en Plexiglas s'ouvrant sur le côté façon cockpit d'avion, et un guidon de pilotage plutôt qu'un volant classique. Son succès commercial conduit au KR200, amélioré, produit jusqu'au milieu des années 1950. Lorsque l'Allemagne de l'Ouest rejoint l'OTAN en 1955 et que Messerschmitt retrouve l'autorisation de fabriquer à nouveau des avions, l'entreprise perd rapidement tout intérêt pour son activité automobile : en 1957, l'intégralité de l'usine de Ratisbonne dédiée à la voiture-bulle est cédée à un consortium dirigé par Fritz Fend, le concepteur même du véhicule, qui poursuit la production sous le nom FMR (Fahrzeug- und Maschinenbau Regensburg).
Heinkel : plus léger, donc presque aussi rapide malgré un plus petit moteur
La Heinkel Kabine, lancée en 1956 à Stuttgart avec une porte frontale unique comparable dans l'esprit à celle de l'Isetta, mise sur la légèreté : environ 100 kg de moins que la BMW Isetta lui permettent d'atteindre des performances comparables malgré un monocylindre initialement plus modeste (174 cm³, porté à 198 cm³ dès 1957). Une licence britannique de la Heinkel Kabine, comme celle de l'Isetta, sera également produite outre-Manche.
Isetta contre Messerschmitt : deux philosophies de conduite
Un comparatif contemporain mené par un restaurateur possédant les deux véhicules décrit des sensations de conduite très différentes : l'Isetta 300, légèrement plus puissante, reste néanmoins moins vive que le KR200 (plus léger) et se pilote de façon nettement plus conventionnelle malgré sa porte atypique, quand le Messerschmitt, avec son guidon et sa position de conduite proche du kart, procure une expérience jugée bien plus déroutante encore pour un conducteur habitué à l'automobile classique.
Une razzia du marché qui ne dure qu'un temps
Malgré cette diversité, aucun de ces rivaux n'atteint le volume de production de la BMW Isetta (161 728 exemplaires, voir Combien de BMW Isetta ont vraiment été produites ? Une enquête chiffrée), BMW bénéficiant d'un réseau commercial et d'une assise industrielle bien supérieurs à ceux de ces constructeurs plus modestes ou en reconversion forcée. L'ensemble du segment s'effondre néanmoins presque simultanément à la toute fin des années 1950, un déclin détaillé dans la fiche consacrée à la comparaison avec la Fiat 500 et la Mini (voir Isetta, Fiat 500, Mini : pourquoi le règne des micro-voitures a pris fin si vite).
Voir aussi
- Site source
- classicandsportscar.com
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
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