Le break GAZ-24-02, surnommé le « palais » — la Volga la plus inaccessible de son temps
Un accès plus restreint encore que celui de la berline
Si la berline GAZ-24 n'est déjà vendue au grand public qu'à des acheteurs « méritants », disposant d'une autorisation ou d'une ancienneté d'attente suffisante, le break cinq portes GAZ-24-02 (produit de 1972 à 1987) réserve son accès à une catégorie plus restreinte encore. Il en résulte un surnom populaire resté célèbre, tantôt traduit comme le « palais » (référence à son statut inaccessible et enviable), tantôt comme la « grange » ou le « hangar » selon les sources — dans tous les cas un sobriquet à connotation ambivalente, mêlant admiration et ironie sur l'écart entre le prestige affiché et l'usage réellement permis.
Une polyvalence de charge inégalée dans la gamme soviétique
Sa carrosserie monocoque cinq portes et son habitacle transformable jusqu'à sept places en font, sur le papier, un véhicule nettement plus polyvalent que les breaks Lada (Jigouli) ou Moskvitch contemporains : une fois les deux rangées de sièges arrière rabattues, il offre une plateforme de chargement plate et longue, pour une charge utile officielle de 400 kg — supérieure d'une centaine de kilos à celle de ses concurrents directs, et parfois largement dépassée dans la pratique, jusqu'à environ une tonne selon des témoignages d'époque. Ce gain de capacité se paie toutefois par un confort dégradé : l'épaisseur des dossiers arrière est réduite au minimum pour garantir un plancher de chargement régulier, la troisième rangée de sièges est coincée entre les passages de roue et surélevée par rapport aux autres places — au point que la documentation d'usine elle-même la présente, dans le numéro de mars 1973 du magazine Za Roulem, comme destinée avant tout aux enfants, jugés incapables d'ouvrir accidentellement la portière en cours de trajet depuis cette position.
Un accès réglementé au nom de la lutte contre l'enrichissement privé
L'accès du grand public à ce break reste officiellement très encadré tout au long de sa carrière : seules certaines catégories d'acheteurs (familles nombreuses, sportifs devant transporter un matériel volumineux comme des parachutes) obtiennent une autorisation spéciale d'achat, une restriction directement liée au faible volume de production du modèle. L'acteur et clown populaire Iouri Nikouline, contraint de transporter un matériel de cirque encombrant, en obtient ainsi la propriété par dérogation — après avoir déjà bénéficié, dans les années 1960, d'une autorisation similaire pour un break de génération précédente, la GAZ-22 (voir Sept légendes de garage sur la GAZ-21, passées au crible). Nikouline racontera lui-même avoir dû composer, dès la prise de livraison de son GAZ-24-02 flambant neuf directement à l'usine de Gorki, avec l'absence d'huile dans la boîte de vitesses, une importante fuite de liquide de refroidissement, une étanchéité déficiente lors d'une averse et, dès la première année, un lève-vitre défaillant et une carrosserie déjà touchée par la rouille — un témoignage qui nuance sensiblement l'image de prestige associée au modèle sans jamais, selon ses propres mots, entamer réellement ce prestige aux yeux du public.
Un déflecteur de toit longtemps pris pour un aileron
Élément unique dans la production automobile soviétique de l'époque, le « peigne » aérodynamique visible sur le toit du break a immédiatement suscité une légende tenace : celle d'un aileron ou spoiler destiné à plaquer la voiture à la route à haute vitesse — une explication dénuée de sens pour un véhicule jamais pensé pour la performance. La réalité est bien plus prosaïque : ce déflecteur répond à un besoin de ventilation de l'habitacle apparu sur les tout premiers prototypes qui en étaient dépourvus, et contribue accessoirement à limiter l'encrassement de la lunette arrière, laquelle n'était curieusement pas chauffante de série — un défaut que certains propriétaires contournaient en se procurant la lunette chauffante montée en série sur la version ambulance.
Voir aussi
- La genèse de la GAZ-24 — vingt-quatre voitures étrangères étudiées et un soupçon de plagiat
- Les détails de conception de la GAZ-24 — une carrosserie pensée jusque dans ses moindres découpes
- Sept légendes de garage sur la GAZ-21, passées au crible
- ZIL, Volga, Moskvitch — la hiérarchie automobile soviétique décryptée
- Site source
- sovietauto.fr ; en.wikipedia.org ; kolesa.ru
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- Sept légendes de garage sur la GAZ-21, passées au cribleGAZ Volga / Moskvitch · Societe hierarchie sovietique
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