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§ 10 · Restauration

Remise en route d'une Dynamic « dans son jus » — journal technique complet

Panhard Dynamic · 1936–1948 · 5 min de lecture · extraite le 11 sept. 2026

Restauration de la X77 n°221.082 « Kheper » (même voiture que Retrouver le premier propriétaire d'une Dynamic — enquête de provenance (X77 n°221.082)), achetée fin 2019 après 20 ans d'attente. Philosophie assumée : traiter la voiture comme un monument historique — démontage précautionneux, priorité aux techniques d'époque, puis hiérarchie de repli : pièce identique d'époque → pièce d'époque adaptable → pièce récente/moderne/d'un autre véhicule en tout dernier recours. Article à l'origine de toute la série Panhard Dynamic de Jérôme Collignon.

⭐ Circuit d'essence (le chantier le plus long)

  • Pompe à essence en zamak : matériau atteint par la « peste du zamak », maladie connue qui le fait se boursoufler et devenir friable avec l'âge — pas de vis de sortie cassé sur cet exemplaire. Le club Les Doyennes Panhard & Levassor en a lancé une refabrication complète en aluminium (pièce fonctionnelle, montage sans retouche). Cote de jeu de came à vérifier systématiquement sur une pièce refabriquée : cavité d'entraînement 25,8mm + joint bakélite 1mm, came mesurée à 27mm → cale de 0,7mm nécessaire pour un jeu cible de 27,5mm.
  • Exhausteur (nourrice à essence en zamak alimentant les carburateurs par gravité, surplus renvoyé au réservoir) : après 85 ans, raccords et prise d'air grippés, jonction boîtier-couvercle non étanche, clapet défaillant, diamètres d'entrée/sortie différents (10mm/8mm) provoquant des fuites — pièce également refabriquée par le club.
  • ⚠️ Point de sécurité important : sur les modèles à conduite centrale, l'exhausteur se trouve juste au-dessus du contacteur du dynastart (fort ampérage) — risque d'incendie en présence de vapeurs d'essence. Solution retenue : ne pas shunter par une pompe électrique en amont (dénaturerait le fonctionnement d'origine), mais forcer le retour au réservoir via une pompe électrique basse pression cachée, associée à un tube plongeur en cuivre dimensionné pour tolérer une pente de 15% (8,5°) tout en garantissant ~550ml de réserve utile quelle que soit l'inclinaison.
  • Raccords laiton (écrous 21mm, pas spécial 125) refabriqués à partir de cuivre recuit, façonné et brasé à l'argent — un premier essai en collerette évasée a échoué (essence trop volatile), la forme droite d'origine s'est imposée.

Allumage

Fils de bougies Bougicord hors d'usage, remplacés par la référence Beru équivalente. Tête d'allumeur SEV identique à celle de la Citroën 15/6 G, ordre d'allumage d'avant-guerre 1-5-3-6-2-4 (note de recoupement de Jérôme Collignon lui-même). Bougies 25mm, rares et chères en pièce de collection ; clé tube longue introuvable (une seule à vendre à l'étranger, pas aux cotes) — finalement refabriquée à l'identique par le club.

Lubrification

Moteur sans soupapes exigeant une rigueur particulière sur l'huile : vidange initiale n'a rendu que 2L au lieu de 8L (négligence de l'ancien propriétaire). Utilisation d'une huile spéciale à viscosités mélangées pour approximer l'« huile semi-épaisse Panhard » d'origine.

Refroidissement

Après un essai routier révélant une légère surchauffe : dépose complète (calandre, croisillon de renfort, radiateur), rinçage du radiateur sous pression dans les deux sens, rinçage du bloc aluminium à l'eau déminéralisée à pH neutre jusqu'à ce qu'elle ressorte claire. Durite supérieure introuvable en refabrication : sourcée chez un fournisseur anglais de durites-réducteurs, découpée/poncée pour effacer le marquage trop moderne. Colliers Caillau d'origine insuffisamment serrants, remplacés par des modèles récents.

⭐ Électricité (chapitre le plus chronophage)

Câblage d'origine en gaine coton globalement hors service. Le plan électrique d'usine est le seul document technique connu à avoir survécu pour ce modèle — logique à double circuit identique à la Traction (démarreur/batterie qui ne fait que lancer le moteur ; bobine/rupteur qui produit l'étincelle via les bougies). Découvertes lors du démêlage : un câblage aberrant derrière le tableau de bord (jusqu'à la pendule mécanique raccordée sans raison), des faux contacts intermittents, une ampoule navette arrière de 55mm quasi introuvable (un seul exemplaire connu, exposé au musée de Valençay) adaptée via un support fait-main pour ampoule moderne plus courte de même intensité, des veilleuses de custode mortes à cause d'un nid de souris + un fil débranché, et une commande au pied mystérieuse tracée (câble tiré à travers les jambonneaux) jusqu'à un klaxon désactivé. Comodo Brevex provisoire installé sur la colonne de direction (réversible) faute de boîtier d'époque fonctionnel. Ampoules de phare Yvel Norma Granulux ABTP 288, datées de fabrication (exemplaire retrouvé : novembre 1936). Premier démarrage réussi : 20 janvier 2021.

Freins

Un flexible remplacé (pièce fournie avec la voiture). Une canalisation cuivre tordue lors du démontage (écrou grippé) : refabriquée en recuisant du cuivre du commerce au diamètre correct sur une cuisinière domestique, façonné à la presse.

Carrosserie et peinture (partie II)

  • Env. un demi-seau de terre séchée retiré du dessous de caisse ; graffiti « Zorro » gravé de longue date atténué au polish ; ~1500 micro-projections de plâtre grattées une par une en 3 zones.
  • La laque cellulosique d'origine des années 1930, de bonne qualité, ressuscite spectaculairement au simple polish (paille de fer + essence sur la rouille superficielle, sans repeindre) — enseignement transférable à toute restauration respectueuse de la peinture d'origine.
  • Débosselage autodidacte : marteau arrondi à la meule, aile arrière retravaillée (dont traction vers l'extérieur à l'aide d'un... cric de Traction Citroën), technique du tasseau de bois poncé/arrondi pour redresser le soubassement sans laisser de marque décelable au contrôle technique. Dessous de coque rouillé en surface uniquement, sans perforation structurelle.
  • Plaque de direction/Stop en aluminium redressée avec un minimum de manipulations (l'aluminium se fend si trop travaillé) ; pare-chocs avant redressé par torsion en étau (jamais au marteau, pour préserver le chrome restant).
  • Petits catadioptres colorés désormais refabriqués par le club (initiative pionnière de Guy Loos) — note historique de Collignon : Panhard montait déjà en série des clignotants à ampoule fixe derrière catadioptre blanc laiteux bien avant l'obligation légale de 1954 ; couleur orange choisie comme seule concession aux normes actuelles.

Un petit miracle et une première mondiale

  • Un badge manquant sur le tableau de bord (probablement un Saint-Christophe/assurance) retrouvé par pur hasard en bourse d'échanges après 3 ans de recherche (signé A. Steiner).
  • Reproduction inédite du faux-bois peint (jamais tentée depuis 1936) : après 2 ans de recherche, l'École Blot de Reims oriente Namik vers l'artiste-restaurateur Hugues Losfeld, qui étudie la technique et les teintes d'origine Panhard et livre un bandeau reconstitué le 17/02/2023 — technique potentiellement réutilisable pour le coupé Dynamic restauré acquis par l'État français.

Récapitulatif des travaux (janvier 2020 → 2023)

Pneus, roues, allumage complet, circuit d'essence complet, pompe à eau, nettoyage moteur/boîte/train avant, déblocage d'une roue + cylindres de frein arrière refaits, une durite + une canalisation cuivre fabriquée, mécanisme de pare-brise débloqué, débosselage carrosserie complet, pare-choc arrière redressé, retouches peinture anti-rouille, boulonnerie carrosserie entièrement démontée, sellerie et linoléum entretenus, polish extérieur complet, circuit électrique remis à neuf, comodo provisoire, masses et phares réglés, clé de verrouillage recréée. Reste à faire : finitions électriques, protection des soubassements.

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
jeromecollignon.blog4ever.com
Auteur du site
Eddy Namik (témoignage publié par Jérôme Collignon)
Date d'extraction
11 sept. 2026
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