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§ 04 · Usage taxi flotte

« Le » taxi new-yorkais ? Nuancer un raccourci bien ancré

Checker Marathon / Checker Motors Corporation · 1961–1982 · 4 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Une domination réelle, mais jamais totale

Il est courant, dans l'imaginaire populaire, d'assimiler purement et simplement le taxi new-yorkais à la Checker — une association que ce corpus documente abondamment par ailleurs (voir Plus de mille apparitions à l'écran — Checker au cinéma et à la télévision). La réalité historique est plus nuancée : même à l'apogée de sa domination, au tout début des années 1950, Checker n'assurait « que » près des trois quarts du parc de taxis de New York et de Chicago réunis selon les estimations de l'époque — une position très largement dominante, certes, mais qui laissait subsister un quart du marché à d'autres constructeurs, sans compter les décennies où sa part fut sensiblement plus modeste.

DeSoto et Plymouth, rivaux sérieux des années 1930 aux années 1950

Le concessionnaire San-Franciscain James F. Waters, qui se présentait comme le plus grand distributeur DeSoto-Plymouth au monde et disposait d'un site dédié à la conversion de taxis à Long Island City, dans le Queens, a fait plus qu'aucun autre distributeur pour populariser les DeSoto et Plymouth comme taxis à New York. Dès 1935, Chrysler propose au marché du taxi une berline DeSoto ou Plymouth sept places chaussée de pneus surdimensionnés, répondant à la même exigence réglementaire de capacité arrière que les Checker de l'époque (voir New York et le taxi — la naissance du système des médaillons). L'innovation la plus mémorable de Waters reste le DeSoto « Skyview », lancé vers 1941 : une berline DeSoto à empattement long coiffée d'un panneau de toit en plexiglas, qui permettait aux touristes d'admirer les gratte-ciel sans se tordre le cou — un argument de vente à lui seul, qui contribue à faire du DeSoto un concurrent sérieux et durable de Checker sur ce marché pendant près de deux décennies.

1954 : un tournant réglementaire qui rebat les cartes

Le rapport de force bascule nettement en 1954, lorsque la ville de New York assouplit sa réglementation : l'obligation de cinq places assises à l'arrière disparaît, remplacée par un simple plafond d'empattement de 120 pouces, ce qui autorise désormais n'importe quelle berline à quatre portes de série à devenir un taxi. Cette même année marque la dernière berline DeSoto à huit places construite pour ce marché, et l'essentiel de l'activité qu'elle représentait reflue alors vers Checker, qui reste seule à continuer de fabriquer un véhicule construit sur mesure pour cet usage — un statut de quasi-exclusivité que la marque ne conservera cependant que quelques années, la Superba puis la Marathon devant rapidement composer avec le retour en force des généralistes.

Studebaker, Rambler, Ford, Chevrolet : une concurrence de tous les instants

Tout au long des années 1950, Studebaker et Rambler (American Motors) commercialisent eux aussi des versions taxi de leurs modèles de grande série — Studebaker proposant en 1959 une Lark spécifique rallongée de 4,5 pouces par rapport à la berline civile, tandis que Rambler vante dans ses publicités une préparation « conçue et construite pour un usage intensif ». Ford et Chevrolet, de leur côté, réalisent des ventes de flotte considérables tout au long des années 1950 à 1980, et Plymouth continue de proposer des modèles taxi dédiés jusque dans les années 1960 et 1970 — une concurrence qui s'intensifie mécaniquement à mesure que Checker, prisonnière de coûts de fabrication moins favorables que ceux des trois grands de Détroit, peine à rester compétitive sur les prix (voir Vendre un taxi à des particuliers — le pari (limité) du grand public).

Un intermède oublié : les taxis Peugeot diesel de la fin des années 1970

Moins connu encore, un épisode new-yorkais de la toute fin des années 1970 mérite d'être cité : certaines flottes tentent alors l'expérience de berlines diesel Peugeot (504 puis 505) importées, séduites par leur sobriété face aux chocs pétroliers successifs. L'expérience tourne court : les Peugeot, moins endurantes sur le bitume défoncé de Manhattan que les productions américaines auxquelles les mécaniciens de flotte étaient habitués, et handicapées par l'absence de boîte automatique très demandée par les chauffeurs, ne s'imposent jamais durablement — quand bien même ce même modèle rendait, au même moment, de loyaux services comme taxi sur d'autres continents, notamment en Afrique.

Une place centrale, mais pas une exclusivité éternelle

Après l'arrêt de la production Checker en 1982, le parc de taxis américains se standardise rapidement autour de la Chevrolet Caprice, puis de la Ford Crown Victoria, deux généralistes reconverties plutôt que des véhicules conçus sur mesure — signe que l'équation « taxi new-yorkais = Checker » n'a en réalité jamais été qu'un phénomène de plusieurs décennies au cœur du XXᵉ siècle, aussi marquant pour l'imaginaire collectif ait-il été, plutôt qu'une réalité continue et exclusive sur toute l'histoire du taxi américain.

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Provenance de cette fiche
Site source
allpar.com
Date d'extraction
12 sept. 2026
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