Bathurst 1969 — les débuts australiens du R100 et la légende de la branche d'arbre
Quelques mois seulement après sa performance remarquée aux 24 Heures de Spa-Francorchamps (voir Les 24 Heures de Spa 1969 — la consécration européenne du R100, assombrie par un accident mortel), le R100 fait ses débuts sur un continent entièrement différent, dans l'une des courses d'endurance les plus suivies d'Australie : le Hardie-Ferodo 500, disputé sur le circuit de Mount Panorama à Bathurst. C'est aussi la toute première fois que le public australien entend, sur un circuit permanent, le bruit d'échappement si particulier d'un moteur rotatif — un son que les spectateurs de l'époque décrivent comme le bruit d'une grande feuille de papier qu'on déchire, étouffé par un échappement homologué route.
Une épreuve pensée pour les voitures de grande série
Contrairement aux 24 Heures de Spa, régies par un règlement Groupe 5 autorisant des préparations poussées, le Hardie-Ferodo 500 impose des voitures rigoureusement de série, classées par tranches de prix de vente au détail. Avec un tarif australien de 2 790 dollars, le R100 est engagé en catégorie C (véhicules entre 2 251 et 3 100 dollars), face à la Mini Cooper S — quadruple tenante du titre de catégorie depuis 1965 — ainsi qu'à la Fiat 125, la Valiant Pacer de Chrysler, la Renault 16 TS et la Ford Capri 1600 GT.
Trois équipages, trois destins différents
Trois R100 sont engagées. Le duo Garry Cooke/Geoff Spence, le plus lent des trois à l'issue des essais, termine paradoxalement la course en tête des trois Mazda, décrochant la cinquième place de catégorie derrière la Mini victorieuse, deux Fiat 125 et la Valiant Pacer. Le duo Trevor et Neil Mason complète l'effort avec une septième place de catégorie, sur le même tour que ses coéquipiers mais à deux tours de la Mini gagnante — un résultat honorable qui confirme la fiabilité mécanique du 10A sur une distance de 500 miles disputée à pleine charge.
L'épopée du troisième équipage : une branche d'arbre contre les officiels
Le troisième équipage, formé du pilote de Formule Vee Bernie Haenhle et du journaliste automobile Peter Wherrett (futur animateur de l'émission automobile « Torque » sur la chaîne publique ABC), connaît un sort plus mouvementé. Qualifiée quatrième de sa catégorie, la voiture — dont Wherrett décrira lui-même le comportement routier comme problématique dans son autobiographie (voir Les limites du châssis R100 — un moteur brillant, une tenue de route perfectible) — sort de la piste et se retourne après une vingtaine de tours, dans la partie la plus escarpée du circuit. Loin d'abandonner, Haenhle utilise une branche d'arbre trouvée sur place comme levier et parvient, seul et en plus d'une heure d'efforts, à remettre la voiture sur ses roues, à la redémarrer et à la ramener jusqu'aux stands. Les commissaires de course refusent toutefois de la laisser repartir : le pare-brise a été détruit dans l'accident, et la proposition de l'équipe de rouler avec des lunettes de protection à la place ne convainc pas les officiels. La voiture est déclarée hors course — mais l'exploit de Haenhle, largement retransmis à la télévision australienne, offre à l'écurie privée qui engageait la voiture (Denlo Motors, de Sydney) une visibilité publicitaire sans commune mesure avec ce qu'aurait pu lui apporter un simple classement de milieu de tableau.
Un baptême du feu qui ouvre une longue histoire australienne du rotatif
Ce premier engagement du R100 à Bathurst, modeste dans son résultat mais riche en enseignements, ouvre la voie à quinze années de présence continue du moteur rotatif Toyo Kogyo sur le circuit de Mount Panorama, prolongée dans la décennie suivante par les RX-2, RX-3 puis RX-7 (dont les RX-7 de l'écurie officielle d'Allan Moffat au début des années 1980 — épisode qui appartient au corpus mazda-rx7/, non détaillé ici). Le R100 y fait figure, rétrospectivement, de véritable prototype de production pour toute cette lignée rotative australienne.
Voir aussi
- Les 24 Heures de Spa 1969 — la consécration européenne du R100, assombrie par un accident mortel
- Les limites du châssis R100 — un moteur brillant, une tenue de route perfectible
- 1970 — le R100 confirme en Europe (RAC Tourist Trophy, Grand Prix de tourisme allemand, second Spa)
- L'exportation mondiale du R100 — Amérique du Nord, Australie, Europe (1969-1972)
- Site source
- club.shannons.com.au (Shannons Club, Australie)
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
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- Les débuts sportifs du R100 — victoire de classe à Singapour, victoire à Suzuka (1969)Mazda Cosmo Sport / Familia Rotary-R100
- Les limites du châssis R100 — un moteur brillant, une tenue de route perfectibleMazda Cosmo Sport / Familia Rotary-R100