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§ 06 · Freins trains roulants

Les essieux oscillants — un progrès de confort de 1903, devenu la source du talon d'Achille de la T87

Tatra T77/T87 · 3 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Une invention plus ancienne que Tatra elle-même

L'essieu oscillant (swing axle), généralement associé dans l'imaginaire collectif aux Tatra profilées ou à la Coccinelle et au Chevrolet Corvair, n'est pas une invention de Hans Ledwinka : le principe est déposé dès 1903 par Edmund Rumpler — le même ingénieur qui avait fait ses débuts aux côtés du jeune Ledwinka sur la Präsident en 1897 (voir La Präsident (1897) et les débuts croisés de Hans Ledwinka et Edmund Rumpler), et qui deviendra lui-même, en 1921, l'auteur d'une des toutes premières voitures aérodynamiques de série, la Rumpler Tropfenwagen. Ledwinka en fait, deux décennies plus tard, la pièce maîtresse de son propre châssis-poutre (voir Le châssis-poutre central — la « conception Tatra » (tatrovácká koncepce) inventée en 1923), à partir de la Tatra 11 (1923).

Un vrai progrès pour son époque

Par rapport à l'essieu arrière rigide classique, suspendu par de lourds ressorts à lames, l'essieu oscillant supprime une masse non suspendue considérable, ce qui améliore sensiblement le confort de roulement — un avantage d'autant plus perceptible sur les routes globalement mal entretenues de l'entre-deux-guerres en Europe centrale. Associé à un moteur placé à l'arrière (supprimant le besoin d'un arbre de transmission et du tunnel central qui l'accompagne), il permet également d'abaisser le plancher et le centre de gravité du véhicule.

Le revers de la médaille : le phénomène de « jacking »

Le défaut structurel de l'essieu oscillant simple — sans dispositif correcteur — apparaît en virage serré et à haute vitesse : lorsque la charge latérale devient importante, la roue extérieure a tendance à se relever et à prendre un carrossage positif prononcé (le phénomène dit de jacking, ou relevage). Sur une voiture dont l'essentiel du poids repose déjà sur l'essieu arrière — c'est très exactement le cas de la T77 puis, dans une moindre mesure, de la T87, toutes deux dotées d'un lourd V8 en porte-à-faux derrière l'essieu arrière (voir Le V8 arrière refroidi par air des T77/T87 — une architecture unique au monde) — ce relevage peut faire décrocher brutalement l'adhérence de la roue extérieure, provoquant un survirage soudain, voire un tonneau dans les cas les plus extrêmes. Le même principe technique explique, plusieurs décennies plus tard, la réputation sulfureuse de la Chevrolet Corvair, dénoncée par Ralph Nader dans son ouvrage Unsafe at Any Speed — une comparaison explicitement établie par plusieurs sources consultées pour ce dossier (voir Une tenue de route réellement délicate à la limite — ce que montrent un essai Vauxhall d'époque et un tonneau au musée Lane en 2021).

Des correctifs progressifs, jusqu'à l'abandon du principe

Tatra corrige progressivement ce défaut sur les générations suivantes. Selon un témoignage recueilli en commentaire d'un article de Curbside Classic par un ancien propriétaire de plusieurs Tatra, l'ingénieur Julius Mackerle, successeur de Ledwinka, aurait fait ajouter sur la Tatra 603 (1956-1975) des sangles souples en U entourant chaque essieu oscillant, limitant mécaniquement leur débattement vertical maximal et donc le risque de relevage brutal (voir La Tatra 603 (1956-1975) — la limousine V8 réservée aux dignitaires du bloc communiste) — une solution technique quasi identique à celle adoptée par General Motors sur la suspension sportive optionnelle de la Corvair 1962-1963 (sangles de limitation + carrossage négatif statique accru), preuve que les deux constructeurs ont, indépendamment, identifié et traité le même problème physique par des moyens comparables.

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Provenance de cette fiche
Site source
curbsideclassic.com
Date d'extraction
12 sept. 2026
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