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§ 06 · Freins trains roulants

Une tenue de route réellement délicate à la limite — ce que montrent un essai Vauxhall d'époque et un tonneau au musée Lane en 2021

Tatra T77/T87 · 4 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Une réputation qu'il est possible de vérifier concrètement

Contrairement à beaucoup d'anecdotes automobiles anciennes, la réputation de tenue de route délicate de la Tatra 87 à la limite de l'adhérence n'est pas qu'une légende orale : elle a été testée, documentée et même filmée, à deux reprises séparées par près de quatre-vingts ans.

L'essai Vauxhall, années 1940

Après la guerre, un exemplaire de T87 récupéré en Allemagne est confié par la British Society of Motor Manufacturers and Traders au constructeur britannique Vauxhall pour évaluation technique. Le rapport d'essai, cité par l'historien Karl Ludvigsen (voir Quatorze ans au volant d'une T87 — le témoignage de référence de l'historien Karl Ludvigsen), qualifie le comportement du véhicule de « survirage vicieux » et renonce même à un essai de vitesse maximale par crainte du « manque dangereux de stabilité » de la voiture. Les ingénieurs de Vauxhall constatent que la T87 se comporte de façon neutre jusqu'à environ 0,3 g d'accélération latérale, au-delà de quoi un contre-braquage devient nécessaire — mais, nuance importante souvent omise dans les résumés les plus sensationnalistes de cet essai, ils notent aussi que sur l'essentiel de sa plage d'utilisation, la voiture se manie avec « facilité et précision prévisibles », et saluent par ailleurs sa discrétion, sa faible traînée aérodynamique, l'absence de roulis en virage, sa bonne visibilité vers l'avant et son habitabilité. Vauxhall relève enfin que la limite d'adhérence absolue de la voiture est en réalité bridée par la qualité médiocre des gommes de pneumatiques de l'époque, plus que par la conception du châssis proprement dite.

Le tonneau du musée Lane, 2021

En 2021, dans le cadre d'une série documentaire consacrée aux voitures réputées dangereuses (« Death Eaters », produite par Hagerty Media), le journaliste Sam Smith conduit une T87 appartenant au Lane Motor Museum de Nashville — un musée connu pour maintenir ses véhicules historiques en état de rouler réellement — jusqu'au circuit d'essai NCM Motorsports Park dans le Kentucky, afin de vérifier concrètement sa réputation de « tueuse d'officiers nazis » (voir La légende de la « tueuse d'officiers nazis » — ce que les sources établissent vraiment, et ce qu'elles ne confirment pas).

Après plusieurs séries de glissades contrôlées jugées « étrangement prévisibles » une fois ses habitudes apprises, un dérapage volontairement non rattrapé au volant (sans correction de direction), engagé en première à faible vitesse — de l'ordre de 20 mph (32 km/h) —, fait effectivement chavirer la voiture sur le flanc. Le mécanisme physique documenté par les photographies prises sur le moment est exactement celui décrit plus haut (Les essieux oscillants — un progrès de confort de 1903, devenu la source du talon d'Achille de la T87) : la roue arrière extérieure se relève (« jacking »), le pneu se déforme au point de commencer à se déjanter, le talon de jante mord alors le bitume, stoppant net tout glissement latéral supplémentaire — et c'est cet arrêt brutal qui fait basculer l'arrière du véhicule.

Un débat significatif s'ensuit, y compris parmi les responsables du musée et les commentateurs spécialisés, sur le rôle exact joué par les pneumatiques modernes (des Michelin X à carcasse acier reproduisant le profil des années 1950, gonflés à une pression légèrement augmentée juste avant l'incident par précaution) par rapport aux pneus à carcasse textile diagonale d'origine, à la structure de flancs sensiblement différente — un débat non tranché, les avis d'experts consultés en commentaires divergeant sur le sens exact de l'effet d'une pression accrue sur ce type précis de comportement. Le directeur du musée, Jeff Lane, résume l'épisode d'une formule prudente : la T87 « ira plus vite en courbe qu'on ne le penserait, mais elle n'a pas été conçue pour être conduite ainsi » — soulignant que si le grand public l'a bel et bien conduite dans ces conditions extrêmes par le passé, la réputation qui en a résulté n'en reste pas moins méritée dans ces circonstances précises.

Une lecture équilibrée

Ces deux essais, menés à quatre-vingts ans d'écart par des équipes différentes, convergent sur un même constat nuancé : la Tatra 87 n'est ni une voiture uniformément dangereuse à toute vitesse et dans toutes les circonstances, ni une légende sans fondement. Son architecture — V8 lourd en porte-à-faux arrière, essieux oscillants sans correcteur, pneumatiques d'époque à faible potentiel d'adhérence — la rend effectivement susceptible d'un décrochage brutal et difficile à rattraper au-delà d'un certain seuil d'accélération latérale, dans des circonstances qui restent aujourd'hui documentées et reproductibles. C'est précisément cette combinaison de qualités routières globalement saluées (confort, direction précise, absence de roulis, aérodynamique) et de vice caché à la limite qui a nourri, pendant la Seconde Guerre mondiale, sa réputation funeste auprès des officiers allemands peu familiers de ce type d'architecture (voir La légende de la « tueuse d'officiers nazis » — ce que les sources établissent vraiment, et ce qu'elles ne confirment pas).

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
curbsideclassic.com (relayant un essai réalisé par Hagerty Media)
Date d'extraction
12 sept. 2026
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