Piero Castagnero et le style Fulvia — trapèzes, angle dièdre et l'inspiration des Riva Aquarama
Le dessin de la Fulvia, souvent perçu comme sobre voire discret, répond en réalité à une composition géométrique rigoureuse que le Lancia Fulvia Club a pris la peine de décortiquer en détail.
La Berlina : un jeu de volumes verticaux et symétriques
Dessinée par Piero Castagnero, la Berlina (1963) adopte une ligne très carrée, presque symétrique entre l'avant et l'arrière, avec un frontal parfaitement vertical qui ne concède rien à l'aérodynamique. L'écusson Lancia, déjà présenté à l'horizontale sur l'Appia de troisième série, devient ici encore plus géométrique : un trapèze renversé inscrit dans un bouclier elliptique plus large, obtenu par un profil chromé à section triangulaire qui enveloppe les quatre phares. Fait notable relevé par le club : Castagnero reprend ce même bouclier elliptique à l'arrière, mais « en négatif », creusé dans la tôle plutôt qu'en relief, pour loger les feux et la plaque. Le profil chromé plat qui parcourt les flancs, en remontant vers l'arrière, court sur le couvercle de malle pour rejoindre le flanc opposé — un détail que l'on retrouve miniaturisé jusque dans le profil latéral des pare-chocs de première série, disparu en seconde série au profit d'un pare-chocs jugé « moins cohérent » avec la ligne générale.
La Coupé : une composition de trapèzes superposés
Pour la version Coupé, présentée en 1965, Castagnero reprend et affine ce même vocabulaire stylistique. Le club en propose une lecture géométrique précise : la face avant, plus fine et plus élancée que celle de la Berlina, reprend le même bouclier ovoïde horizontal enserrant les quatre phares et le trapèze renversé central. Le flanc, décomposé en figures géométriques, se lit comme une grande surface plate en trapèze renversé, à laquelle se superpose un trapèze rectangle plus fin dont l'inclinaison différente crée un angle dièdre courant sur toute la longueur de la caisse via une nervure — la signature stylistique principale de la voiture, produisant un effet optique et dynamique marqué. Cet angle dièdre, également présent sur le capot avant, était en 1965 une solution de style généralement cantonnée aux seuls flancs des voitures contemporaines (le club cite en comparaison l'Alfa Romeo Giulia GT) ; son extension au frontal constitue, selon cette analyse, une singularité de la Coupé dans le design automobile de l'époque.
L'inspiration assumée des motoscafi Riva
Castagnero a toujours revendiqué s'être inspiré, pour la Coupé, des élégants et raffinés hors-bord Riva — en particulier le modèle Aquarama. Le club en propose une démonstration visuelle précise : la nervure de l'angle dièdre, qui parcourt les trois côtés de la caisse, évoque directement le bandeau incliné qui court sur le pourtour supérieur de la coque d'un hors-bord ; le capot avant, légèrement pointu en son centre, recrée un effet de « proue », tandis que la coupe nette de la queue rappelle la « poupe » du bateau. La référence se prolonge jusque dans l'habitacle, où le tableau de bord en bois et ses instruments circulaires de diamètres différents reprennent la disposition du tableau de bord de l'Aquarama.
Un premier projet à deux volumes écarté
Les études préparatoires de Castagnero envisageaient initialement la Coupé comme une berlinette compacte à deux volumes plutôt qu'à trois, avec déjà l'angle dièdre et la coupe de queue tronquée qui caractériseront la version définitive. Le club ne tranche pas si ce choix a été abandonné par volonté propre de Castagnero ou pour se démarquer du projet que menait en parallèle Ercole Spada pour la version Zagato (voir La Fulvia Sport Zagato — genèse d'un coupé fastback à carrosserie d'aluminium).
Une citation stylistique tardive : la Lancia Y de 1992
Nommé directeur du Centro Stile Lancia en 1991, l'ingénieur Enrico Fumia dessine dès l'année suivante l'un de ses modèles les plus diffusés, la Lancia Y — une compacte dont les lignes elliptiques et le bouclier avant enserrant les phares, répété en négatif à l'arrière, reprennent directement des stylèmes de la Berlina Fulvia de Castagnero.
Voir aussi
- La genèse de la Fulvia — Antonio Fessia, la CEMSA-Caproni F11 et le cahier des charges de 1963 · La Fulvia Sport Zagato — genèse d'un coupé fastback à carrosserie d'aluminium · Le concept-car Fulvia Coupé (2003) — l'hommage avorté de Flavio Manzoni · La Fulvia Berlina — évolution complète 1963-1972, des 1C aux versions grecques
- Site source
- fulviaclub.it
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- La Fulvia Berlina — évolution complète 1963-1972, des 1C aux versions grecquesLancia Fulvia · Histoire et modèles
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