Aller au contenu
§ 09 · Culture documentation

Camel Trophy, les années charnières (1987-1995) — de Madagascar au Mundo Maya

Land Rover Series I/II/III & Defender · 6 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Cette fiche comble, entre Camel Trophy, les origines (1980-1986) — des Jeep brésiliennes au sauvetage héliporté de Bornéo et Camel Trophy, l'ère Discovery et la fin du partenariat (1990-2000), les deux tronçons de la série « History of Camel Trophy » de roverparts.com jusque-là non lus (parties 3 et 5) — six éditions consécutives qui complètent la chronologie 1980-2000 de bout en bout.

1987, Madagascar : le retour du Range Rover, et une quasi-mutinerie

Vainqueurs : Mauro Miele et Vincenzo Tota (Italie) ; prix de l'esprit d'équipe à Jaime Puig et Victor Muntane (Espagne). Le Camel Trophy revient en Afrique, ou plus précisément sur la grande île de Madagascar, avec le retour du Range Rover comme véhicule d'épreuve — six ans après ses apparitions de 1981-1982 — désormais motorisé par un tout nouveau diesel turbo italien VM Motori plutôt que par le V8 Rover d'origine. L'épreuve réalise la première traversée nord-sud jamais effectuée par véhicule de la côte est malgache, de Diego Suarez à Fort Dauphin : 1 400 miles en seize jours, à travers des pistes parfois inutilisées depuis des décennies. L'édition est ternie par l'un des rares conflits d'arbitrage de l'histoire de l'épreuve — un système de notation improvisé par des bénévoles, sans grille cohérente, provoque une quasi-mutinerie parmi les concurrents ; seules les équipes américaine et britannique restent à l'écart de la controverse, ce qui prive ironiquement les Américains d'une victoire qu'ils semblaient pourtant avoir méritée. Deux membres de l'équipe américaine, Tom Collins et Don Floyd, feront ensuite carrière chez Range Rover North America (Collins organisera notamment la Great Divide Expedition de 1990) ; le Britannique Iain Chapman deviendra directeur de l'épreuve elle-même. Ce sera la dernière apparition du Range Rover en jaune « Sandglow ».

1988, Sulawesi : chaos indonésien et première victoire turque

Vainqueurs : Galip Gurel et Ali Deveci (Turquie), pour leur toute première participation ; prix de l'esprit d'équipe à Jim Benson et Marc Day (Royaume-Uni). Retour en Indonésie, cette fois sur l'île de Sulawesi, à bord de Land Rover One Ten. Après le chaos de l'année précédente, les épreuves spéciales sont réorganisées de façon professionnelle, regroupées en début et fin de parcours. Les huit jours de roulage (1 325 miles) entre Manado et Ujung Pandang sont marqués par une série de mésaventures : tonneaux des équipes allemande et néerlandaise, camion belge passant à travers un pont et posé sur son châssis, Land Rover turque terminant dans une rivière après l'effondrement d'un pont, panne récurrente de différentiel privant les Britanniques de leurs quatre roues motrices.

1989, l'Amazonie : l'apogée, et l'unique victoire britannique

Vainqueurs : les frères Bob et Joe Ives (Royaume-Uni) — la seule victoire britannique de toute l'histoire de l'épreuve ; prix de l'esprit d'équipe à Peter Denys et Frank Dewitte (Belgique). De l'avis général, l'édition 1989 constitue l'apogée du Camel Trophy : retour sur la terre d'origine de l'épreuve au Brésil, l'un des parcours les plus difficiles jamais organisés, dernière année d'engagement du Land Rover 110 comme véhicule de compétition, et le seul succès britannique de l'histoire de l'épreuve. Le trajet, d'Alta Floresta (Mato Grosso) à Manaus, complète — avec les éditions de 1980 (Belém-Santarém) et 1984 (Santarém-Manaus) — une traversée continue de l'Amazonie réalisée sur trois éditions différentes du Camel Trophy. Organisée volontairement en pleine saison des pluies le long de la piste BR-163, l'épreuve s'enlise littéralement dans la boue — une journée entière ne permettant de gagner que 800 mètres après un effort de treuillage collectif — avant qu'un tronçon en barge sur l'Amazone (de Santarém à Itapiranga) ne relaie la piste. À leur retour au Royaume-Uni, les frères Ives se voient décerner le Trophée Segrave par le Royal Automobile Club, récompense réservée à un Britannique ayant fait preuve de « compétence, de courage et d'initiative exceptionnels sur terre, sur l'eau ou dans les airs ».

1993, Sabah (Malaisie) : la seule victoire américaine

Vainqueurs : Tim Hensley et Michael Hussey (États-Unis) — la seule victoire américaine de l'histoire de l'épreuve ; prix de l'esprit d'équipe à Ellis Martin et Francisco Zarate (îles Canaries) ; prix des épreuves spéciales à Paul Gasser et Loup Tournard (France). Véhicules : Discovery 1 cinq portes 200Tdi pour les équipes, Defender 200Tdi pour la logistique. Retour à Bornéo, sur son versant malaisien cette fois (l'État de Sabah), pour la toute première boucle de l'histoire de l'épreuve (départ et arrivée à Kota Kinabalu). Le parcours traverse des forêts présentées comme vieilles de 130 millions d'années — deux fois l'âge de la forêt amazonienne — en partie planifié avec le concours de l'environnementaliste malaisien Tengku Adlin, à travers le Maliau Basin, surnommé « le monde perdu de Sabah », resté totalement inexploré par des étrangers jusqu'au début des années 1980 : les équipes y construisent, en moins de 24 heures, un bâtiment destiné à servir de centre de recherche scientifique à la fondation locale.

1994, Argentine-Paraguay-Chili : la première expédition à trois pays

Vainqueurs et prix des épreuves spéciales : Carlos Martinez et Jorge Corella (Espagne) ; prix de l'esprit d'équipe à Etienne Van Eeden et Klaus Haas (Afrique du Sud). Véhicules : Discovery 1 200Tdi pour les équipes, Defender 110 200Tdi pour la logistique. Le Camel Trophy relie pour la première fois trois pays au cours d'une même édition : départ aux chutes d'Iguazu (Argentine), remontée du río Paraná (frontière argentino-paraguayenne), traversée du Paraguay puis des Andes, désert de l'Atacama, arrivée près d'Antofagasta (Chili) — près de 1 500 miles, l'un des parcours les plus longs de l'histoire de l'épreuve. Les écarts de climat sont extrêmes : jusqu'à -20 °C dans les Andes, plus de 38 °C dans l'Atacama, 100 % d'humidité dans la jungle paraguayenne.

1995, Mundo Maya : cinq pays, et un tournant humanitaire

Vainqueurs et prix des épreuves spéciales : Zdenek Nemec et Marek Rocejdl (République tchèque) ; prix de l'esprit d'équipe à Pavel Bogomolow et Sergei Fenev (Russie). Véhicules : Discovery 1 cinq portes 300Tdi pour les équipes, Defender 110 300Tdi pour la logistique. L'édition « Mundo Maya » bat le record de pays traversés établi l'année précédente en en reliant cinq : Belize, Mexique, Guatemala, Salvador et Honduras — sur des sites mayas emblématiques (temple du Jaguar de Lamanai, Tikal, Copán) et avec deux projets humanitaires marquants : une contribution aux fouilles archéologiques de Río Azul (Mexique) et la construction d'une station de recherche dans le parc national de Montecristo (Salvador). L'équipe américaine, Daphne Greene et Jim Swett, perpétue une tradition déjà relevée chez d'autres vétérans du Camel Trophy en devenant à leur tour instructeurs et ambassadeurs de la marque. Cette édition, comme celle de Sabah deux ans plus tôt avec sa station de recherche, marque une inflexion progressive de l'épreuve vers des projets à vocation humanitaire, préfigurant le basculement plus net vers un format multisports déjà documenté à partir de 1997 dans Camel Trophy, l'ère Discovery et la fin du partenariat (1990-2000).

Note de source : l'article original mentionne pour 1993 un véhicule de soutien « Defender 100 », très probablement une coquille pour « Defender 110 » — l'empattement 110 étant systématiquement utilisé comme véhicule de soutien sur toutes les éditions Discovery environnantes documentées par la même série d'articles.

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
roverparts.com (Atlantic British Ltd., auteur Greg Fitzgerald)
Date d'extraction
12 sept. 2026
Voir aussi · fiches citées par celle-ci
Fiches qui citent celle-ci