Du canot à moteur américain au V8 Range Rover — la genèse du V8 Rover
Rover et le rêve avorté de la turbine à gaz
L'histoire du V8 qui équipera le Range Rover commence, paradoxalement, par un moteur qui n'a jamais rien à voir avec lui. Rover travaille depuis les années 1940 sur la turbine à gaz, héritage indirect des recherches de Frank Whittle sur le turboréacteur, avant de transmettre l'essentiel du projet aérien à Rolls-Royce en pleine guerre. Rover poursuit néanmoins ses propres recherches sur la turbine appliquée à l'automobile dans les années 1950-60, au point de concevoir un prototype routier (la « T4 »), sœur technique de la Rover P6. La turbine ne dépassera jamais le stade expérimental, laissant la P6 — commercialisée sous le nom Rover 2000 — sans le moteur puissant et léger initialement prévu pour elle.
Le directeur général de Rover en quête d'un V8 léger
Confronté à ce problème, le directeur général de Rover, William Martin-Hurst, écarte l'option d'un six cylindres en fonte plus puissant (jugé trop lourd sur le train avant) et cherche un V8 léger. Aucune solution britannique ne convient : le V8 Daimler dessiné par Edward Turner et le V8 Rolls-Royce/Bentley équipent des automobiles bien plus onéreuses que ce que Rover peut envisager. La solution viendra des États-Unis.
L'anecdote de l'atelier Mercury Marine
Selon le récit le plus répandu — avec deux versions légèrement différentes sur l'identité exacte du découvreur, soit Martin-Hurst lui-même, soit le président de la filiale nord-américaine de Rover, J. Bruce McWilliams —, un responsable de Rover en visite dans les ateliers du motoriste marin Mercury Marine y remarque un V8 Buick 215 tout aluminium, laissé de côté après l'abandon d'un projet de bateau de course. Les mensurations et le poids du moteur sont relevés sur place : non seulement il tient dans le compartiment moteur d'une Rover P6 sans modification majeure, mais il pèse à peu près autant que le quatre cylindres en fonte de 2 litres qu'il remplacerait. Un exemplaire est acheté et expédié en Angleterre.
Le « BOP 215 », un moteur déjà abandonné par General Motors
Ce V8 avait été conçu à la fin des années 1950 par General Motors, sous la direction de l'ingénieur Darl F. Caris, comme aboutissement d'expérimentations sur l'aluminium amorcées dès la voiture-concept Buick LeSabre de 1951 (dessinée par Harley Earl). Utilisé conjointement par les divisions Buick, Oldsmobile et Pontiac de General Motors — d'où son surnom d'origine de « BOP 215 » —, ce moteur de 3,5 litres est déjà retiré de la production américaine au moment où Rover s'y intéresse, General Motors étant revenu à des blocs en fonte jugés plus simples à fabriquer en grande série. C'est précisément ce retrait qui rend l'opération possible : au terme de négociations menées durant l'hiver 1964-1965, Rover rachète à General Motors les droits et l'outillage complet du moteur, qui devient formellement sa propriété début janvier 1965.
Un moteur redessiné pour l'usage tout-terrain
Rover adapte le moteur aux méthodes de fabrication britanniques avant de l'installer d'abord dans ses berlines, puis, à partir de 1970, dans le tout nouveau Range Rover — sa première application dans un véhicule tout-terrain. Cette utilisation impose des adaptations spécifiques : des carburateurs capables de continuer à alimenter le moteur en carburant même à des angles d'inclinaison extrêmes, et la possibilité de lancer le moteur à la manivelle en cas de panne de démarreur loin de tout secours. Une version détunée à 135 ch alimente le Range Rover à son lancement (voir Du 3,5 au 4,2 litres — l'évolution du V8 essence sur toute la carrière du Classic), avant que le même V8 ne fasse une apparition tardive dans la gamme Land Rover Series elle-même, en 1979, sur le Stage One V8 — voir côté Land Rover Series le V8 « Stage One » et le prototype « Golden Rod ».
Voir aussi
- Site source
- silodrome.com
- Date d'extraction
- 13 sept. 2026
- URL d'origine
- https://silodrome.com/rover-v8-engine-history/ ↗
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