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§ 03 · Carburation injection

Aux origines de l'injection Kugelfischer — de l'aviation militaire aux 2000 tii, 2002 tii et Turbo

BMW 02 Series / BMW 2002 · 4 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Une pompe, quatre noms de marque

Le système d'injection mécanique connu des passionnés de BMW sous le nom de « Kugelfischer » a porté, au fil de son histoire, quatre appellations différentes selon l'entreprise qui la fabriquait à un moment donné : Deckel, Schäfer, Kugelfischer et enfin Bosch. Sa longévité remarquable (plus de soixante-dix ans d'usage, jusque dans des applications de compétition récentes) tient à sa précision, sa robustesse et surtout sa simplicité mécanique relative face aux systèmes concurrents Bosch ou Spica — une cartographie de débit plus fine, obtenue avec nettement moins de pièces mobiles, pour un coût de fabrication resté inférieur à celui des systèmes à injection mécanique rivaux.

Friedrich Deckel : des obturateurs photo aux pompes d'injection

Fondée en 1903 sous le nom de Bruns & Deckel, l'entreprise munichoise Friedrich Deckel GmbH se fait d'abord connaître dans la mécanique de précision avec ses obturateurs photographiques « Compur » (contraction de Compound Shutter et Uhrwerk, horlogerie), équipant les objectifs Carl Zeiss et bien d'autres fabricants européens. En 1928, le ministère de l'Air du Reich impose une spécification technique exigeant l'injection sur tous les futurs moteurs d'avion — une contrainte qui pousse vraisemblablement BMW, alors en plein développement de son moteur en étoile 801 sous licence Pratt & Whitney, à solliciter Deckel, entreprise de précision locale, pour développer un système d'injection adapté. Deckel met au point une « pompe d'injection axiale » à course fixe, dont le débit est modulé par rotation d'un fourreau percé d'une gorge en spirale — un principe simple mais d'une extrême précision d'usinage, taillé pour le savoir-faire de l'entreprise. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'activité obturateurs photo cède presque entièrement la place à la fabrication de ces pompes ; l'usine, bombardée et détruite en 1943, redémarre sur plusieurs sites délocalisés.

FAG et Kugelfischer, de la bicyclette au roulement à billes

En parallèle, Friedrich Fischer ouvre en 1872 à Schweinfurt un atelier de bicyclettes, puis se lance en 1883 dans la fabrication de roulements à billes — activité qui lui vaut le surnom de « Ball Fischer » (Kugel signifiant bille en allemand) et donne naissance en 1897 à la société FAG (Erste Automatische Gußstahlkugel-Fabrik, vorm. Friedrich Fischer AG). Après la mort de Fischer en 1899, l'entreprise décline, jusqu'à son rachat en 1909 par Georg Schäfer, également fabricant de roulements à Schweinfurt et actionnaire minoritaire de FAG. En 1941, la structure prend le nom de Kugelfischer Georg Schäfer & Co ; ses usines, cibles des célèbres raids alliés sur Schweinfurt en 1943, sont détruites à 85 %.

La convergence Munich-Schweinfurt

Au tournant des années 1950, Schäfer se rapproche de Deckel pour développer l'activité d'injection, via une structure ad hoc basée à Munich, Schäfer Einspritztechnik (« technique d'injection Schäfer ») — les pompes de cette période portant, selon les années, les inscriptions « FRIEDR. DECKEL », « SCHÄFER-PUMPE » ou « KUGELFISCHER SCHÄFER-PUMPE ». Un article technique hongrois de 1965 (revue Autó-Motor, signé Jenő Bujtor) salue la simplification radicale qu'apporte alors le système Kugelfischer face aux dispositifs d'injection concurrents, jugés jusque-là trop complexes et fragiles pour se généraliser. Dès 1956, Deckel/Schäfer collabore avec Peugeot, aboutissant en 1962 au lancement de la 404 à injection — première berline française de série ainsi équipée (voir L'injection mécanique Kugelfischer — la 404, première française à injection dans le corpus consacré à la Peugeot 404). Les premières traces documentées d'une collaboration avec BMW, elle, ne remontent qu'aux voitures de course d'usine de la fin des années 1960.

Bosch, la concurrence électronique... et le rachat final

De son côté, Robert Bosch GmbH, motivée par la même spécification aéronautique de 1928, développe l'injection mécanique pour les moteurs d'avion Daimler-Benz DB 600. Après-guerre, Bosch équipe en 1954 la Mercedes-Benz 300 SL « Gullwing » — première application réussie de l'injection essence sur une automobile de série — avant de développer, sous licence Bendix (technologie issue elle aussi de l'aéronautique militaire), le système électronique D-Jetronic, lancé en 1967. Malgré cette bascule vers l'injection électronique, Bosch rachète en 1979 l'activité d'injection mécanique de Schäfer Einspritztechnik GmbH — dix ans après le lancement de sa propre technologie électronique. La raison tient en partie à la fiabilité extrême exigée par le moteur de Formule 1 turbocompressé de BMW (1 350 ch, code M12/13) : pour plusieurs courses de la saison 1982, BMW choisit encore le système mécanique Kugelfischer plutôt que l'injection électronique Motronic, quitte à motoriser électroniquement le seul positionnement du cône interne de la pompe (contrôlé par servomoteur) tout en conservant un dosage et une injection purement mécaniques, fidèles au principe conçu par Deckel dans les années 1950.

Applications notables du système

Au fil de ses développements successifs, le système Kugelfischer a équipé, entre autres : Peugeot 404 (1962) et 504 (1968), Lancia Flavia 1800 (1965), BMW 2000 tii (1969), 2002 tii (1971), 2002 Turbo (1974) et 520i (1972-1976), BMW M1 (1978), Ford Capri RS 2600 (1970), ainsi que plusieurs Porsche 911 de compétition (RS, RSR, SC/RS) et la Ferrari 308 Groupe IV de rallye — un rayonnement technique qui dépasse très largement le seul cas BMW.

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Provenance de cette fiche
Site source
bmw2002faq.com
Date d'extraction
12 sept. 2026
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