L'échec du partenariat Lamborghini — anatomie d'une faillite industrielle (avril-août 1978)
Une maison déjà fragilisée avant même la signature du contrat
Lorsque Lamborghini signe son contrat avec BMW en 1976 (voir La genèse du projet E26 et le contrat confié à Lamborghini (1974-1978)), la marque n'est plus dirigée par son fondateur : Ferruccio Lamborghini a cédé la totalité de ses parts dès 1974, d'abord à l'homme d'affaires suisse Georges-Henri Rossetti (51 %, 1973) puis à René Leimer (les 49 % restants, 1974) — voir le détail de ce retrait progressif dans la biographie de Ferruccio Lamborghini. C'est donc une entreprise déjà fragilisée, sous une direction sans lien avec son nom, que BMW retrouve comme partenaire industriel.
Un usage contesté des avances versées par BMW
Selon une enquête publiée par Carbuzz, une partie des sommes avancées par BMW pour financer le développement du châssis et l'outillage aurait été détournée par la direction de Lamborghini vers un projet sans rapport : le Cheetah, un prototype de véhicule tout-terrain à vocation militaire destiné à démarcher l'armée américaine, qui ne débouchera sur aucune commande. Cette affirmation, relayée par une seule source de ce dossier et non recoupée par une source primaire indépendante, doit être lue comme une explication plausible parmi d'autres de la déroute financière plutôt que comme un fait definitivement établi — elle est cohérente avec la situation de trésorerie catastrophique documentée par ailleurs, sans qu'aucune source ne prouve un lien de causalité direct et exclusif avec l'échec du contrat M1.
BMW reprend la main : avril 1978
Devant l'incapacité de Lamborghini à tenir le calendrier de livraison des châssis — sept prototypes seulement livrés en deux ans de collaboration — BMW se retire formellement du montage industriel en avril 1978. La marque allemande doit alors, dans l'urgence, rebâtir toute sa chaîne de sous-traitance (voir La chaîne de production reconstruite en urgence — TIR, Marchesi, Italdesign, Baur) pour ne pas perdre le bénéfice des développements déjà engagés.
La faillite officielle : 1er août 1978
Le retrait de BMW précède de quelques mois la mise sous administration judiciaire d'Automobili Lamborghini SpA elle-même : la faillite est officiellement prononcée par un tribunal italien le 1er août 1978 — un événement distinct du désengagement de BMW, survenu quatre mois plus tôt, mais qui confirme rétrospectivement la justesse de la décision de BMW de ne pas s'attarder. Une ingénierie de secours se met en place dans la foulée : d'anciens ingénieurs de Lamborghini, regroupés dans une société baptisée Italengineering et installée à moins de seize kilomètres de l'atelier Lamborghini d'origine, achèvent la mise au point technique du M1 restée inaboutie.
L'épilogue Lamborghini, pour mémoire
Placée sous administration, Lamborghini connaît plusieurs années difficiles avant que les frères suisses Patrick et Jean-Claude Mimran n'en prennent la direction opérationnelle à partir de juillet 1980, puis n'en rachètent les actifs en 1981 sous le nom de Nuova Automobili Ferruccio Lamborghini — un rebond qui n'aura aucune incidence sur le programme M1, déjà entièrement réorganisé sans elle depuis 1978.
Voir aussi
- Site source
- carbuzz.com
- Date d'extraction
- 13 sept. 2026