La Visa 1000 Pistes 4x4 — la première française à quatre roues motrices conçue pour la compétition
Une naissance sur le plateau de Conjuers
Le nom « 1000 Pistes » ne relève pas d'un simple argument marketing : il vient directement du rallye du même nom, disputé en juillet 1983 sur le plateau de Conjuers, dans le Var, où plusieurs prototypes de Visa à quatre roues motrices avaient été engagés en catégorie expérimentale par Citroën Compétition — dont la voiture victorieuse de Philippe Wambergue, conçue par Denis Mathiot (voir le récit complet de cette course de sélection dans Guy Verrier et le pari du Groupe B — la stratégie compétition de la Visa).
200 exemplaires produits chez Heuliez pour l'homologation
Le règlement du Groupe B impose la construction d'au moins 200 versions routières pour toute homologation en compétition. Citroën confie une nouvelle fois cette tâche à Heuliez, déjà responsable de la Trophée (voir La Visa Trophée — 200 exemplaires homologués et un palmarès méconnu en Championnat du monde des rallyes), qui réalise l'ensemble des éléments de carrosserie spécifiques. Les 200 exemplaires de la Visa 1000 Pistes 4x4 sont proposés à la vente à partir de novembre 1983. Sur le plan mécanique, il s'agit essentiellement d'une Chrono à quatre roues motrices : même bloc 1 360 cm³ alimenté par deux carburateurs Weber 40 DCOE double corps, pour 112 ch à 6 800 tr/min, accouplé à un système de transmission intégrale permettant, à la demande, de rouler en traction avant seule (voir Boîtes de vitesses de la Visa — du carter partagé à la transmission intégrale de la 1000 Pistes). Les quatre roues reçoivent des freins à disque, une barre antidévers est ajoutée à l'avant, et le train arrière est spécifiquement redessiné pour accueillir l'arbre de transmission (voir Suspension et freinage — comment la Visa cherche à retrouver un moelleux « Citroën » sur un châssis Peugeot). À vide, la voiture pèse 878 kg.
Un « survêtement blanc » reconnaissable entre mille
La 1000 Pistes de route se reconnaît à sa livrée blanche caractéristique, surnommée par les amateurs le « survêtement blanc » : pneus Michelin TRX sur jantes spécifiques, calandre ornée d'un logo « X » entouré de deux double chevrons rouges, quatre phares ronds inspirés de la GTI, élargisseurs d'ailes rivetés à l'avant comme à l'arrière, spoiler avant intégrant des antibrouillards, becquet sur le hayon et sortie d'échappement décalée à droite, le tout complété par de longues bandes bleues et rouges portant la mention « 4 roues motrices ». À l'intérieur, changement radical par rapport aux Visa civiles : le satellite « PRN » (voir Le tableau de bord « avion » — les satellites PRN de Michel Harmand) cède la place à des commodos classiques et à une instrumentation Jaeger proche de celle de la Chrono, avec voltmètre et jauge à carburant reportés au centre de la planche de bord — une disposition qui valorise le rôle du copilote, chargé de surveiller ces cadrans en plus de la lecture du road-book. Le coffre, réduit par un réservoir de 55 litres largement supérieur à celui d'une Visa ordinaire, loge également la roue de secours.
La lettre de Guy Verrier à chaque acheteur
Le caractère extrême de cette version, pensée uniquement pour la compétition amateur plutôt que pour l'usage routier, est explicité sans détour dans une lettre remise par Guy Verrier lui-même à chaque acquéreur : le directeur de la Compétition Citroën y prévient les acheteurs du bruit important émis par le moteur et le pont arrière, précise que la voiture n'est pas conçue pour un usage d'agrément, et les invite à ne pas s'en plaindre s'ils l'utilisaient malgré tout dans cet esprit. De fait, l'insonorisation est minimale — la conversation à bord devient difficile au-delà de 50 km/h sans hausser la voix — et le moteur, capable de rater à bas régime avant 4 000 tr/min, se révèle peu agréable en usage routier quotidien. Vendue 120 000 francs en 1983, la 1000 Pistes coûte alors plus cher qu'une Renault 5 Turbo 2, ce qui explique que la clientèle de la GT (voir La Visa GT (1982-1986) — la sportive « bourgeoise » de la banque d'organes PSA), plus sage et bien plus abordable, lui soit restée nettement supérieure en volume.
La version Évolution et son palmarès
Sur les 200 exemplaires produits, seuls 20 reçoivent la préparation « Évolution » dédiée à la compétition pure : moteur porté à 1 440 cm³ par Denis Mathiot, développant 135 à 140 ch, pour un poids ramené à 750 kg. Ces voitures disputent plusieurs épreuves emblématiques du calendrier international en 1984 (Kenya, Finlande, Provence) puis le Rallye Chamonix Glace en 1985, sans toutefois dépasser une 2ᵉ place de catégorie Groupe B et un 8ᵉ rang au général du Rallye Monte-Carlo 1985 — leur meilleur résultat. En rallycross, Roger Chevreton remporte le Championnat de France 1984 avec une version portée à 1,6 litre. C'est surtout en Championnat de France des rallyes Terre que la 1000 Pistes s'illustre durablement, en dominant la catégorie de 1985 à 1989, sans discontinuer, avec cinq pilotes différents (Chauche, Dorche, Bondil, Royer et Chomat).
Une rareté aujourd'hui recherchée malgré un palmarès modeste
Éclipsée dans l'histoire du Groupe B chez PSA par le programme, autrement plus médiatisé, de la Peugeot 205 Turbo 16, et sensiblement moins courtisée que sa cousine sur le marché de la collection actuel, la Visa 1000 Pistes 4x4 n'en demeure pas moins, aujourd'hui, la version la plus valorisée de toute la gamme Visa — un statut qu'elle doit moins à son palmarès sportif, resté modeste, qu'à sa rareté et à la singularité technique de sa transmission intégrale, unique dans toute l'histoire du modèle.
Voir aussi
- Guy Verrier et le pari du Groupe B — la stratégie compétition de la Visa
- La Visa Trophée — 200 exemplaires homologués et un palmarès méconnu en Championnat du monde des rallyes
- Boîtes de vitesses de la Visa — du carter partagé à la transmission intégrale de la 1000 Pistes
- La Visa GT (1982-1986) — la sportive « bourgeoise » de la banque d'organes PSA
- Guide d'achat — quelle Visa choisir, et à quel niveau de cote s'attendre
- Site source
- citroenvie.com (Thomas Urban), fr.wikipedia.org, en.wikipedia.org
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
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