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§ 06 · Personnalites

René Dreyfus — le pilote que le nazisme voulait invisible, vainqueur malgré tout

Delahaye et Delage (135, 165, D8) · 3 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Peu de biographies de pilote résument aussi bien l'intrication du sport automobile et de la grande Histoire dans les années 1930 que celle de René Dreyfus : un champion français au sommet de son art, mis au ban de la discipline pour des raisons qui n'ont rien à voir avec son talent, avant de connaître avec Delahaye la revanche sportive la plus retentissante de sa carrière.

Un palmarès déjà solide avant Delahaye

Avant même de croiser la route de Delahaye, René Dreyfus possède déjà un palmarès de Grand Prix respectable, obtenu au volant d'Alfa Romeo — l'écurie étant alors dirigée par un certain Enzo Ferrari — puis chez Maserati, où il affronte des pilotes de la trempe d'Ascari, de Caracciola ou de Nuvolari. Mais en 1936, il se retrouve sans volant compétitif depuis plusieurs saisons.

Mis à l'écart par deux régimes, pour deux raisons différentes

La raison de cette mise à l'écart est directement documentée par la recherche historique consacrée à cette période : Dreyfus, dont le père est juif, ne peut prétendre à un volant chez Mercedes-Benz ou Auto Union, les deux écuries allemandes financées par le régime nazi et engagées dans une démonstration de « supériorité aryenne » qui exclut de facto tout pilote d'origine juive. Mais il ne trouve pas davantage sa place chez Alfa Romeo ou Maserati, cette fois pour une raison de nationalisme concurrent propre à l'Italie fasciste de Mussolini, qui privilégie ses propres ressortissants. Français, d'origine juive par son père, Dreyfus se retrouve ainsi doublement indésirable dans le paddock européen de la fin des années 1930.

La revanche par Delahaye

C'est Lucy O'Reilly Schell qui lui offre sa rédemption sportive, en faisant de lui le pilote principal de son Écurie Bleue. Dreyfus décroche pour elle le Grand Prix du Million en 1937, puis la victoire retentissante du Grand Prix de Pau face aux Mercedes-Benz officielles en 1938, avant de conclure la même saison par une nouvelle victoire au Grand Prix international de Cork.

L'exil américain et la survie de sa famille

À l'approche de la guerre, Lucy Schell utilise son influence pour faire exempter Dreyfus du service militaire français, officiellement pour lui permettre de courir aux 500 miles d'Indianapolis 1940 (voir Indianapolis 1940 — la dernière course de l'Écurie Schell, et l'exil américain de Dreyfus) — mais peut-être aussi, selon certains témoignages, pour l'éloigner d'une Europe désormais dangereuse pour lui. Dreyfus reste aux États-Unis après la course, travaille d'abord dans un restaurant, puis s'engage dans l'armée américaine, où il sert comme interprète après l'invasion de l'Italie. Son frère et sa sœur survivent, de leur côté, à l'Occupation en France.

Le restaurateur de Manhattan

Après la guerre, René Dreyfus ouvre à New York, avec son frère et sa sœur, un restaurant baptisé Le Chanticlair, qui devient un point de ralliement officieux pour toute la communauté internationale du sport automobile de passage aux États-Unis — un épilogue inattendu, mais cohérent, pour un homme dont la carrière sportive avait été si étroitement mêlée aux tensions politiques de son temps.

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Provenance de cette fiche
Site source
hagerty.com, en.wikipedia.org
Auteur du site
Ronnie Schreiber (Hagerty), citant Neal Bascomb ; contributeurs Wikipédia
Date d'extraction
12 sept. 2026
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