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§ 05 · Compétition

Le Grand Prix du Million (1937) — un prix crowdfundé par les automobilistes français

Delahaye et Delage (135, 165, D8) · 3 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Le fameux « Million » remporté par René Dreyfus en 1937 n'est pas un simple pari privé entre riches mécènes : c'est un dispositif d'État né de l'inquiétude officielle du gouvernement français face à la montée en puissance des équipes allemandes soutenues par le régime nazi — et financé, dans une large mesure, par les propres usagers de la route français.

Une réponse politique à la domination allemande naissante

Après le Grand Prix de France de 1934, et pour contrer la montée en puissance des équipes allemandes ainsi que la concurrence persistante des Alfa Romeo italiennes, le gouvernement français soutient la « Société d'Étude et de Fabrication d'Automobiles de Course » (S.E.F.A.C.) dans sa tentative de développer une voiture de Grand Prix française conforme à la formule des 750 kg. Les finances du projet sont supervisées par le « Comité de la Souscription Nationale pour le Fonds de Course ». Lorsque la voiture S.E.F.A.C. se révèle incapable de rivaliser, et avec le soutien actif de l'Automobile Club de France, ce Fonds de Course est réorienté vers une formule de prix ouverte aux constructeurs français existants — financée, fait notable, par une surtaxe sur le renouvellement des permis de conduire français : ce sont donc, indirectement, les automobilistes eux-mêmes qui financent la relance sportive nationale.

Bugatti empoche un premier prix, plus modeste

Le 12 avril 1937, Bugatti relève avec succès le premier défi de performance fixé par ce fonds et empoche à ce titre 400 000 francs. Le second défi, bien plus ambitieux et surnommé le « Grand Prix du Million » ou simplement « Le Million », promet 1 000 000 de francs au constructeur et à l'équipe français dont la voiture parviendrait à couvrir 200 km à plus de 146,5 km/h de moyenne sur l'anneau de vitesse de Montlhéry, avant le 1ᵉʳ septembre 1937 — un règlement dont certains observateurs jugeaient les paramètres initialement plus favorables au style de conduite de Bugatti qu'à celui de Delahaye.

Dreyfus, les pneus à la corde, et l'ultime jour

Le 27 août 1937, à cinq jours seulement de l'échéance, le châssis Delahaye Type 145 numéro de série 48771, engagé par l'Écurie Bleue de Lucy O'Reilly Schell et piloté par René Dreyfus, atteint et dépasse l'objectif fixé — mais d'une marge infime, à peine suffisante. Dreyfus use ses pneus Dunlop jusqu'à la toile dans cet effort. Bugatti retourne sur la piste pour tenter de faire mieux, mais des ennuis mécaniques l'empêchent de relever un nouveau défi avant l'expiration du délai.

Un million partagé en cascade

Les gains sont partagés à parts égales entre l'usine Delahaye et l'Écurie Bleue ; Lucy Schell reverse à son tour la moitié de la part de son écurie à René Dreyfus lui-même. Pour célébrer la victoire, elle fait peindre sur les voitures une bande diagonale rouge et blanche — un ornement que certains historiens du sport automobile désignent comme la toute première « racing stripe » de l'histoire, bien avant sa popularisation par les constructeurs américains des années 1960. Cette même Type 145 rejoint ensuite directement les Grands Prix internationaux, où elle s'illustre quelques mois plus tard à Pau — voir Grand Prix de Pau 1938 — Delahaye bat Mercedes, une victoire française à la portée politique ambiguë.

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
en.wikipedia.org, hagerty.com, fr.wikipedia.org (CC BY-SA)
Auteur du site
contributeurs Wikipédia ; Ronnie Schreiber (Hagerty), citant Neal Bascomb
Date d'extraction
12 sept. 2026
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