Le Grand Prix du Million (1937) — un prix crowdfundé par les automobilistes français
Le fameux « Million » remporté par René Dreyfus en 1937 n'est pas un simple pari privé entre riches mécènes : c'est un dispositif d'État né de l'inquiétude officielle du gouvernement français face à la montée en puissance des équipes allemandes soutenues par le régime nazi — et financé, dans une large mesure, par les propres usagers de la route français.
Une réponse politique à la domination allemande naissante
Après le Grand Prix de France de 1934, et pour contrer la montée en puissance des équipes allemandes ainsi que la concurrence persistante des Alfa Romeo italiennes, le gouvernement français soutient la « Société d'Étude et de Fabrication d'Automobiles de Course » (S.E.F.A.C.) dans sa tentative de développer une voiture de Grand Prix française conforme à la formule des 750 kg. Les finances du projet sont supervisées par le « Comité de la Souscription Nationale pour le Fonds de Course ». Lorsque la voiture S.E.F.A.C. se révèle incapable de rivaliser, et avec le soutien actif de l'Automobile Club de France, ce Fonds de Course est réorienté vers une formule de prix ouverte aux constructeurs français existants — financée, fait notable, par une surtaxe sur le renouvellement des permis de conduire français : ce sont donc, indirectement, les automobilistes eux-mêmes qui financent la relance sportive nationale.
Bugatti empoche un premier prix, plus modeste
Le 12 avril 1937, Bugatti relève avec succès le premier défi de performance fixé par ce fonds et empoche à ce titre 400 000 francs. Le second défi, bien plus ambitieux et surnommé le « Grand Prix du Million » ou simplement « Le Million », promet 1 000 000 de francs au constructeur et à l'équipe français dont la voiture parviendrait à couvrir 200 km à plus de 146,5 km/h de moyenne sur l'anneau de vitesse de Montlhéry, avant le 1ᵉʳ septembre 1937 — un règlement dont certains observateurs jugeaient les paramètres initialement plus favorables au style de conduite de Bugatti qu'à celui de Delahaye.
Dreyfus, les pneus à la corde, et l'ultime jour
Le 27 août 1937, à cinq jours seulement de l'échéance, le châssis Delahaye Type 145 numéro de série 48771, engagé par l'Écurie Bleue de Lucy O'Reilly Schell et piloté par René Dreyfus, atteint et dépasse l'objectif fixé — mais d'une marge infime, à peine suffisante. Dreyfus use ses pneus Dunlop jusqu'à la toile dans cet effort. Bugatti retourne sur la piste pour tenter de faire mieux, mais des ennuis mécaniques l'empêchent de relever un nouveau défi avant l'expiration du délai.
Un million partagé en cascade
Les gains sont partagés à parts égales entre l'usine Delahaye et l'Écurie Bleue ; Lucy Schell reverse à son tour la moitié de la part de son écurie à René Dreyfus lui-même. Pour célébrer la victoire, elle fait peindre sur les voitures une bande diagonale rouge et blanche — un ornement que certains historiens du sport automobile désignent comme la toute première « racing stripe » de l'histoire, bien avant sa popularisation par les constructeurs américains des années 1960. Cette même Type 145 rejoint ensuite directement les Grands Prix internationaux, où elle s'illustre quelques mois plus tard à Pau — voir Grand Prix de Pau 1938 — Delahaye bat Mercedes, une victoire française à la portée politique ambiguë.
Voir aussi
- Delahaye Type 145 — la voiture de Grand Prix née d'une commande privée (1937-1940)
- L'Écurie Bleue — la course pour faire de la France ce que l'Italie a fait pour Ferrari
- René Dreyfus — le pilote que le nazisme voulait invisible, vainqueur malgré tout
- Grand Prix de Pau 1938 — Delahaye bat Mercedes, une victoire française à la portée politique ambiguë
- Site source
- en.wikipedia.org, hagerty.com, fr.wikipedia.org (CC BY-SA)
- Auteur du site
- contributeurs Wikipédia ; Ronnie Schreiber (Hagerty), citant Neal Bascomb
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- René Dreyfus — le pilote que le nazisme voulait invisible, vainqueur malgré toutDelahaye et Delage (135, 165, D8) · Personnalites
- Lucy O'Reilly Schell — l'Irlandaise-Américaine qui a dirigé la seule écurie de Grand Prix gagnante jamais menée par une femmeDelahaye et Delage (135, 165, D8) · Personnalites
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- Indianapolis 1940 — la dernière course de l'Écurie Schell, et l'exil américain de DreyfusDelahaye et Delage (135, 165, D8)
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