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§ 05 · Compétition

L'Écurie Bleue — la course pour faire de la France ce que l'Italie a fait pour Ferrari

Delahaye et Delage (135, 165, D8) · 3 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Le titre de « première femme à avoir dirigé une écurie de Grand Prix gagnante » place Lucy O'Reilly Schell dans une catégorie à part de l'histoire du sport automobile. L'écurie qu'elle fonde avec son mari, l'Écurie Bleue, constitue le véhicule institutionnel de cette ambition — et le prolongement direct, sur le terrain des Grands Prix internationaux, de la stratégie sportive amorcée par Delahaye dès 1933 (voir 1933 — le tournant sportif de Delahaye, de la berline poussive au constructeur de prestige).

De cliente fidèle à patronne d'écurie

Rallyewoman confirmée depuis la fin des années 1920 au volant de Bugatti puis de Talbot, Lucy O'Reilly Schell approche pour la première fois Delahaye au Salon de Paris 1933, où elle obtient la commande sur mesure qui donnera naissance à la Type 135 (voir cette fiche pour le détail de la commande). Elle rallye ensuite des Delahaye durant plusieurs saisons, sans jamais remporter une épreuve dans l'absolu, jusqu'à ce qu'un grave accident la convainque de renoncer à conduire elle-même en compétition — sans pour autant quitter le sport automobile.

Fin 1936, Delahaye dissout sa propre équipe officine de compétition. Le couple Schell saisit l'occasion : il devient de fait le programme de course officieux de la marque, en fondant sa propre structure, l'Écurie Bleue. L'ambition affichée, selon la biographie de Lucy Schell, est explicite : construire pour la France une écurie qui joue le rôle que la Scuderia Ferrari joue alors pour l'Italie. Les voitures de l'équipe, ainsi que son camion de transport, sont peintes dans une nuance de bleu français légèrement différente de celle utilisée par leurs compatriotes de chez Talbot.

Un financement entièrement privé, pour des voitures entièrement nouvelles

Puisant dans l'héritage de son père, l'homme d'affaires américain Francis Patrick O'Reilly, Lucy Schell finance intégralement le développement d'une voiture de Grand Prix taillée pour son équipe : le V12 4,5 litres qui équipe la Type 145 dès 1936-1937. Ce point compte beaucoup pour elle, une partie de la presse sportive de l'époque ayant tendance à minimiser son rôle en présentant son équipe comme une simple annexe de l'usine Delahaye plutôt que comme sa propre structure.

Une équipe de pilotes de premier plan

L'Écurie Bleue rassemble au fil des saisons plusieurs pilotes de haut niveau : Laury Schell lui-même, René Carrière, Joseph Paul, René Dreyfus, Gianfranco Comotti, René Le Bègue, et le comte Georges Raphaël Béthenod de Montbressieux, connu sous le nom de course « Raph ». C'est ce collectif qui porte, dès sa première saison de Grand Prix pur, la victoire du Million de 1937 puis celle, plus retentissante encore, du Grand Prix de Pau 1938 face aux Mercedes-Benz officielles.

Une fin précipitée par le drame et la guerre

La saison 1939 se révèle plus difficile : la nouvelle monoplace 155 ne rencontre pas le succès espéré, et Lucy Schell, frustrée d'un favoritisme officiel qui prive son équipe d'un financement public qu'elle jugeait mérité, se tourne vers Maserati. Le 18 octobre 1939, son mari Laury meurt dans un accident de la route qui la blesse gravement elle-même ; l'écurie est rebaptisée « Écurie Lucy O'Reilly Schell » avant de s'effacer définitivement après l'épisode américain documenté dans Indianapolis 1940 — la dernière course de l'Écurie Schell, et l'exil américain de Dreyfus.

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Provenance de cette fiche
Site source
en.wikipedia.org, hagerty.com
Auteur du site
contributeurs Wikipédia ; Ronnie Schreiber (Hagerty), citant Neal Bascomb
Date d'extraction
12 sept. 2026
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