Lucy O'Reilly Schell — l'Irlandaise-Américaine qui a dirigé la seule écurie de Grand Prix gagnante jamais menée par une femme
Dans un sport automobile d'avant-guerre presque exclusivement masculin, Lucy O'Reilly Schell occupe une place à part : première Américaine à disputer un Grand Prix international, et surtout première femme de l'histoire à avoir fondé et dirigé une écurie de Grand Prix victorieuse — un titre que lui reconnaît explicitement l'encyclopédie Wikipédia elle-même.
Une Irlandaise d'Amérique, née et morte en France
Lucy O'Reilly naît le 26 octobre 1896 à Paris, fille unique de Francis Patrick O'Reilly, descendant d'émigrés irlandais ayant fui la Grande Famine et enrichi dans le bâtiment et l'industrie près de Reading, en Pennsylvanie. Bien qu'ayant vécu l'essentiel de sa vie en France, elle se considère toujours elle-même comme américaine. Pendant la Première Guerre mondiale, elle sert comme infirmière dans un hôpital militaire parisien avant d'épouser, en 1917, Selim Laurence « Laury » Schell, fils d'un diplomate américain né à Genève. Le couple a deux fils : Harry, né en 1921, qui deviendra l'un des tout premiers pilotes de Formule 1 américains avant de mourir en course à Silverstone en 1960, et Philippe, né en 1926.
De rallyewoman à cheffe d'écurie
Lucy Schell dispute sa première grande course en 1927 au Grand Prix de La Baule sur une Bugatti T37A, puis se tourne vers le rallye à partir de 1929, obtenant plusieurs Coupes des Dames et podiums au Rallye de Monte-Carlo au fil des années 1930, notamment une deuxième place en 1936 avec son mari comme copilote, à deux cinquièmes de seconde seulement de la victoire. En 1936, elle hérite de la fortune de son père, qu'elle emploie à financer le développement de voitures de course taillées sur mesure pour son propre usage — d'abord la Delahaye 135 (voir La Delahaye Type 135 — modèle emblématique du luxe sportif français (1935-1952)), puis le programme de Grand Prix complet qui donne naissance à l'Écurie Bleue.
La seule femme à avoir dirigé une écurie de Grand Prix gagnante
C'est peut-être là le fait le plus significatif de sa biographie : selon Wikipédia, Lucy O'Reilly Schell demeure à ce jour la seule femme de l'histoire à avoir été propriétaire d'une écurie de Grand Prix victorieuse. Cette reconnaissance tardive contraste avec le traitement que lui réservait une partie de la presse sportive de son vivant, encline à minimiser son rôle de patronne pour présenter son équipe comme une simple annexe de l'usine Delahaye — ce qui explique en partie pourquoi elle tient tant à ce que les quatre Delahaye 145 de 1936-1937 soient explicitement les siennes, et non celles de l'usine.
Un deuil qui referme le chapitre de la course automobile
⚠️ Les sources ne s'accordent pas exactement sur la date de la mort de son mari : le 18 octobre 1939 selon Wikipédia, contre une date située « peu après l'invasion de la Pologne » (donc début septembre 1939) selon le récit de Hagerty. Les deux sources s'accordent en revanche sur les circonstances : Laury et Lucy Schell sont victimes d'un accident de la route grave alors que leur chauffeur les conduit de Monaco à Paris ; Laury en meurt, Lucy est sérieusement blessée. Le deuil et le déclenchement de la guerre la détournent progressivement de la compétition, même après l'épisode ultime d'Indianapolis 1940. Elle meurt le 8 juin 1952 à Monte-Carlo, à 55 ans ; ses restes rejoignent finalement le caveau familial de Brunoy, en France, aux côtés de son mari et, plus tard, de ses deux fils.
Voir aussi
- L'Écurie Bleue — la course pour faire de la France ce que l'Italie a fait pour Ferrari
- La Delahaye Type 135 — modèle emblématique du luxe sportif français (1935-1952)
- Le Grand Prix du Million (1937) — un prix crowdfundé par les automobilistes français
- Grand Prix de Pau 1938 — Delahaye bat Mercedes, une victoire française à la portée politique ambiguë
- René Dreyfus — le pilote que le nazisme voulait invisible, vainqueur malgré tout
- Site source
- en.wikipedia.org, hagerty.com
- Auteur du site
- contributeurs Wikipédia ; Ronnie Schreiber (Hagerty)
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- La Delahaye Type 135 — modèle emblématique du luxe sportif français (1935-1952)Delahaye et Delage (135, 165, D8) · Modèles
- L'Écurie Bleue — la course pour faire de la France ce que l'Italie a fait pour FerrariDelahaye et Delage (135, 165, D8) · Compétition
- Le Grand Prix du Million (1937) — un prix crowdfundé par les automobilistes françaisDelahaye et Delage (135, 165, D8) · Compétition
- René Dreyfus — le pilote que le nazisme voulait invisible, vainqueur malgré toutDelahaye et Delage (135, 165, D8) · Personnalites
- Grand Prix de Pau 1938 — Delahaye bat Mercedes, une victoire française à la portée politique ambiguëDelahaye et Delage (135, 165, D8) · Compétition
- Indianapolis 1940 — la dernière course de l'Écurie Schell, et l'exil américain de DreyfusDelahaye et Delage (135, 165, D8) · Compétition
- Le Grand Prix du Million (1937) — un prix crowdfundé par les automobilistes françaisDelahaye et Delage (135, 165, D8)
- Les concours d'élégance des années 1930 — la vitrine mondaine de Delahaye et DelageDelahaye et Delage (135, 165, D8)
- Henri Chapron — le carrossier qui a caché l'Écurie Bleue sous l'OccupationDelahaye et Delage (135, 165, D8)
- Indianapolis 1940 — la dernière course de l'Écurie Schell, et l'exil américain de DreyfusDelahaye et Delage (135, 165, D8)
- Le V12 magnésium du Type 145 — genèse d'un moteur de Grand Prix françaisDelahaye et Delage (135, 165, D8)
- 1933 — le tournant sportif de Delahaye, de la berline poussive au constructeur de prestigeDelahaye et Delage (135, 165, D8)
- René Dreyfus — le pilote que le nazisme voulait invisible, vainqueur malgré toutDelahaye et Delage (135, 165, D8)
- Le palmarès complet de la Delahaye 135 (1936-1954)Delahaye et Delage (135, 165, D8)