L'aileron « whale tail » — une nécessité aérodynamique devenue icône malgré elle
Un problème d'abord posé en négatif : la portance de la carrosserie hayon
La carrosserie Sierra, conçue avant tout pour minimiser la traînée aérodynamique en usage routier (voir Genèse de la Sierra — le « Project Toni » et la rupture aérodynamique avec la Cortina), se révèle en réalité génératrice d'une portance aérodynamique significative dès que la vitesse s'élève sensiblement au-delà d'un usage courant — un défaut sans conséquence sur une familiale de série, mais rédhibitoire pour une base de voiture de compétition appelée à dépasser les 300 km/h en configuration course. C'est ce problème très concret que doit résoudre l'ingénieur Lothar Pinske, responsable de la carrosserie du projet Cosworth, en amont même du choix définitif du moteur.
Une carte blanche revendiquée et un accueil interne glacial
Pinske obtient de la direction du projet une carte blanche complète sur l'apparence extérieure de la voiture, condition qu'il juge indispensable pour garantir la stabilité à haute vitesse. Le prototype présenté à la direction, construit sur une carrosserie XR4i modifiée en fibre de verre et en aluminium, suscite un accueil pour le moins tiède : l'aileron arrière surdimensionné, en particulier, ne fait guère l'unanimité en interne. Pinske tient bon, en avançant trois justifications strictement fonctionnelles et non esthétiques : l'aileron est nécessaire pour conserver l'appui au sol à 300 km/h en configuration course ; l'ouverture pratiquée entre les projecteurs est indispensable pour alimenter en air l'intercooler du turbocompresseur (voir Suralimentation et injection — du Garrett T3 au montage biturbo virtuel du RS500) ; et les élargisseurs d'ailes doivent pouvoir loger des roues de compétition de 10 pouces de large. Après des essais en soufflerie et sur le circuit d'essais à haute vitesse de Nardò, en Italie, les stylistes de Ford acceptent finalement de décliner une version de série du prototype.
Un appui réel, chiffré par le constructeur
Selon les données publiées par Ford dans son catalogue RS de 1986, l'aileron de la Sierra RS Cosworth produit un appui de l'ordre de 20 kgf à 150 mph (environ 240 km/h) — une valeur modeste en usage strictement routier, mais significative dans le contexte d'une compétition disputée à très haute vitesse moyenne, où la stabilité directionnelle prime sur la seule traînée.
Le « gurney flap » du RS500, un perfectionnement discret mais fonctionnel
Sur l'évolution RS500 de 1987 (voir La Sierra RS500 Cosworth (1987) — 500 exemplaires exacts, une répartition de couleurs imprévue), l'aileron principal reçoit sur son bord de fuite un petit relief appelé « gurney flap », technique d'amélioration de l'appui aérodynamique héritée directement de la compétition automobile, tandis qu'un second aileron, plus modeste, est ajouté sous le hayon lui-même — d'où le nom de « whale tail » (« queue de baleine ») que la presse anglophone attribue à cet ensemble à deux étages, par analogie avec la silhouette d'une nageoire caudale de cétacé.
D'un repoussoir en interne à l'un des symboles les plus reconnaissables des Ford sportives
L'ironie de cette histoire, relevée par plusieurs sources spécialisées, tient au retournement complet de perception de cet aileron : conçu par pure nécessité fonctionnelle et accueilli avec scepticisme jusque dans les rangs de Ford lui-même, il devient rapidement l'un des attributs stylistiques les plus recherchés et les plus copiés de toute l'histoire des Ford de compétition homologuées pour la route, au point de faire directement retour, quelques années plus tard, sur la carrosserie de l'Escort RS Cosworth qui prend la suite de la Sierra en compétition rallye (voir La fin de carrière (1992-1993) et la bascule vers la Mondeo).
Voir aussi
- Genèse de la Sierra — le « Project Toni » et la rupture aérodynamique avec la Cortina
- La Sierra RS Cosworth 3 portes (1986) — lancement, teintes limitées et chiffres de production
- La Sierra RS500 Cosworth (1987) — 500 exemplaires exacts, une répartition de couleurs imprévue
- Suralimentation et injection — du Garrett T3 au montage biturbo virtuel du RS500
- Date d'extraction
- 13 sept. 2026
- Suralimentation et injection — du Garrett T3 au montage biturbo virtuel du RS500Ford Sierra / Sierra RS Cosworth · Carburation injection
- La Sierra RS500 Cosworth (1987) — 500 exemplaires exacts, une répartition de couleurs imprévueFord Sierra / Sierra RS Cosworth · Carrosserie
- La fin de carrière (1992-1993) et la bascule vers la MondeoFord Sierra / Sierra RS Cosworth · Histoire et modèles
- La Sierra RS Cosworth 3 portes (1986) — lancement, teintes limitées et chiffres de productionFord Sierra / Sierra RS Cosworth · Carrosserie
- Genèse de la Sierra — le « Project Toni » et la rupture aérodynamique avec la CortinaFord Sierra / Sierra RS Cosworth · Histoire et modèles
- Suralimentation et injection — du Garrett T3 au montage biturbo virtuel du RS500Ford Sierra / Sierra RS Cosworth
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- La Sierra RS Cosworth 3 portes (1986) — lancement, teintes limitées et chiffres de productionFord Sierra / Sierra RS Cosworth
- La Sierra RS500 Cosworth (1987) — 500 exemplaires exacts, une répartition de couleurs imprévueFord Sierra / Sierra RS Cosworth