Comment l'Esprit est devenue la voiture de James Bond — deux versions concurrentes de la genèse (1976-1977)
Rompre avec l'image de Sean Connery
Lorsque Roger Moore reprend le rôle de James Bond, la production cherche délibérément à le démarquer de son prédécesseur — y compris sur le plan automobile. Moore restera d'ailleurs, de tous les acteurs ayant incarné 007, le seul à n'avoir jamais conduit d'Aston Martin DB5 à l'écran (voir Comment la DB5 est devenue la voiture de James Bond — genèse du choix de Goldfinger (1964) dans le dossier aston-martin-db5/ pour la genèse de cette association avec Sean Connery). C'est dans ce contexte que la toute nouvelle Lotus Esprit S1, lancée au Salon de Paris 1975, est choisie pour L'Espion qui m'aimait (The Spy Who Loved Me, 1977) — un choix renforcé par une mise en scène promotionnelle explicite : sur les photos de tournage, Bond pose aux côtés de sa nouvelle alliée soviétique, Anya Amasova (Barbara Bach), rompant avec l'image plus solitaire de Sean Connery posant seul devant sa DB5 pour Goldfinger.
Version 1 : le coup de publicité de Don McLauchlan
Selon une anecdote largement répétée dans la presse automobile, Don McLauchlan, alors responsable des relations publiques de Lotus, aurait délibérément garé une Esprit devant les bureaux du producteur Albert « Cubby » Broccoli à Pinewood Studios, tous badges et emblèmes recouverts, avant de s'éclipser. Une foule se serait rapidement rassemblée autour de la voiture — foule dans laquelle se trouvait justement Broccoli. McLauchlan serait alors revenu sans un mot, serait monté dans la voiture et aurait démarré, laissant le producteur intrigué chercher à savoir qui fabriquait cette voiture futuriste.
Version 2 : un appel téléphonique direct de Ken Adam
Le directeur artistique en second du film (« Supervisory Art Director »), Peter Lamont, a publiquement qualifié cette anecdote de pure invention. Selon son propre récit, c'est le chef décorateur du film, Ken Adam, qui aurait tout simplement appelé directement Lotus Engineering après avoir repéré la voiture dans un magazine — une version nettement moins romanesque, mais defendue par un témoin direct de la production.
Un désaccord non tranché entre les sources
Aucune des deux versions ne peut être confirmée de façon décisive par les sources consultées pour ce dossier : l'anecdote de McLauchlan relève de la légende répétée par de nombreux articles automobiles sans attribution primaire vérifiable, tandis que le démenti de Lamont, pour crédible qu'il soit venant d'un témoin direct du tournage, ne s'accompagne pas non plus d'une confirmation indépendante de la version de Ken Adam. Ce dossier documente donc les deux récits côte à côte, sans trancher — conformément à la méthodologie du corpus pour ce type de désaccord.
Un succès commercial immédiat pour Lotus, quelle qu'en soit l'origine
Quelle que soit la véritable origine du choix, ses conséquences commerciales sont, elles, bien documentées : après la sortie du film, les ventes de Lotus s'envolent au point que les acheteurs potentiels doivent patienter jusqu'à trois ans sur liste d'attente pour obtenir leur exemplaire.
Une gadgetisation directement héritée de la DB5
Le concept même d'une voiture Bond truffée de gadgets, dont l'Esprit hérite pour son unique gadget « classique » (le dispositif d'huile répandue sur la route, également présent sur la DB5 de Goldfinger), remonte directement à cette même DB5 — la première voiture Bond ainsi équipée. L'Esprit y ajoute cependant un gadget d'une tout autre ampleur, sans équivalent dans la franchise avant elle : sa transformation en véritable sous-marin, détaillée dans « Wet Nellie » — la construction, le tournage et la vente à Elon Musk de l'Esprit sous-marine.
Voir aussi
- Site source
- boldentrance.com
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
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