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§ 02 · Carrosserie plastique

La carrosserie en ABS de la Méhari : thermoformage, pas injection

Citroën Méhari · 1968–1987 · 4 min de lecture · extraite le 13 sept. 2026

Un choix industriel inhabituel pour une auto de grande diffusion

En 1968, habiller intégralement la carrosserie d'un véhicule produit à grande échelle avec une matière plastique constitue une démarche industrielle pratiquement sans équivalent sur le marché automobile généraliste — les rares usages du plastique dans l'automobile de l'époque se limitent presque exclusivement à quelques éléments d'habitacle. C'est là toute l'audace du pari porté par Roland de La Poype et sa société la S.E.A.B. (voir La genèse de la Méhari — un projet né en dehors de Citroën).

Le matériau : de l'ABS teinté dans la masse

La carrosserie de la Méhari est réalisée en ABS — acrylonitrile butadiène styrène —, un thermoplastique également connu sous des noms commerciaux comme Cycolac ou Kralastic. Sa spécificité essentielle tient à sa mise en teinte : la couleur n'est pas appliquée en surface (peinture) mais incorporée directement dans la masse du matériau lors de sa fabrication. Cette caractéristique a deux conséquences pratiques immédiatement mises en avant par Citroën dans son argumentaire commercial d'époque : une rayure superficielle reste peu visible, puisqu'elle ne dévoile pas un support d'une autre couleur en dessous, et la teinte ne s'estompe pas avec le temps de la même façon qu'une peinture classique exposée aux UV.

Seconde propriété mécanique mise en avant : la carrosserie ABS peut reprendre sa forme initiale après un léger choc, un comportement élastique très différent de celui d'une tôle d'acier embouti, qui se déforme de façon permanente au moindre impact.

⚠️ Thermoformage, et non injection plastique

Un point technique mérite d'être précisé, une confusion étant possible entre deux procédés de mise en forme du plastique pourtant très différents. Les sources encyclopédiques consultées pour cette fiche (Wikipédia FR notamment) décrivent la fabrication des panneaux de carrosserie de la Méhari comme une opération d'« emboutissage à chaud » — c'est-à-dire un procédé de thermoformage : une plaque d'ABS extrudée est chauffée jusqu'à ramollissement, puis pressée ou aspirée (par le vide) contre un moule pour prendre la forme souhaitée, avant refroidissement et détourage.

Ce procédé est techniquement distinct de l'injection plastique, qui consiste à injecter sous haute pression du plastique fondu dans un moule fermé — un procédé mieux adapté à des pièces plus petites et de section plus épaisse (pare-chocs, boîtiers, petits éléments de garniture) qu'à de grands panneaux de carrosserie fins comme ceux de la Méhari. Une désignation du type « ABS thermoformé et injecté » relève donc d'une confusion entre deux techniques de transformation du plastique qui ne s'appliquent pas aux mêmes types de pièces : cette fiche retient le thermoformage comme procédé principal de fabrication des grands panneaux de carrosserie, conformément à la description des sources consultées.

Une carrosserie réduite à onze éléments

Autre caractéristique industrielle notable, confirmée par le communiqué officiel du 55ᵉ anniversaire diffusé par Citroën : la carrosserie complète de la Méhari ne compte que onze éléments, tous facilement démontables et réparables indépendamment les uns des autres — un choix de conception qui simplifie considérablement les réparations après accident mineur, comparé à une carrosserie en tôle soudée dont les panneaux ne peuvent généralement pas être remplacés isolément sans intervention de carrosserie lourde.

Un habitacle pensé pour être nettoyé au jet d'eau

Autre conséquence directe du choix de l'ABS, également revendiquée par Citroën dès l'origine et confirmée par deux communiqués officiels à cinquante ans d'écart (2018 et 2023) : l'ensemble des commandes de l'habitacle (compteurs, commandes de chauffage, interrupteurs) est délibérément placé en hauteur sur la planche de bord, ce qui permet de nettoyer l'intérieur de la voiture au jet d'eau, aussi bien que l'extérieur. Un argument pensé à l'origine pour un usage utilitaire (nettoyer la boue d'un usage agricole ou professionnel) mais qui trouvera une seconde vie dans l'argumentaire « voiture de plage » (rincer le sable après une journée en bord de mer) — voir De l'utilitaire à l'icône de vacances — la construction de l'image « voiture de plage » de la Méhari.

Une résistance qui a ses limites

Si l'ABS résiste bien aux chocs mineurs et ne se corrode pas comme l'acier, cette résistance ne doit pas être surestimée : elle concerne la carrosserie proprement dite, et non la structure porteuse du véhicule, qui reste, elle, entièrement métallique et donc soumise à la corrosion classique — un point de vigilance essentiel pour tout acheteur, détaillé dans Sous le plastique, de l'acier — le châssis tubulaire de la Méhari et repris dans le guide d'achat Guide d'achat d'une Méhari — la rouille invisible sous la carrosserie increvable.

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
fr.wikipedia.org (CC BY-SA 4.0) ; mecanicus.com ; media.stellantis.com
Date d'extraction
13 sept. 2026
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