Quand les Dacia 1300 du cortège présidentiel n'arrivaient plus à suivre Ceaușescu
L'un des épisodes les mieux documentés de la place de la Dacia dans le dispositif de pouvoir roumain provient d'un témoignage de première main : celui du professeur Ștefan Bîrlea, qui dirigea la section Chancellerie du Comité central du Parti communiste roumain de 1972 à 1979 puis de 1981 à 1982, recueilli par l'agence de presse roumaine Rador et traduit en français par sovietauto.fr.
Une flotte de Dacia jugée trop lente pour le cortège officiel
Au début des années 1980, Nicolae Ceaușescu décide, dans un souci d'exemplarité, que l'ensemble du parc automobile du Comité central, y compris les véhicules d'escorte de ses propres déplacements, doit se limiter à des Dacia 1300, considérées comme des voitures de petite cylindrée. Cette décision se heurte cependant à une réalité mécanique concrète, rapportée par Ștefan Bîrlea : lors d'un déplacement officiel à Scornicești (ville natale du dirigeant roumain, où il souhaitait remettre des décorations), le convoi de Dacia 1300, même équipées de moteurs renforcés selon le témoignage, ne parvient pas à dépasser 100 à 120 km/h de façon soutenue. La voiture transportant Bîrlea et un autre haut fonctionnaire, Silviu Curticeanu, tombe en panne moteur en cours de route.
Un sauvetage improvisé à plus de 250 km/h
L'épisode prend un tour presque romanesque : les deux hommes, contraints de faire signe à un véhicule de passage pour rattraper le cortège, sont recueillis par Nicu Ceaușescu (le fils du dirigeant) au volant de sa propre Audi, qui accélère jusqu'à dépasser 250 km/h pour rattraper le convoi présidentiel — non sans que la voiture ne montre, selon le récit, des signes de vibration à cette vitesse. Cette anecdote, si elle relève avant tout du témoignage individuel et ne peut être vérifiée dans son détail précis, illustre de façon concrète et datée les limites mécaniques réelles de la Dacia 1300 face aux exigences d'un usage protocolaire soutenu (voir De la boîte 4 vitesses héritée de la Renault 12 à la 5ᵉ vitesse tardive, dossier 03-transmission/, pour le détail technique de ces limites).
La naissance de la Dacia 2000
C'est directement en réaction à cet épisode, selon le témoignage de Bîrlea, que Ceaușescu prend la décision d'équiper le parc automobile du Comité central de véhicules plus puissants : la Dacia 2000, en réalité une Renault 20 TS assemblée en CKD/SKD à Pitești (moteur de 2 200 cm³, 116 chevaux, boîte automatique à trois rapports, vitres électriques, climatisation), produite à seulement 256 exemplaires en 1980-1981 (voir 1975-1980 — comment Dacia s'affranchit de Renault sans jamais vraiment le vouloir, dossier 01-histoire-et-modeles/, pour le contexte de cet accord resté sans suite commerciale plus large). Peinte en noir ou en bleu, elle reste exclusivement réservée à l'élite du régime. Le témoignage précise également qu'un véhicule de protocole spécifique fut développé à partir d'un ARO modifié à Câmpulung, et que les officiers de la Securitate, jusqu'alors utilisateurs de BMW (Ceaușescu lui-même circulant en Mercedes), passèrent eux aussi temporairement aux Dacia avant l'arrivée de ces véhicules plus puissants.
Voir aussi
- Noir pour la Securitate, une teinte pour chaque rang — la voiture comme marqueur de statut
- 1975-1980 — comment Dacia s'affranchit de Renault sans jamais vraiment le vouloir
- De la boîte 4 vitesses héritée de la Renault 12 à la 5ᵉ vitesse tardive
- La Dacia D6 Estafette et sa légende d'interdiction par Elena Ceaușescu — ce qu'en dit vraiment le seul exemplaire restauré
- Site source
- sovietauto.fr (traduction d'un article de rador.ro), fr.wikipedia.org, carjager.com
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- Noir pour la Securitate, une teinte pour chaque rang — la voiture comme marqueur de statutDacia 1300 (Roumanie, 1969-2006) · Societe culture
- De la boîte 4 vitesses héritée de la Renault 12 à la 5ᵉ vitesse tardiveDacia 1300 (Roumanie, 1969-2006) · Transmission
- La Dacia D6 Estafette et sa légende d'interdiction par Elena Ceaușescu — ce qu'en dit vraiment le seul exemplaire restauréDacia 1300 (Roumanie, 1969-2006) · Societe culture
- 1975-1980 — comment Dacia s'affranchit de Renault sans jamais vraiment le vouloirDacia 1300 (Roumanie, 1969-2006) · Histoire et modèles
- 1975-1980 — comment Dacia s'affranchit de Renault sans jamais vraiment le vouloirDacia 1300 (Roumanie, 1969-2006)
- De la boîte 4 vitesses héritée de la Renault 12 à la 5ᵉ vitesse tardiveDacia 1300 (Roumanie, 1969-2006)
- 1320 puis Liberta — l'échec persistant du hayon face à la berline tricorpsDacia 1300 (Roumanie, 1969-2006)
- La Dacia D6 Estafette et sa légende d'interdiction par Elena Ceaușescu — ce qu'en dit vraiment le seul exemplaire restauréDacia 1300 (Roumanie, 1969-2006)
- Noir pour la Securitate, une teinte pour chaque rang — la voiture comme marqueur de statutDacia 1300 (Roumanie, 1969-2006)