Matra-Sports en Formule 1 (1968-1972) — Jackie Stewart, le titre 1969 et le V12
Une image de marque à construire par la course
Rappelons le contexte : c'est pour redorer l'image d'un groupe jusque-là associé à l'armement que Jean-Luc Lagardère engage Matra dans la compétition automobile dès 1964 (voir Matra, des missiles à l'automobile — genèse d'un constructeur atypique et Jean-Luc Lagardère, stratège de la diversification automobile de Matra). Après des débuts remarqués en Formule 3 (Jean-Pierre Beltoise, champion de France 1965) puis en Formule 2 (Jackie Ickx vainqueur du Trophée d'Europe 1967 sur MS7), Matra franchit l'étape de la Formule 1 en s'appuyant sur deux soutiens décisifs obtenus en 1967 : un accord de collaboration avec le pétrolier Elf et un prêt de six millions de francs du gouvernement français pour financer la construction d'un moteur maison, le V12, conçu par Georges Martin (voir Georges Martin, du V12 de Formule 1 aux quatre-cylindres de la Bagheera).
Deux moteurs pour sécuriser l'entrée en F1
Prudent face à la nouvelle réglementation portant la cylindrée des F1 à trois litres, Matra choisit de courir simultanément avec deux motorisations : son propre V12 (monoplace MS11) et le Ford-Cosworth DFV, alors le moteur de référence du plateau (monoplace MS10). La MS10 débute au Grand Prix d'Espagne le 15 mai 1968 avec Jean-Pierre Beltoise, avant de décrocher sa première victoire sous une pluie battante à Zandvoort avec Jackie Stewart, qui termine l'année dauphin du champion du monde Graham Hill. La MS11 et son V12, de son côté, ne dépasse pas une deuxième place à Zandvoort (Beltoise) et déçoit sur le reste de la saison.
1969 : le titre mondial dès la deuxième saison
La MS10 remporte sa quatrième et dernière victoire au Grand Prix d'Afrique du Sud 1969 (Stewart), avant de céder la place à la MS80, monoplace entièrement nouvelle (à l'exception du moteur Ford-Cosworth) conçue sous la direction de Bernard Boyer. Dominatrice, elle remporte cinq des neuf épreuves du championnat et offre à Matra, dès sa deuxième participation au championnat du monde, le doublé pilotes-constructeurs : Jackie Stewart est sacré champion du monde 1969, aux côtés de son directeur d'écurie Ken Tyrrell.
Le choix du V12 et une équipe entièrement française
Jackie Stewart et Ken Tyrrell, restés fidèles au moteur Ford-Cosworth, refusent de courir avec le V12 Matra. Jean-Luc Lagardère ne cède pas : pour 1970, il constitue une équipe entièrement française, confiée à Jean-Pierre Beltoise et Henri Pescarolo. Le V12 est profondément remanié par Georges Martin (angle des soupapes ramené de 56° à 33,4°, moteur désormais porteur avec le train arrière boulonné directement sur la boîte de vitesses) pour équiper la nouvelle MS120, mais ne parvient jamais à s'imposer face à la Lotus 72 dominante de Jochen Rindt, se limitant à trois troisièmes places (Monaco, Belgique, Italie). Les saisons 1971 et 1972, mobilisées à la fois par la F1 et par le programme d'endurance (voir Matra-Sports aux 24 Heures du Mans — trois victoires consécutives (1972-1974)), se révèlent très décevantes pour le programme F1 : Jean-Luc Lagardère décide alors de renoncer à la Formule 1 pour concentrer tous les efforts de Matra sur les sport-prototypes.
Un V12 qui gagnera son premier Grand Prix... chez un autre constructeur
Ironie du sort documentée par Motorlegend : ce V12 tant chéri par Lagardère ne remportera son tout premier Grand Prix qu'en 1977, en Suède, soit neuf ans après ses débuts — non pas sur une Matra, mais en motorisant une Ligier JS7. Ce même V12, dans une version détunée, sera plus tard envisagé pour motoriser une version très haut de gamme de la Murena, projet resté lui aussi au stade de la maquette (voir Murena kit 142, Murena S et la carrière en rallycross de Jean-Pierre Beltoise).
Voir aussi
- Matra, des missiles à l'automobile — genèse d'un constructeur atypique
- Jean-Luc Lagardère, stratège de la diversification automobile de Matra
- Georges Martin, du V12 de Formule 1 aux quatre-cylindres de la Bagheera
- Matra-Sports aux 24 Heures du Mans — trois victoires consécutives (1972-1974)
- Murena kit 142, Murena S et la carrière en rallycross de Jean-Pierre Beltoise
- Site source
- motorlegend.com (Saga Matra, Gilles Bonnafous), museematra.com
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- Matra, des missiles à l'automobile — genèse d'un constructeur atypiqueMatra Bagheera · Histoire et modèles
- Georges Martin, du V12 de Formule 1 aux quatre-cylindres de la BagheeraMatra Bagheera · Histoire et modèles
- Jean-Luc Lagardère, stratège de la diversification automobile de MatraMatra Bagheera · Histoire et modèles
- Murena kit 142, Murena S et la carrière en rallycross de Jean-Pierre BeltoiseMatra Bagheera · Histoire et modèles
- Matra-Sports aux 24 Heures du Mans — trois victoires consécutives (1972-1974)Matra Bagheera · Culture documentation
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