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§ 01 · Histoire et modèles

Matra, des missiles à l'automobile — genèse d'un constructeur atypique

Matra Bagheera · 1973–1980 · 3 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Un sigle d'origine aéronautique

Contrairement à la quasi-totalité des constructeurs présents dans ce corpus, Matra n'est pas né dans l'automobile. Le sigle M.A.T.R.A., pour Mécanique-Aviation-TRAction, désigne une entreprise fondée en 1945 par l'ingénieur Marcel Chassagny, tournée dès l'origine vers l'armement et l'aérospatiale : engins guidés, missiles (dont le missile air-air R530, dont le nom sera repris vingt ans plus tard par la première automobile de la marque, la 530 — voir La Matra 530, l'échec fondateur qui a rendu la Bagheera nécessaire) et lance-roquettes. Le groupe se développe dans la discrétion, voire le secret, propre à ce type d'industrie régalienne. Selon Philippe Guédon, qui rejoindra plus tard l'entreprise pour y dessiner ses automobiles, l'entreprise était à ce point méconnue du grand public qu'il ignorait lui-même ce qu'elle fabriquait au moment de répondre à une offre d'emploi.

Une diversification voulue pour changer d'image

L'entrée de Matra dans l'automobile ne procède pas d'une vocation industrielle affirmée mais d'un choix stratégique déjà pensé avant même le rachat d'un premier constructeur : Marcel Chassagny et Jean-Luc Lagardère, qui a rejoint le groupe en venant de chez Dassault, jugent l'image de Matra trop marquée par sa dimension militaire. L'objectif est de se faire connaître du grand public — et singulièrement d'une clientèle jeune — en investissant un secteur porteur d'image positive. La compétition automobile est choisie en premier lieu comme vecteur de communication : un département course est créé dès 1964, débutant en Formule 3 sous la bannière Matra-Sports (voir Matra-Sports en Formule 1 (1968-1972) — Jackie Stewart, le titre 1969 et le V12 et Matra-Sports aux 24 Heures du Mans — trois victoires consécutives (1972-1974)), avant que ne se dessine, dans la foulée, l'ambition de produire des voitures de série pour prolonger ces succès sportifs auprès du public.

Cette même année 1964, l'opportunité de racheter un petit constructeur automobile en difficulté — les Automobiles René Bonnet — permet à Matra de franchir sans attendre le pas vers la production de série, tout en lui apportant un point d'appui technique immédiat (voir Avant Matra — René Bonnet, la scission avec Deutsch et le rachat de 1964).

Sylvain Floirat, un actionnaire aux réseaux utiles

Autre particularité de la genèse Matra : parmi les actionnaires du groupe figure Sylvain Floirat, par ailleurs propriétaire de la station de radio Europe 1, alors en plein triomphe avec son émission phare « Salut les copains ». Cette proximité capitalistique n'est pas anecdotique : elle inspirera directement le positionnement marketing de la toute première Matra de série, présentée comme « la voiture des copains » (voir La Matra 530, l'échec fondateur qui a rendu la Bagheera nécessaire), et illustre la manière dont le groupe va chercher, dès ses débuts automobiles, à convertir des réseaux d'influence extra-industriels en atouts commerciaux — une compensation, déjà, à l'absence structurelle d'un réseau de concessionnaires en propre qui pèsera sur toute l'histoire de la marque.

Une culture d'ingénieurs venue de l'aérospatiale

Le passage de l'armement à l'automobile ne s'est pas fait sans heurts culturels. Issus d'une industrie où l'on conçoit en interne et où l'on sous-traite la fabrication à des tiers spécialisés, les dirigeants de Matra appliquent d'abord ce même schéma à leur première automobile de série, la 530, en confiant sa construction à un façonnier extérieur — une décision qui se révélera inadaptée aux exigences de l'industrie automobile de grande diffusion (voir La Matra 530, l'échec fondateur qui a rendu la Bagheera nécessaire). Cet épisode fondateur oblige Matra à devenir, par nécessité plutôt que par choix initial, un constructeur automobile à part entière, maîtrisant de bout en bout la conception, les méthodes et la production — une bascule culturelle qui explique en partie le profil si particulier de la marque dans le paysage automobile français, et qui la conduira, dix ans plus tard, à concevoir la Bagheera (voir Naissance de la Bagheera — du projet M550 au lancement du 14 avril 1973) sur des bases industrielles radicalement différentes de celles de la 530.

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
museematra.com (musée officiel de Romorantin-Lanthenay), motorlegend.com
Date d'extraction
12 sept. 2026
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