L'injection mécanique Lucas PI — une première technique brillante, un cauchemar d'atelier
En équipant sa TR5 d'une injection mécanique dès 1967 (voir TR5 PI et TR250 (1967-1968) — le projet « Wasp » qui installe le six-cylindres dans la lignée TR), Standard-Triumph devient le premier constructeur britannique à proposer l'injection essence sur un moteur de grande diffusion — un choix technique audacieux, à une époque où même la plupart des voitures de sport exotiques se contentaient encore de carburateurs Weber.
Un système Mk 2 dérivé de la compétition, mais adapté à la route
Conçu par le Lucas Injection Lab, le système Mk 2 dérive d'un dispositif Mk 1 déjà employé sur des voitures de course. Il reprend le principe d'une pompe à carburant à pression constante et d'un rotor doseur entraîné par le distributeur d'allumage, mais — différence notable avec la version compétition, à commande mécanique directe — le débit de carburant y est régulé par six papillons actionnés par dépression plutôt que par une timonerie mécanique. Cette dépendance à la dépression moteur pénalise la précision du dosage à bas régime et au ralenti, mais des essais menés sur des berlines 2000 de l'écurie d'usine ont montré que les longs conduits d'admission et la meilleure répartition du carburant apportés par l'injection amélioraient nettement l'agrément de conduite par rapport à un carburateur classique associé au même arbre à cames sportif.
Un composant critique entre les mains des mécaniciens de concession
Le point faible reconnu du système est le diaphragme de dosage : ses ressorts doivent être appairés avec une précision d'atelier difficilement compatible avec une chaîne de montage automobile ou un poste de travail de concession courant — le manuel d'entretien d'époque comportait d'ailleurs des mises en garde répétées contre toute tentative de réglage de ces ressorts. Les injecteurs eux-mêmes sont conçus pour un remplacement facile, mais Triumph préconisait le remplacement pur et simple de l'unité de dosage plutôt que sa réparation, jugée trop délicate pour un atelier généraliste. L'entretien préventif imposait par ailleurs un remplacement du filtre à carburant tous les 19 000 km et une vigilance particulière sur le niveau de carburant, un niveau trop bas exposant la crépine de la pompe à l'air lors de virages appuyés.
Une réputation qui pénalise durablement les ventes américaines
Ce n'est pas un hasard si le système Lucas PI n'a jamais été homologué aux normes fédérales américaines, ni sur la TR5/TR6, ni ailleurs dans la gamme Triumph : au-delà du coût (l'injection aurait ajouté au moins 400 $ au prix de vente américain), le service après-vente du réseau nord-américain redoutait justement les coûts de garantie d'un système jugé complexe et mal maîtrisé par des techniciens habitués aux carburateurs. Cette crainte s'est révélée fondée : plusieurs guides d'achat contemporains, dont celui de Hagerty, continuent de recommander aux acheteurs de TR6 PI de vérifier attentivement l'historique d'entretien du système avant achat, tout en notant qu'un système correctement suivi reste, selon leurs mots, l'une des sensations de conduite les plus abouties de toute la gamme Triumph.
Un correctif tardif, au prix de la puissance
Face aux plaintes récurrentes sur le ralenti irrégulier du moteur injecté, Standard-Triumph puis British Leyland finissent par substituer, à partir de 1973, l'arbre à cames plus doux des versions carburées sur les moteurs à injection — un compromis qui améliore la conduite en usage quotidien mais fait chuter la puissance officielle de 150 à 124-125 ch DIN (voir La TR6 au fil des années (1969-1976) — huit ans de bataille contre les normes américaines). Le système d'injection ne sera jamais fédéralisé et disparaît définitivement avec l'arrêt de la production de la TR6 PI et de la berline 2.5 PI, à l'été 1975.
Voir aussi
- TR5 PI et TR250 (1967-1968) — le projet « Wasp » qui installe le six-cylindres dans la lignée TR · Le six-cylindres 2 498 cm³ de la TR6 — la vraie singularité technique face à la MGB · La TR6 au fil des années (1969-1976) — huit ans de bataille contre les normes américaines · Guide d'achat et cote de la Triumph TR6
- Site source
- ateupwithmotor.com
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- La TR6 au fil des années (1969-1976) — huit ans de bataille contre les normes américainesTriumph Spitfire & Triumph TR6 · Histoire et modèles
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