Les P1800 « cow horn » : l'assemblage anglais chez Jensen Motors et ses déboires de qualité (1961-1963)
Un contrat pour 10 000 voitures, faute de place à Göteborg
Faute de capacité de production suffisante dans ses propres usines suédoises, Volvo confie le montage final de sa nouvelle sportive à Jensen Motors, constructeur automobile britannique de West Bromwich, dans les Midlands. Les coques monocoques sont emboutties par Pressed Steel à Linwood, en Écosse, puis acheminées par le rail jusqu'à Jensen pour l'assemblage complet. Le contrat initial porte sur 10 000 voitures — un volume sans précédent pour Jensen, habituée à des séries bien plus confidentielles. La toute première P1800 de série (millésime 1961) sort des chaînes de Jensen en septembre 1960.
Une entreprise déjà rompue à la sous-traitance de carrosseries sportives britanniques
Jensen Motors n'est pas un inconnu du petit monde des voitures de sport britanniques : au moment même où elle assemble les P1800, l'entreprise construit déjà, depuis 1953, l'intégralité des carrosseries de l'Austin-Healey 100 puis 3000 — une collaboration qui durera quinze ans. Une fois le contrat Volvo interrompu (voir plus bas), cette même capacité de production libérée sera immédiatement réaffectée : c'est elle qui permet à Jensen de décrocher, dès 1964, le contrat d'assemblage du Sunbeam Tiger, la Rootes Group ayant précisément profité de la résiliation du contrat Volvo pour disposer d'une chaîne immédiatement disponible.
Des fournisseurs presque exclusivement britanniques
Le moteur, la boîte de vitesses et le châssis (dérivé de celui de l'Amazon) restent fournis par Volvo elle-même, mais la quasi-totalité des équipements provient de sous-traitants britanniques bien connus des autres sportives d'outre-Manche : l'électricité chez Lucas, les freins chez Girling, les roulements chez Vandervell, les roues chez Sankey, les carburateurs chez SU, l'embrayage chez Borg & Beck.
Le surnom « cow horn », et non « cow belly »
Les exemplaires construits chez Jensen (châssis 1 à 6 000, mai 1961 à février 1963) se reconnaissent à une série de détails propres à cette période : calandre à motif « nid d'abeille » en métal léger épais, clignotants avant à cellule blanche, feux arrière à cellule rouge, trois avertisseurs sonores (dont deux particulièrement puissants), prise d'air chromée — et surtout des pare-chocs chromés à la courbe très marquée, surnommés « cow horn » (« corne de vache ») par les spécialistes et clubs Volvo actuels. Ce terme, largement attesté aujourd'hui chez les fournisseurs de pièces et les guides d'achat spécialisés, est le seul confirmé par les sources consultées pour ce dossier — voir la note méthodologique dans sources/verification-croisee.md.
Des simplifications par rapport aux prototypes
Plusieurs raffinements des prototypes Frua ne survivent pas au passage à la production en série : les vitres de custode initialement ouvrantes deviennent fixes, les sorties d'échappement prévues dans la jupe arrière avec plaque d'immatriculation encastrée sont remplacées par un échappement classique sortant sous la caisse côté droit, le volant en bois cède la place à un volant bakélite moins coûteux, l'écusson « V » de calandre disparaît, les enjoliveurs de roue passent à un modèle emboutis meilleur marché, et l'écusson de montant de custode se simplifie (les trois couronnes disparaissent, le drapeau suédois est remplacé par deux bandes bleue et jaune).
Des problèmes de qualité qui écourtent le contrat
La qualité d'assemblage chez Jensen se révèle rapidement problématique : peinture bâclée, joints mal ajustés. Les coques venues d'Écosse ne sont pas en reste, affectées par des défauts de soudure et d'assemblage — aggravés par un mode de transport peu soigné : les caisses non peintes voyagent par le rail sur des wagons plats à ciel ouvert, parfois laissées dehors plusieurs jours avant d'arriver à West Bromwich. Ces défauts cumulés provoquent des différends répétés entre Volvo et Jensen. Le contrat initial de 10 000 voitures est finalement interrompu par anticipation après environ 6 000 exemplaires — un chiffre que confirment de façon convergente Wikipédia, le club Puget Sound Volvo Sports America et le registre détaillé Volvo 1800 register, qui situe précisément la période de production Jensen entre mai 1961 et février 1963 (châssis 1 à 6000). La production bascule alors en Suède (voir 1963, le retour au pays : la production du P1800 rapatriée en Suède et la naissance du 1800S).
Voir aussi
- Des prototypes P958 à la crise de production — le parcours du combattant avant le lancement du P1800
- 1963, le retour au pays : la production du P1800 rapatriée en Suède et la naissance du 1800S
- Une caisse Amazon raccourcie, embouttie en Écosse — l'ingénierie industrielle du P1800
- Douze ans de petites retouches — l'évolution esthétique du coupé de 1963 à 1973
- Site source
- worldofvolvo.com ; en.wikipedia.org ; psvsa.org ; volvo1800pictures.com ; classicsworld.co.uk
- Date d'extraction
- 13 sept. 2026
- Douze ans de petites retouches — l'évolution esthétique du coupé de 1963 à 1973Volvo P1800 · Carrosserie
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