Au volant du Wartburg selon la presse d'époque — les essais de Kraftfahrzeugtechnik
La revue technique est-allemande Kraftfahrzeugtechnik (KFT) a testé le Wartburg 353 à plusieurs reprises entre 1966 et 1975, livrant un jugement nuancé qui tranche avec l'image caricaturale parfois associée aux automobiles est-allemandes : ni éloge de complaisance, ni condamnation, mais une évaluation technique précise et régulièrement critique sur les mêmes points.
1966 : « le plus proche du niveau mondial », avec des réserves
Dès son lancement, la KFT reconnaît au 353 une habitabilité de « vrai » cinq places comparable à celle de véhicules de catégorie moyenne, tout en critiquant sa silhouette jugée un peu haut perchée et son poids à vide assez élevé. Si le couple du moteur 2 temps égale celui de la Fiat 124 et dépasse celui de l'Opel Kadett B ou de la VW 1300, l'accélération est jugée perfectible — en partie à cause d'un nouveau silencieux d'échappement qui déplace le couple maximal à un régime plus élevé (3000 au lieu de 2200 tr/min). La consommation moyenne mesurée, 10,2 litres aux 100 km, est explicitement critiquée comme trop élevée. En contrepartie, les essayeurs louent la douceur de fonctionnement améliorée, le niveau sonore intérieur atténué, les sièges confortables et les débattements de suspension généreux, qui font du 353 un véhicule au confort de roulement réel malgré l'absence de freins à disque. Le verdict global, prudent, est que le nouveau Wartburg est, de toutes les voitures disponibles en RDA, celle qui se rapproche le plus du « niveau mondial ».
L'essai longue durée de 10 000 km
Un essai d'endurance sur 10 000 km ne révèle que des défauts mineurs, une bonne qualité de finition y compris à l'intérieur, et une protection anticorrosion jugée comparativement bonne. Le moteur 2 temps est présenté comme un « handicap » théorique qui affecte cependant assez peu la pratique de conduite au quotidien — la consommation élevée (10,3 l/100 km) et une tendance persistante au cliquetis à vitesse stabilisée de 90 km/h restant les points noirs relevés.
1970 : le meilleur moteur Wartburg jamais produit, mais un handicap conceptuel assumé
L'évaluation du nouveau moteur de 50 chevaux en 1970 est particulièrement révélatrice de l'ambivalence du jugement porté sur le véhicule : la KFT qualifie ce moteur de l'un des 3 cylindres 2 temps les plus réussis jamais construits, et certainement du meilleur moteur jamais monté sur un Wartburg — tout en identifiant sans ambiguïté le 2 temps comme un « frein conceptuel » du véhicule. Une augmentation de cylindrée à 1200 cm³ est explicitement écartée par les ingénieurs eux-mêmes, au motif qu'elle nécessiterait de nouveaux équipements de production qui lierait le Wartburg au 2 temps pour des années supplémentaires — un aveu implicite que l'architecture reste maintenue davantage par contrainte industrielle que par choix technique. La vitesse de pointe annoncée par l'usine (130 km/h) n'est d'ailleurs pas atteinte lors de l'essai (126 km/h mesurés), et la consommation ne baisse pas malgré une reconception presque complète du moteur. Le Wartburg 353 reste néanmoins présenté comme le choix clairement préférable, sur le marché intérieur est-allemand, face au Škoda 1000 MB et à la Moskvitch-408.
1971 : le break Tourist et une demande de moteur 4 temps qui ne sera pas entendue
Testant le Tourist de Luxe en 1971, la KFT loue un véhicule qui combine qualités esthétiques et fonctionnelles comme peu d'autres voitures, tout en pointant à nouveau le châssis-poutre, le moteur 2 temps et les freins à tambour comme des problèmes conceptuels de fond. Les pneus radiaux, alors disponibles uniquement en option spéciale, sont salués pour leur apport en vitesse de pointe (131 km/h mesurés). Un essai ultérieur du 353 W à freins à disque confirme leur efficacité, insensibilité et finesse de dosage. La revue renouvelle explicitement, dans cet essai, sa demande d'un moteur 4 temps — une demande qui, comme le note Wikipédia avec un certain sens de l'ironie historique, « ne sera de nouveau pas entendue » avant 1988 (voir Le moteur 4 temps interdit — du projet interne de 1968 à la piste Renault avortée).
Voir aussi
- Le 3 cylindres 2 temps du Wartburg — fonctionnement, atouts et différence avec le Trabant
- Le Wartburg tracteur de caravane — les limites du 2 temps mises à l'épreuve
- Le moteur 4 temps interdit — du projet interne de 1968 à la piste Renault avortée
- Des tambours aux disques — l'évolution des freins du Wartburg 353 et ses répartiteurs LAD
- Site source
- Wikipédia (allemand), citant la revue Kraftfahrzeugtechnik (KFT)
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- URL d'origine
- https://de.wikipedia.org/wiki/Wartburg_353 ↗
- Le Wartburg tracteur de caravane — les limites du 2 temps mises à l'épreuveWartburg (VEB Automobilwerk Eisenach, RDA) · Conduite
- Le moteur 4 temps interdit — du projet interne de 1968 à la piste Renault avortéeWartburg (VEB Automobilwerk Eisenach, RDA) · Moteur
- Le 3 cylindres 2 temps du Wartburg — fonctionnement, atouts et différence avec le TrabantWartburg (VEB Automobilwerk Eisenach, RDA) · Moteur
- Des tambours aux disques — l'évolution des freins du Wartburg 353 et ses répartiteurs LADWartburg (VEB Automobilwerk Eisenach, RDA) · Freins trains roulants
- Le Wartburg Tourist — le break familier des grandes familles est-allemandesWartburg (VEB Automobilwerk Eisenach, RDA)
- Des tambours aux disques — l'évolution des freins du Wartburg 353 et ses répartiteurs LADWartburg (VEB Automobilwerk Eisenach, RDA)
- Le Wartburg tracteur de caravane — les limites du 2 temps mises à l'épreuveWartburg (VEB Automobilwerk Eisenach, RDA)
- Bruyant, polluant, mais bon marché — la réputation occidentale du Wartburg et le couperet de 1979Wartburg (VEB Automobilwerk Eisenach, RDA)
- Tôle d'acier contre Duroplast — pourquoi le Wartburg n'a jamais eu la carrosserie du TrabantWartburg (VEB Automobilwerk Eisenach, RDA)
- Le 3 cylindres 2 temps du Wartburg — fonctionnement, atouts et différence avec le TrabantWartburg (VEB Automobilwerk Eisenach, RDA)
- L'évolution du moteur 353-1 en 1969 et la révision du graissage par mélangeWartburg (VEB Automobilwerk Eisenach, RDA)
- Le Wartburg 1.3 — enfin un moteur 4 temps, mais vingt ans trop tardWartburg (VEB Automobilwerk Eisenach, RDA)