Aller au contenu
§ 02 · Moteur

Le 3 cylindres 2 temps du Wartburg — fonctionnement, atouts et différence avec le Trabant

Wartburg (VEB Automobilwerk Eisenach, RDA) · 4 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Le Wartburg partage avec le Trabant le choix, à première vue anachronique pour les années 1960-1980, d'un moteur à deux temps — mais les deux marques est-allemandes ne mettent pas en œuvre la même mécanique, et cette différence d'échelle n'a rien d'anecdotique.

Une architecture plus généreuse que celle du Trabant

Le Wartburg 353 est motorisé par un 3 cylindres 2 temps refroidi par eau, de 992 cm³ (alésage 73,5 mm, course 78 mm), monté longitudinalement à l'avant en position transversale du point de vue de la transmission puisque le véhicule est à traction avant. Sa puissance passe de 45 chevaux (33,1 kW) à l'origine à 50 chevaux (36,8 kW) à partir de 1969, pour un couple de 91,2 puis 98,1 Nm. Cette architecture à trois cylindres, héritée du DKW F9 d'avant-guerre via l'IFA F9 (voir Les Wartburg 311 et 312 — de l'héritage DKW d'avant-guerre au galop d'essai du 353), diffère nettement du bicylindre de 594 puis 600 cm³ qui équipe le Trabant — un choix technique qui place clairement le Wartburg au-dessus de son cousin dans la hiérarchie automobile est-allemande, tant par la cylindrée que par l'agrément de fonctionnement (voir Wartburg contre Trabant — la hiérarchie automobile est-allemande, prix et délais d'attente pour cette comparaison élargie).

Pourquoi le 2 temps ? Une logique de simplicité assumée

Contrairement à l'image dépréciée qu'en garde le grand public aujourd'hui, le choix du moteur 2 temps n'avait rien d'aberrant dans le contexte des années 1950 selon le blog spécialisé oldtimerstorys.de : un moteur 4 temps classique nécessite des soupapes, un arbre à cames, une chaîne ou courroie de distribution et des ressorts de soupape — autant d'organes mobiles absents d'un moteur 2 temps, dont le mélange air-essence-huile est admis et évacué directement par les mouvements du piston découvrant des lumières dans le cylindre. Il en résulte un moteur mécaniquement plus simple, moins coûteux à produire, réputé fiable, plus léger, et fonctionnant avec une douceur de marche appréciable pour l'époque.

Une sonorité identifiable entre toutes

Le fonctionnement à trois cylindres confère au Wartburg un agrément sonore et vibratoire nettement supérieur au bicylindre du Trabant : selon oldtimerstorys.de, de nombreux amateurs reconnaissent un Wartburg au seul bruit de son moteur, tant sa sonorité caractéristique — rendue par l'onomatopée « reng-reng-tättä-reng » dans un article de presse allemand consacré au modèle — est devenue un marqueur culturel associé à la marque. Malgré une puissance nominale modeste sur le papier, le moteur est jugé « élastique » et offre un couple appréciable dès les bas régimes, ce qui en facilite la conduite au quotidien.

Un aveu technique documenté par l'usine elle-même

Les essais officiels de la revue est-allemande Kraftfahrzeugtechnik résument bien l'ambivalence de ce choix : dès 1970, le moteur de 50 chevaux est décrit comme « l'un des 3 cylindres 2 temps les plus réussis jamais construits », tout en identifiant sans détour le 2 temps lui-même comme un « frein conceptuel » du véhicule (voir Au volant du Wartburg selon la presse d'époque — les essais de Kraftfahrzeugtechnik). Wikipédia allemand confirme, dans son article consacré à l'Automobilwerk Eisenach, que les défauts inhérents à cette architecture — fortes émissions polluantes et consommation de carburant relativement élevée — allaient causer des difficultés considérables à l'export dans les décennies suivantes (voir Bruyant, polluant, mais bon marché — la réputation occidentale du Wartburg et le couperet de 1979), sans qu'un remplacement par un moteur 4 temps de série n'ait jamais pu être autorisé avant 1988 (voir Le moteur 4 temps interdit — du projet interne de 1968 à la piste Renault avortée).

Le dernier grand constructeur européen à s'accrocher au 2 temps

Ce qui distingue le plus nettement le Wartburg dans le paysage automobile européen n'est pas tant le principe du 2 temps lui-même — largement répandu dans les petites cylindrées jusque dans les années 1960 — que sa persistance tardive sur un véhicule vendu jusqu'à la fin des années 1980. Wikipédia français range le 353 aux côtés de la polonaise FSO Syrena parmi les toutes dernières voitures européennes à moteur 2 temps encore commercialisées. La comparaison mérite cependant d'être précisée : la production de la Syrena s'arrête dès 1983, alors que le Wartburg conserve son moteur 2 temps jusqu'à l'automne 1988 pour la berline et jusqu'en 1989 pour le break Tourist (voir Le Wartburg 1.3 — enfin un moteur 4 temps, mais vingt ans trop tard) — ce qui fait du Wartburg, et non de la Syrena, le véritable dernier grand constructeur automobile européen à avoir maintenu un moteur 2 temps en production de série aussi tardivement, plus de deux décennies après que l'écrasante majorité des constructeurs occidentaux eurent définitivement basculé vers le 4 temps pour leurs modèles de tourisme.

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
Wikipédia (allemand et français) et blog oldtimerstorys.de
Date d'extraction
12 sept. 2026
Voir aussi · fiches citées par celle-ci
Fiches qui citent celle-ci