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§ 05 · Personnalites

William Grover-Williams — vainqueur du premier Monaco, agent secret, exécuté à Sachsenhausen

Bugatti (Type 35, Type 41 Royale, Type 57) · 4 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Le vainqueur du tout premier Grand Prix de Monaco, en 1929 (voir 1929 — Bugatti remporte le tout premier Grand Prix de Monaco), reste l'un des personnages les plus mystérieux de l'histoire de la course automobile — au point que ses propres contemporains le décrivaient déjà comme une énigme. Sa destinée bascule dans la Seconde Guerre mondiale avec une gravité que peu de champions de vitesse ont connue : agent secret britannique, il meurt exécuté dans un camp de concentration nazi quelques semaines avant la fin du conflit.

Une enfance franco-britannique entre chevaux et automobiles

William Charles Frederick Grover naît le 16 janvier 1903 à Montrouge, près de Paris. Son père, riche éleveur de chevaux originaire du Berkshire (en Angleterre, peut-être en Écosse selon certains récits), est un proche ami du prince russe Troubetzkoy, alors consul à Londres puis à Paris — ce qui conduit la famille à s'installer en France, où le père de William épouse une Française. Grandissant en langue française, le jeune William — surnommé « Willy » — développe très tôt une fascination pour la mécanique : dès la fin de la Première Guerre mondiale, qu'il passe avec sa famille dans le calme relatif de Monaco, il conduit et pilote des motos bien avant l'âge légal.

Une carrière construite dans l'ombre, sous un pseudonyme

Grover court d'abord la moto sous le pseudonyme de « Williams », un nom qu'il conservera toute sa carrière automobile. Il travaille un temps comme chauffeur de l'artiste irlandais installé à Paris Sir William Orpen, qu'il conduit régulièrement à des rendez-vous secrets avec sa maîtresse Yvonne Aubicq — que Grover épousera lui-même par la suite. Il obtient sa première Bugatti de course en 1925 et se fait connaître de la presse spécialisée dès 1926, terminant troisième au Grand Prix de Provence à Miramas sur Type 35, derrière les Talbot de Sir Henry Segrave et Jules Moriceau.

De Brooklands à la victoire de Monaco

En 1927, lors de sa seule apparition en Angleterre, Grover-Williams prend le volant de la Bugatti du comte Caberto Conelli en cours d'épreuve au Grand Prix de la RAC à Brooklands — course où le vainqueur n'est autre que Robert Benoist (voir Robert Benoist — champion de Grand Prix devenu chef de réseau de la Résistance, mort à Buchenwald), qui deviendra son ami le plus proche et dont le destin restera intimement lié au sien. En 1928, Grover-Williams s'impose au Grand Prix de France à Saint-Gaudens et rivalise à Monza avec les meilleurs pilotes du plateau, dont Tazio Nuvolari et Louis Chiron, avant une casse moteur.

C'est en 1929 qu'il signe le plus grand succès de sa carrière : la victoire du tout premier Grand Prix de Monaco, sur sa Bugatti peinte en vert — une teinte discrètement british —, au terme d'une lutte acharnée contre la Mercedes SSK de Rudolf Caracciola. La même année, il remporte pour la seconde fois consécutive le Grand Prix de France. En 1931, associé à Conelli sur une Type 51, il remporte le Grand Prix de Belgique à Spa-Francorchamps au terme d'une course de dix heures disputée roue dans roue avec l'Alfa Romeo de Tazio Nuvolari — la première victoire d'un pilote britannique dans une grande épreuve depuis celle d'Henry Segrave en 1924, curieusement passée presque inaperçue de la presse spécialisée britannique de l'époque. Il met un terme à sa carrière de pilote en 1933, avant un bref retour en 1936 sur Type 59 et Type 57G, partagée avec Pierre Veyron.

De la course à la Résistance

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Grover-Williams s'engage dans l'armée britannique à Paris comme chauffeur au sein du Royal Army Service Corps, au service d'un général du Corps expéditionnaire britannique — une expérience qui lui permet, après la défaite française, de rejoindre l'Angleterre via la Bretagne, juste devant l'avancée de la Wehrmacht.

En 1941, commissionné capitaine sous le nom de Grover-Williams, il est recruté par la section française du Special Operations Executive (SOE), le service secret britannique chargé, selon les mots de Winston Churchill, de « mettre l'Europe à feu ». Parachuté en France le 30 mai 1942 pour reconstituer un réseau à Paris après le démantèlement des précédents par la Gestapo, il doit, faute de nouveaux agents envoyés depuis Londres, s'appuyer sur ses anciennes relations du monde de la course automobile déjà engagées dans la Résistance — au premier rang desquelles Robert Benoist.

Capture et exécution

En juillet 1943, le réseau de Grover-Williams est infiltré et il est arrêté par la Gestapo au domicile même de Benoist, qui parvient cette fois-là à échapper à l'arrestation. Interrogé, Grover-Williams est déporté au camp de concentration de Sachsenhausen, près de Berlin, où il est exécuté en mars 1945 — quelques semaines à peine avant la fin de la guerre.

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Provenance de cette fiche
Site source
motorsportmagazine.com
Auteur du site
Shaun Campbell / Motor Sport Magazine
Date d'extraction
12 sept. 2026
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