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§ 05 · Personnalites

11 août 1939 — la mort de Jean Bugatti, chronique d'un accident annoncé

Bugatti (Type 35, Type 41 Royale, Type 57) · 5 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Le vendredi 11 août 1939, sur une portion de route reliant Duppigheim à Entzheim régulièrement utilisée par l'usine Bugatti pour ses essais de voitures de course en raison de sa proximité avec Molsheim, Jean Bugatti — que ses proches appellent « Monsieur Jean » — trouve la mort dans un accident de la route. Ce drame met fin, à 30 ans, à la carrière de l'un des plus grands designers automobiles de son temps (voir Jean Bugatti — le fils designer qui a façonné les plus belles Bugatti).

Le déroulement de l'essai fatal

La voiture testée cette nuit-là est la Bugatti victorieuse des 24 Heures du Mans quelques semaines plus tôt (voir Bugatti aux 24 Heures du Mans — des pionnières de 1923 aux deux victoires de 1937 et 1939), engagée pour le prochain Grand Prix de la Baule prévu début septembre et destinée à être confiée au pilote Jean-Pierre Wimille. Fidèle à sa règle personnelle de ne jamais remettre une voiture à un pilote de course sans en avoir lui-même vérifié le bon fonctionnement, Jean Bugatti effectue les essais de remise au point après une révision à l'usine. Le trafic diurne étant trop dense, ces essais ont lieu de nuit, chaque passage ne durant que quelques minutes, avec un service de garde posté aux deux extrémités du tronçon emprunté — une précaution qui n'avait jamais posé problème jusque-là.

Ce soir du 11 août, Jean Bugatti est accompagné du mécanicien Robert Aumaître et de son jeune frère Roland Bugatti, alors âgé de 17 ans, chargés de surveiller les deux extrémités de la portion de route utilisée. Après deux passages sans encombre, Jean décide, entre 22 heures et 23 heures, d'effectuer un ultime essai pour profiter d'un trafic devenu plus rare. Lancé à plus de 200 km/h, il aperçoit soudain un cycliste parvenu sur la route par un chemin de traverse, échappant ainsi à la surveillance des deux postes de garde. Pour l'éviter, Jean Bugatti fait une embardée ; l'étroitesse de la chaussée ne lui permet pas de se rétablir. La voiture heurte un premier arbre, puis un second à une centaine de mètres, avant de décoller par-dessus un silo à betteraves et de retomber plus loin. Jean Bugatti est éjecté à une quinzaine de mètres dans un champ ; la voiture, coupée en deux, prend feu. Transporté d'urgence vers l'hôpital de Strasbourg, il décède pendant le trajet. Le cycliste, blessé au bras, survit à l'accident.

⚠️ Divergence sur le modèle exact testé : selon cette enquête d'histoire locale, la voiture impliquée est explicitement désignée comme la Type 57G à compresseur, surnommée « le Tank », victorieuse au Mans en 1937 (voir Bugatti aux 24 Heures du Mans — des pionnières de 1923 aux deux victoires de 1937 et 1939) — un choix cohérent avec la mention d'un engagement prévu au Grand Prix de la Baule. Le club Enthousiastes Bugatti Alsace évoque de son côté, dans le même paragraphe consacré à Ettore Bugatti, une Type 57C, tandis que sa propre notice consacrée à Jean Bugatti mentionne bien le « tank 57-G ». Wikipédia retient également la Type 57G Tank. Cette incertitude ponctuelle sur la désignation exacte du modèle est consignée dans sources/verification-croisee.md sans qu'elle affecte le récit général des événements, sur lequel toutes les sources s'accordent.

Un présage macabre survenu huit mois plus tôt

L'accident du 11 août 1939 n'est pas le premier accident mortel impliquant Jean Bugatti au volant. Le 5 décembre 1938, alors qu'il roule trop vite à la tombée de la nuit entre Molsheim et Lingolsheim, sa voiture heurte un jeune cycliste de 17 ans, Alfred Rudloff, qui venait de bifurquer brusquement derrière un camion en rentrant du travail. Le jeune homme meurt sur le coup. En avril 1939, la justice condamne Jean Bugatti à trois mois de prison avec sursis, 200 francs d'amende, et au versement de dommages et intérêts à la famille de la victime. Une coïncidence macabre, relevée par l'enquête d'histoire locale, veut que le jeune Rudloff ait habité près d'une rue de la Chapelle à Lingolsheim, tout comme le cycliste impliqué dans l'accident fatal du 11 août 1939 habitait près d'une rue du même nom, à Duppigheim.

Cette même enquête rappelle également, sans qu'on puisse y voir davantage qu'une coïncidence tragique propre à une époque où l'automobile de course et la sécurité routière relevaient de deux mondes très différents, qu'Ettore Bugatti lui-même avait accidentellement causé la mort d'un jeune garçon de 4 ans en 1903, alors qu'il essayait une automobile pour le compte de De Dietrich (voir Ettore Bugatti avant Molsheim — une jeunesse italienne entre art et mécanique), puis celle d'une jeune fille de 17 ans en 1937.

Les suites immédiates

Le personnel de l'usine Bugatti, pourtant parti en congés payés le jour même de l'accident, revient spontanément nettoyer les lieux du drame — un geste salué par la presse locale de l'époque. Ettore Bugatti, alors établi à Paris, rentre immédiatement en Alsace. La presse évoque au même moment les graves difficultés financières de l'entreprise : dès février 1939, faute de commandes, 350 des 950 ouvriers restants avaient dû être licenciés, l'usine étant passée en quelques mois de 1 200 à moins de 1 000 employés.

Un monument et une commémoration annuelle

Un monument est érigé à quelques centaines de mètres du lieu de l'accident, à Entzheim. Depuis 1999 — année où la stèle est solennellement inaugurée lors de la grande éclipse solaire du 11 août —, le club Enthousiastes Bugatti Alsace organise chaque année, à cette même date, une commémoration à la mémoire de Jean Bugatti (voir Enthousiastes Bugatti Alsace — le club qui fait vivre Molsheim depuis 1979).

Un « chant du cygne » pour l'écurie Bugatti

Selon l'enquête d'histoire locale, cet accident marque symboliquement le chant du cygne de la « Scuderia » Bugatti en compétition. Ettore Bugatti, qui perd avec Jean non seulement un fils mais aussi un successeur qualifié, ne se remettra jamais complètement de ce deuil : il reprend la direction de l'entreprise à la veille de la Seconde Guerre mondiale, mais sans jamais retrouver l'élan créatif porté par son fils (voir 1939-1963 — la mort de Bugatti indépendante, de la guerre à la vente à Hispano-Suiza).

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
histoiredevalff.fr
Auteur du site
Rémy Voegel (association d'histoire locale « De Valva à Valff »)
Date d'extraction
12 sept. 2026
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