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§ 07 · Carrosserie

Dessiner la CX — des esquisses tricorps à la ligne définitive d'Opron

Citroën CX · 1974–1991 · 4 min de lecture · extraite le 11 sept. 2026

Le choix final du style de la CX, arbitré par Pierre Bercot en 1970 en faveur de la proposition en deux volumes de Robert Opron plutôt que de la berline classique à malle saillante initialement pressentie, est raconté dans Genèse de la CX — le projet L, le pari Wankel et le choc pétrolier de 1973. Cette fiche revient plus en détail sur le travail préparatoire des stylistes et sur l'atelier de style Citroën de l'époque — pour la trajectoire personnelle et la carrière complète de Robert Opron lui-même, avant et après son passage chez Citroën, voir Robert Opron, le styliste de la CX — de la Simca Fulgur à « La tendresse de l'absolu ».

Une petite équipe autour d'Opron

Dans l'équipe réduite réunie autour de Robert Opron, patron du style Citroën depuis 1964, on trouve Henri Dargent (responsable du style sous les ordres de Flaminio Bertoni dès 1957, donc déjà rompu aux méthodes maison), Jacques Charreton, Régis Gromik, le sculpteur Jean Giret — chargé de traduire en volume, à l'échelle 1/1, les dessins du patron — et Michel Harmand, qui se distinguera surtout par la suite sur le dessin de l'habitacle (voir L'habitacle signé Michel Harmand — la lunule, les satellites et le levier au plancher). S'y ajoute, de façon plus inattendue, l'Américain Henry de Ségur Lauve, pigiste de luxe intervenant à la demande directe du président Bercot, qui reste actif sur le dossier jusqu'à l'arrivée de Peugeot en 1974.

Deux pistes explorées en parallèle

Dès 1969, les premières esquisses du projet L se répartissent en deux familles bien distinctes. D'un côté, des propositions tricorps classiques à malle bien marquée, portées par Henri Dargent et Michel Harmand — dont une version à l'étonnant porte-à-faux avant démesuré, tentative de concilier les demandes de classicisme de Raymond Ravenel avec le besoin d'originalité réclamé par Bercot. De l'autre, les silhouettes plus radicales et « américanisantes » de Henry de Ségur Lauve, très éloignées des canons habituels de la marque. Henri Dargent explore aussi, dès mai 1970, des versions bicorps posant déjà les bases stylistiques de ce qui deviendra la CX, avec la mention explicite sur ses planches que le moteur est « positionné en travers » — confirmation que l'architecture transversale du groupe motopropulseur est déjà actée à cette date, avant même que le style définitif ne soit arrêté.

Une filiation avouée avec un prototype Pininfarina

Robert Opron travaille moins à partir d'études de marché ou d'analyses concurrentielles — inexistantes en tant que telles à l'époque chez Citroën — qu'à l'instinct. Ses lignes pour la GS (1970) puis pour la CX (1974) doivent beaucoup aux propositions du carrossier italien Pininfarina pour BLMC (British Leyland Motor Corporation), datées de 1967 et 1968 — une filiation stylistique explicitement reconnue a posteriori par les historiens du design automobile.

Le nom « CX » : un choix d'aérodynamicien

Le nom commercial de la voiture n'est pas anecdotique : « CX » est le symbole conventionnel du coefficient de traînée (Cx, parfois noté Cd en anglais), qui caractérise en aérodynamique la résistance à l'avancement d'un véhicule — un clin d'œil directement revendiqué par Citroën à l'attention portée à l'aérodynamisme dans la conception de la voiture. Deux détails de style traduisent concrètement cette obsession aérodynamique : la lunette arrière concave, plutôt que convexe comme sur la plupart des berlines de l'époque, et l'essuie-glace avant à balai unique, deux choix qui participent à l'identité visuelle très reconnaissable du modèle.

Un curieux parallèle chez Renault : le projet 120/127

Une esquisse d'avril 1970 signée Jacques Charreton pour le projet L — un strict bicorps à l'arrière ramassé, finalement écarté au profit du profil plus effilé retenu par la suite — présente une étonnante parenté visuelle avec un projet concurrent mené à la même période chez Renault : le projet 120, étudié dès 1968 sous la direction de Gaston Juchet, alors patron du style Renault. Ce projet Renault évoluera vers le projet 127, qui donnera naissance à la Renault 30 en 1975 — l'année même de la commercialisation de la CX. Ironie de l'histoire industrielle française : Gaston Juchet sera lui-même « supervisé » en 1975 par... Robert Opron, qui quitte alors Citroën pour rejoindre le style Renault, refusant de travailler sous la coupe des dirigeants de Peugeot après la naissance du groupe PSA.

La Série 2 : un jeune styliste, Donato Coco

Le restylage qui donnera naissance à la Série 2 en 1985 doit beaucoup à un jeune styliste alors quasiment inconnu : Donato Coco, étudiant au Royal College of Art de Londres, remporte en 1984 un concours de style organisé par le Forward Trust britannique, ouvert aux étudiants en design automobile de toutes nationalités et soutenu par plusieurs constructeurs, sur le thème précis du restylage de la CX. Le jeune lauréat intègre dans la foulée l'équipe « Style Citroën » du centre de recherche de Vélizy, dirigée par Carl Olsen — il y poursuivra une carrière marquante, contribuant plus tard au dessin de la ZX, de la Xsara et de la Xsara Picasso (voir De la Série 1 à la Série 2 — l'évolution de la carrosserie CX (1974-1991) pour le détail des évolutions esthétiques concrètes de cette Série 2).

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
lignesauto.fr (+ recoupements fr.wikipedia.org)
Auteur du site
Christophe Bonnaud (lignesauto.fr)
Date d'extraction
11 sept. 2026
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