Le 8-cylindres Delage — une première pour l'industrie automobile française
Si la Delahaye 135 doit tout à un moteur de camion recyclé avec ingéniosité (voir Suspension avant indépendante et hiérarchie des châssis Delahaye (1934-1939)), le D8 de Delage part du principe inverse : un moteur totalement inédit, conçu sans compromis pour occuper le sommet absolu du marché français du luxe automobile.
Une architecture inédite en France
Lancé fin 1929 pour succéder à la Delage GLS, le D8 est motorisé par un 8-cylindres en ligne de 4 061 cm³ (alésage 77 mm, course 109 mm) — une architecture que l'article Wikipédia anglophone consacré au modèle présente comme une première absolue, non seulement pour Delage, mais pour l'ensemble de l'industrie automobile française. Ce moteur à arbre à cames central en tête développe 102 ch à 3 500 tr/min dans la version « D8 Normale », et 120 ch dans la version sportive à empattement court « D8 S ». La transmission aux roues arrière passe par une boîte manuelle à quatre rapports, synchronisée sur les deux rapports supérieurs ; les vitesses de pointe s'échelonnent de 120 à 130 km/h selon la version. Les freins à tambour équipent les quatre roues, sur une suspension classique à essieux rigides et lames semi-elliptiques.
Lancé alors même que l'économie européenne encaisse le contrecoup du krach de 1929, le D8 n'est jamais conçu pour se vendre en grand nombre : il prend au contraire des parts de marché à d'autres constructeurs de très haut de gamme, Bugatti en particulier, contribuant ainsi à ce que l'on désigne rétrospectivement comme l'âge d'or français des voitures de luxe à faible diffusion.
Une gamme qui rétrécit avec la crise
Face aux difficultés commerciales croissantes de Delage (voir Delage dans la tourmente — de la crise de 1929 à la liquidation de Courbevoie (avril 1935)), le moteur est décliné à la baisse : le D8-15 de 1933 réduit la cylindrée à 2 668 cm³ pour se rapprocher du segment 15 CV, plus proche des constructeurs généralistes — un modèle retiré dès la fin de 1934. La même année paraissent le D8-85 (3 570 cm³, 85 ch à 4 000 tr/min) et le D8-105, mécaniquement identique mais réglé à 105 ch sur un empattement raccourci. Les deux versions disparaissent avec la fermeture de l'usine de Courbevoie en avril 1935.
La renaissance sous badge Delahaye : D8-100 et D8-120
Une fois la production transférée chez Delahaye (voir Le rachat de Delage par Delahaye en 1935 — une fusion industrielle plus qu'une absorption pure), le premier 8-cylindres à sortir de l'usine parisienne sous les nouvelles modalités industrielles est le D8-100, dont la cylindrée grimpe à 4 302 cm³ pour une puissance annoncée de 90 ch, puis 105 ch à 3 500 tr/min dès 1937. La boîte Cotal à présélection, jusque-là optionnelle, devient équipement de série. Fait notable : alors que les Delahaye elles-mêmes ne dépassent jamais le 6-cylindres, le D8 demeure le modèle le plus prestigieux vendu sous l'une ou l'autre marque du groupe.
En octobre 1937 apparaît le D8-120, dérivé du D8-100 par un alésage augmenté de 4 mm, portant la puissance à 120 ch à 4 500 tr/min. Une version à empattement long du D8-120 apparaît même à l'écran dans le film hollywoodien Un Américain à Paris. Le coupé Aerosport, à toit rigide sans montant central, précède de dix ans l'introduction du même concept de « hardtop » par General Motors sur ses Buick et Cadillac — une antériorité technique méconnue signalée par la source anglophone.
La guerre met fin à la production du 8-cylindres : après la réquisition de l'usine parisienne par l'occupant (voir Delahaye et Delage sous l'Occupation — regroupement forcé et réquisition industrielle), seule la lignée 6-cylindres D6 renaîtra en 1946, sans que le D8 ne soit jamais relancé.
Voir aussi
- DI-12 et D6-70 — la gamme Delage renée chez Delahaye après 1935
- Delage dans la tourmente — de la crise de 1929 à la liquidation de Courbevoie (avril 1935)
- Le rachat de Delage par Delahaye en 1935 — une fusion industrielle plus qu'une absorption pure
- Le V12 magnésium du Type 145 — genèse d'un moteur de Grand Prix français
- Site source
- en.wikipedia.org, fr.wikipedia.org (CC BY-SA)
- Auteur du site
- contributeurs Wikipédia
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- URL d'origine
- https://en.wikipedia.org/wiki/Delage_D8 ↗
- Le V12 magnésium du Type 145 — genèse d'un moteur de Grand Prix françaisDelahaye et Delage (135, 165, D8) · Moteur et technique
- Suspension avant indépendante et hiérarchie des châssis Delahaye (1934-1939)Delahaye et Delage (135, 165, D8) · Moteur et technique
- Delage dans la tourmente — de la crise de 1929 à la liquidation de Courbevoie (avril 1935)Delahaye et Delage (135, 165, D8) · Histoire et fondation
- DI-12 et D6-70 — la gamme Delage renée chez Delahaye après 1935Delahaye et Delage (135, 165, D8) · Modèles
- Delahaye et Delage sous l'Occupation — regroupement forcé et réquisition industrielleDelahaye et Delage (135, 165, D8) · Histoire et fondation
- Le rachat de Delage par Delahaye en 1935 — une fusion industrielle plus qu'une absorption pureDelahaye et Delage (135, 165, D8) · Histoire et fondation
- Delage dans la tourmente — de la crise de 1929 à la liquidation de Courbevoie (avril 1935)Delahaye et Delage (135, 165, D8)
- Le rachat de Delage par Delahaye en 1935 — une fusion industrielle plus qu'une absorption pureDelahaye et Delage (135, 165, D8)
- Delage en Grand Prix — des voiturettes de Dieppe au titre mondial des constructeurs (1906-1932)Delahaye et Delage (135, 165, D8)
- Saoutchik, Pourtout, Letourneur & Marchand — la constellation des carrossiers indépendantsDelahaye et Delage (135, 165, D8)
- DI-12 et D6-70 — la gamme Delage renée chez Delahaye après 1935Delahaye et Delage (135, 165, D8)
- Louis Delâge — de l'atelier de Levallois à la marque de prestige (1905-1920s)Delahaye et Delage (135, 165, D8)
- Les concours d'élégance des années 1930 — la vitrine mondaine de Delahaye et DelageDelahaye et Delage (135, 165, D8)