Louis Delâge — de l'atelier de Levallois à la marque de prestige (1905-1920s)
Né la même année que naît l'automobile de série, Louis Delâge suit un parcours presque symétrique à celui d'Émile Delahaye : même école, même ambition de voler de ses propres ailes après avoir fait ses classes chez d'autres — avant que leurs deux marques, longtemps rivales, ne finissent réunies sous un seul toit en 1935 (voir Le rachat de Delage par Delahaye en 1935 — une fusion industrielle plus qu'une absorption pure).
Un Charentais monté à Paris
Pierre Louis Adolphe Delâge naît le 22 mars 1874 à Cognac, dans une famille modeste — son père est concierge d'une usine à gaz. Enfant, il perd l'usage d'un œil. Comme Émile Delahaye avant lui, il intègre l'école nationale supérieure d'Arts et Métiers d'Angers, à 16 ans en 1890, et en sort diplômé ingénieur en 1893. Son service militaire l'amène à Bône, en Algérie, où il reste travailler jusqu'en 1895 dans les travaux publics, avant de rejoindre la Compagnie des chemins de fer du Midi pour cinq années de suivi de chantiers.
Passionné d'automobile, il ouvre en 1900 un bureau d'études qui travaille pour plusieurs constructeurs de l'époque, dont Peugeot, qui l'embauche directement en 1903. Mais Louis Delâge veut son indépendance : le 10 janvier 1905, il fonde la société en commandite simple Delage et Cie, avec bureaux et ateliers à Levallois-Perret, au nord-ouest de Paris.
Des voiturettes d'assemblage à la marque de prestige
Le tout premier modèle, la voiturette Type A de 1905, n'est encore qu'un exercice d'assemblage : moteur monocylindre De Dion-Bouton de 9 ch sur un châssis acheté à l'extérieur. Le succès est rapide — dès 1907, l'usine déménage rue Baudin, toujours à Levallois-Perret, sur 4 000 m² d'ateliers, ce qui permet à Delage de s'engager dans la Coupe des Voiturettes du journal L'Auto (voir Delage en Grand Prix — des voiturettes de Dieppe au titre mondial des constructeurs (1906-1932)). En 1912, nouveau déménagement vers Courbevoie, où le monocylindre laisse place à un 6-cylindres maison conçu par le motoriste François Repusseau.
La Première Guerre mondiale interrompt presque totalement la production de tourisme : l'usine de Courbevoie bascule vers l'effort de guerre, produisant obus, camionnettes et camions. La qualité de ces obus reste toutefois très en retrait de celle des automobiles Delage — nombre d'entre eux explosent au visage des artilleurs qui tentent de les tirer. Après-guerre, Louis Delâge reçoit la Légion d'honneur sans s'être personnellement distingué au feu, tandis que l'ingénieur Gaultier, responsable de la production défectueuse, écope de cinq ans de prison — un contraste que Wikipédia elle-même relève sans détour.
L'âge d'or de l'entre-deux-guerres
Dès 1918, Delage commercialise la Type CO, première voiture de tourisme équipée de freins à l'avant, dont le 6-cylindres 4 524 cm³ de 20 ch permet à Louis Delâge de relier Paris à Nice en 16 heures à 67 km/h de moyenne — un raid qu'il répète quatre fois. Les modèles Type DE et surtout Type DI (11 ch, 4-cylindres, cinq paliers, distribution à soupapes en tête) démocratisent ensuite la gamme, pendant que la GL « Grand Luxe » (5 954 cm³, arbre à cames en tête) vise à concurrencer Hispano-Suiza, Farman et Renault sur le segment le plus huppé. La génération suivante, DM (3 174 cm³) et DR (2 516 cm³), conçue par l'ingénieur Gautier, devient le châssis le plus vendu de toute l'histoire de la marque.
Dans le même temps, Louis Delâge relance son ambition sportive au plus haut niveau — voir Delage en Grand Prix — des voiturettes de Dieppe au titre mondial des constructeurs (1906-1932) pour le récit du titre mondial des constructeurs remporté en 1927 — avant que la marque de tourisme haut de gamme ne culmine, à partir de 1929, avec le lancement du D8 (voir Le 8-cylindres Delage — une première pour l'industrie automobile française), le modèle qui restera dans les mémoires comme « la Delage » par excellence.
La suite de la trajectoire personnelle de Louis Delâge — la crise, la vente forcée de 1935, puis un déclin personnel jusqu'à sa mort en 1947 — fait l'objet d'une fiche dédiée : Louis Delâge après la faillite — ruine, conversion religieuse et mort discrète (1935-1947).
Voir aussi
- Delage dans la tourmente — de la crise de 1929 à la liquidation de Courbevoie (avril 1935)
- Delage en Grand Prix — des voiturettes de Dieppe au titre mondial des constructeurs (1906-1932)
- Le 8-cylindres Delage — une première pour l'industrie automobile française
- Louis Delâge après la faillite — ruine, conversion religieuse et mort discrète (1935-1947)
- Émile Delahaye — un ingénieur tourangeau à l'origine de la marque (1894-1905)
- Site source
- fr.wikipedia.org (CC BY-SA)
- Auteur du site
- contributeurs Wikipédia
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- URL d'origine
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Del%C3%A2ge ↗
- Émile Delahaye — un ingénieur tourangeau à l'origine de la marque (1894-1905)Delahaye et Delage (135, 165, D8) · Histoire et fondation
- Le rachat de Delage par Delahaye en 1935 — une fusion industrielle plus qu'une absorption pureDelahaye et Delage (135, 165, D8) · Histoire et fondation
- Louis Delâge après la faillite — ruine, conversion religieuse et mort discrète (1935-1947)Delahaye et Delage (135, 165, D8) · Personnalites
- Delage en Grand Prix — des voiturettes de Dieppe au titre mondial des constructeurs (1906-1932)Delahaye et Delage (135, 165, D8) · Compétition
- Le 8-cylindres Delage — une première pour l'industrie automobile françaiseDelahaye et Delage (135, 165, D8) · Moteur et technique
- Delage dans la tourmente — de la crise de 1929 à la liquidation de Courbevoie (avril 1935)Delahaye et Delage (135, 165, D8) · Histoire et fondation
- Louis Delâge après la faillite — ruine, conversion religieuse et mort discrète (1935-1947)Delahaye et Delage (135, 165, D8)
- Delage en Grand Prix — des voiturettes de Dieppe au titre mondial des constructeurs (1906-1932)Delahaye et Delage (135, 165, D8)
- Delage D12 — la renaissance inattendue de la marque en hypercar hybride (2019-2024)Delahaye et Delage (135, 165, D8)
- Delage dans la tourmente — de la crise de 1929 à la liquidation de Courbevoie (avril 1935)Delahaye et Delage (135, 165, D8)
- Émile Delahaye — un ingénieur tourangeau à l'origine de la marque (1894-1905)Delahaye et Delage (135, 165, D8)
- Les Amis de Delage — le club qui a fait renaître la marque de son arrière-petit-filsDelahaye et Delage (135, 165, D8)