Émile Delahaye — un ingénieur tourangeau à l'origine de la marque (1894-1905)
Contrairement à des marques nées d'emblée dans le sérail parisien de l'automobile, Delahaye naît en province, à Tours, portée par un ingénieur déjà mûr qui ne conduira l'entreprise que sept années durant avant de s'effacer — un schéma de fondation discrète qui tranche avec la légende plus tapageuse d'un Ettore Bugatti.
Un ingénieur formé à la vapeur, reconverti au moteur à explosion
Émile Delahaye naît le 16 octobre 1843 à Tours. Diplômé ingénieur de l'école des Arts et Métiers d'Angers — la même école que fréquentera une génération plus tard Louis Delâge —, il travaille d'abord en Belgique dans une entreprise réputée pour ses locomotives à vapeur, avant de revenir à Tours après la défaite française de 1870-1871. Il y devient l'assistant administratif et l'ingénieur en chef d'un fondeur local.
En 1879, Delahaye rachète cette affaire ⚠️ diversement nommée selon les sources — « l'entreprise de Julien Bréton » spécialisée dans le matériel de moulage et les fours pour briquetiers (Wikipédia francophone), « l'entreprise de Julien Bréthon » (Club Delahaye), ou encore la « Berthon Foundry and Machine-works » (Wikipédia anglophone) — un flou qui n'affecte cependant pas le fait central : Delahaye réoriente rapidement la production vers les pompes et moteurs stationnaires. Formé à la culture de la vapeur, il se passionne pour la nouveauté du moment, le moteur à gaz, et dépose plusieurs brevets. Un premier moteur à combustion interne, conçu en 1888 pour la navigation, est adapté à l'automobile naissante dès 1890.
1894 : la première Delahaye au Salon de Paris
En 1894, Delahaye expose sa première voiture — la Type 1, dotée d'un moteur arrière entraîné par courroie et de l'allumage électrique commandé, une première pour l'époque — au tout premier Salon de l'automobile de Paris, alors hébergé dans une galerie d'art parisienne. Parmi la myriade de bicyclettes et tricycles à moteur présentés, seules deux automobiles complètes figurent au Salon : la sienne en fait partie. L'usine de Tours, 34 rue du Gazomètre, emploie alors 75 ouvriers.
Pour faire connaître la marque, Delahaye engage lui-même ses voitures en compétition dès 1896, notamment dans la course Paris-Marseille-Paris aux côtés du pionnier Ernest Archdeacon. La réputation de solidité qui en découle attire une clientèle prestigieuse — la duchesse d'Uzès compte parmi les toutes premières clientes.
1897-1898 : le passage de relais à Morane et Desmarais
Débordée par la demande et freinée par la santé fragile de son fondateur, la petite usine tourangelle ne peut plus suivre. Delahaye s'ouvre de la situation à l'un de ses propres clients, Georges Morane — lui-même engagé en compétition sur une Delahaye —, dont le beau-frère Léon Desmarais possède justement une entreprise mécanique parisienne, héritée de leur père et beau-père Paul Morane, au 10 rue du Banquier dans le 13ᵉ arrondissement. L'accord se conclut rapidement : la production bascule de Tours vers Paris dès 1898, année de constitution officielle de la Société des Automobiles Delahaye.
Émile Delahaye se retire de la direction dès 1901, sa santé continuant de se dégrader ; il cède ses parts à ses deux associés et se retire sur la Côte d'Azur, où il meurt le 1ᵉʳ juin 1905, à 61 ans. L'activité de compétition de la marque, qu'il avait lui-même initiée, est suspendue peu avant sa mort. La société qu'il a fondée lui survivra un demi-siècle, jusqu'à sa disparition fin 1954 — voir 1954 — l'absorption par Hotchkiss met fin à Delahaye et Delage.
Une direction familiale qui dure jusqu'à la fin
Georges Morane et Léon Desmarais dirigent ensuite l'entreprise sans discontinuer jusqu'à sa disparition : leur succèdent François Desmarais (fils de Léon) et Pierre Peigney (neveu de Georges Morane et de Léon Desmarais). Mais le succès industriel et sportif de la marque, à partir des années 1930, doit tout autant à deux hommes de l'ombre issus du bureau d'études et de la direction technique — voir Charles Weiffenbach — « Monsieur Charles », cinquante-six ans à la tête des fabrications Delahaye pour le directeur qui incarne cette continuité sur plus de cinquante ans, et Jean François — l'ingénieur-designer derrière les 134, 135, 145 et 155 pour l'ingénieur auteur des lignes et de la mécanique des modèles les plus célèbres.
Voir aussi
- Charles Weiffenbach — « Monsieur Charles », cinquante-six ans à la tête des fabrications Delahaye
- Louis Delâge — de l'atelier de Levallois à la marque de prestige (1905-1920s)
- 1933 — le tournant sportif de Delahaye, de la berline poussive au constructeur de prestige
- Le Club Delahaye — gardien de la mémoire de la marque depuis 1966
- Site source
- fr.wikipedia.org, en.wikipedia.org (CC BY-SA), clubdelahaye.com
- Auteur du site
- contributeurs Wikipédia ; Club Delahaye
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- URL d'origine
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Delahaye ↗
- Le Club Delahaye — gardien de la mémoire de la marque depuis 1966Delahaye et Delage (135, 165, D8) · Collection et valeur
- 1909 — la fondation de Bugatti à Molsheim, en Alsace allemandeBugatti (Type 35, Type 41 Royale, Type 57) · Histoire et fondation
- 1954 — l'absorption par Hotchkiss met fin à Delahaye et DelageDelahaye et Delage (135, 165, D8) · Declin et disparition
- Louis Delâge — de l'atelier de Levallois à la marque de prestige (1905-1920s)Delahaye et Delage (135, 165, D8) · Histoire et fondation
- Charles Weiffenbach — « Monsieur Charles », cinquante-six ans à la tête des fabrications DelahayeDelahaye et Delage (135, 165, D8) · Histoire et fondation
- 1933 — le tournant sportif de Delahaye, de la berline poussive au constructeur de prestigeDelahaye et Delage (135, 165, D8) · Histoire et fondation
- Jean François — l'ingénieur-designer derrière les 134, 135, 145 et 155Delahaye et Delage (135, 165, D8) · Personnalites
- Louis Delâge — de l'atelier de Levallois à la marque de prestige (1905-1920s)Delahaye et Delage (135, 165, D8)
- Le Club Delahaye — gardien de la mémoire de la marque depuis 1966Delahaye et Delage (135, 165, D8)
- 1933 — le tournant sportif de Delahaye, de la berline poussive au constructeur de prestigeDelahaye et Delage (135, 165, D8)
- Charles Weiffenbach — « Monsieur Charles », cinquante-six ans à la tête des fabrications DelahayeDelahaye et Delage (135, 165, D8)