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§ 01 · Histoire et fondation

1909 — la fondation de Bugatti à Molsheim, en Alsace allemande

Bugatti (Type 35, Type 41 Royale, Type 57) · 4 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Bugatti est presque toujours présentée comme une marque « française ». La réalité est plus complexe, et c'est cette complexité même — assumée par le constructeur dans sa propre communication historique — qui fait de Molsheim un cas d'école pour comprendre l'identité alsacienne au tournant du XXe siècle.

Une région qui a changé quatre fois de souveraineté

L'Alsace, entre Vosges et Rhin, bascule politiquement à de nombreuses reprises depuis le XVIIe siècle. Cédée par la France à l'Empire allemand en 1871 après la défaite de Sedan, elle devient le 26ᵉ État fédéré du Reich — mais un État de rang inférieur aux autres, sans autonomie complète avant 1911, date à laquelle Guillaume II lui accorde le statut d'État fédéré à part entière. Une importante communauté badoise s'installe alors en Alsace, et les mariages mixtes franco-allemands sont nombreux ; selon l'historien Claude Muller, les Alsaciens bénéficient à cette époque à la fois de la prospérité économique et des lois sociales allemandes, réputées alors parmi les plus avancées d'Europe.

C'est dans cette Alsace allemande, mais économiquement dynamique — betterave à sucre, textile, proximité du Rhin pour l'approvisionnement en matières premières, banques coopératives comme le Crédit Mutuel naissant — qu'Ettore Bugatti, alors âgé de 28 ans, choisit de s'installer fin 1909 avec sa famille, en provenance de Cologne où il travaillait pour Deutz (voir Ettore Bugatti avant Molsheim — une jeunesse italienne entre art et mécanique). Bugatti lui-même, né italien, se sent français depuis sa jeunesse : il incarne ainsi, selon les mots du constructeur, le caractère multinational propre à l'identité alsacienne de cette période.

L'installation dans une ancienne teinturerie

En 1910, Ettore Bugatti fait l'acquisition des locaux vides d'une teinturerie désaffectée, à l'origine du site connu localement sous le nom de « Hardtmühle », et y installe sa production. La première voiture vendue sous son propre nom, la Type 13, y est fabriquée dès cette année-là (voir Type 13 « Brescia » — la première Bugatti et le quadruplé fondateur de 1921). Le financement de ce lancement est assuré notamment par le banquier espagnol Augustin de Vizcaya (dont le fils, Pierre de Vizcaya, deviendra plus tard pilote pour la marque). Selon le club Enthousiastes Bugatti Alsace, la famille s'installe alors dans une villa cossue proche de l'usine, aujourd'hui reconvertie en centre de formation par l'actuel occupant du site.

1918 : retour à la France, sans rien changer pour Bugatti

Huit ans après l'installation d'Ettore Bugatti, le traité de Versailles (dont les négociations se déroulent de janvier 1919 à janvier 1920) entérine le retour de l'Alsace-Lorraine à la France — un retour célébré dès le 8 décembre 1918 à Metz par le président Poincaré. Pour Bugatti et son usine, le changement de souveraineté ne bouleverse rien : l'entreprise continue de concevoir et produire ses automobiles, ses employés continuent de parler français entre eux comme ils le faisaient déjà, et la marque devient de plus en plus perçue, à l'international, comme une maison française de course automobile sérieuse — en particulier après les plus de 2 000 victoires en compétition remportées par la Type 35 entre 1925 et 1934 (voir Bugatti Type 35 — la voiture de course la plus titrée de l'histoire, modèle par modèle) et le lancement, à la même période, de la Type 41 Royale, la voiture la plus exclusive jamais construite (voir Type 41 « Royale » — la voiture la plus chère et la plus démesurée jamais construite).

Une terre européenne avant l'heure

Selon Claude Muller, cité par le constructeur à l'occasion du 110ᵉ anniversaire de l'installation d'Ettore Bugatti à Molsheim, « l'Alsace est l'endroit le plus européen d'Europe » : les changements de souveraineté répétés, sources de tensions réelles (notamment lors de l'annexion allemande de 1940-1944, où les Alsaciens germanophones favorables à l'Allemagne furent ensuite perçus par les Français comme des collaborateurs, y compris longtemps après la Libération), ont paradoxalement façonné une identité cosmopolite et internationale. Ce n'est qu'en 1958, lors d'une rencontre entre le chancelier ouest-allemand Konrad Adenauer et le général de Gaulle, que les vieilles hostilités commencent réellement à s'apaiser au profit de la région. L'Alsace fait aujourd'hui partie de la grande région Grand Est (depuis 2016), et Strasbourg, siège du Conseil de l'Europe, du Parlement européen et de la Cour européenne des droits de l'homme, est souvent qualifiée de « capitale de l'Europe » — un ancrage territorial que Bugatti revendique explicitement comme faisant partie intégrante de son identité de marque, y compris pour son activité contemporaine sous contrôle successif de Volkswagen puis de Rimac (voir 1998-2026 — de Volkswagen à Rimac, l'ère moderne de Bugatti en bref).

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
newsroom.bugatti.com
Auteur du site
Bugatti Automobiles / Claude Muller
Date d'extraction
12 sept. 2026
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