1945 — confiscation, menace de démontage et redémarrage sous administration soviétique
Entre la capitulation allemande et la reprise d'une production automobile régulière, l'usine d'Eisenach traverse une année 1945 chaotique où elle a bien failli ne jamais rouvrir ses portes — sauvée, si l'on en croit une anecdote documentée par Wikipédia, par la démonstration impromptue d'une seule voiture devant le maréchal Joukov.
Une usine détruite à 60-65 %, mais sauvée in extremis de la dynamite
À la fin de la guerre, l'usine BMW d'Eisenach est détruite à hauteur de 60 à 65 % selon les sources par les bombardements alliés. Un ordre du Führer prévoyait sa destruction complète par explosifs en avril 1945 pour empêcher sa capture — un plan interrompu par l'arrivée des chars américains dans la ville dès le 6 avril 1945. La direction BMW se retire avec les troupes américaines lors de leur repli de juin 1945, sans avoir pu récupérer les machines et stocks de pièces qui avaient été mis à l'abri à temps dans les galeries de mines de potasse environnantes.
La zone d'occupation soviétique et la confiscation
Le 3 juillet 1945, la Thuringe devient officiellement partie de la zone d'occupation soviétique ; l'usine BMW d'Eisenach est confisquée dès le lendemain (4 juillet 1945) par l'administration militaire soviétique, en application des résolutions alliées. En juillet 1945, seuls 578 employés travaillent encore sur le site ; ils sont 2576 un an plus tard.
L'anecdote Joukov : une berline BMW 321 qui change le destin de l'usine
Le site est initialement promis au démontage complet et au transfert de ses équipements vers l'Union soviétique au titre des réparations de guerre. Selon Wikipédia, Albert Seidler, responsable de la production de motos, présente alors une berline BMW 321 au maréchal Gueorgui Joukov, commandant en chef de l'administration militaire soviétique en Allemagne, comme preuve du savoir-faire technique des constructeurs d'Eisenach. Convaincu, Joukov exige sur-le-champ la fabrication de cinq nouvelles voitures. Les motos BMW jouissaient par ailleurs déjà d'un grand prestige en URSS — la moto soviétique M-72 avait été directement dérivée des plans de la BMW R71 d'avant-guerre. Sur ordre du maréchal Joukov lui-même (Ordre SMAD n°93 du 13 octobre 1945, « assurer la sortie de nouvelles voitures et motos à l'ex-usine BMW d'Eisenach »), le démontage est stoppé et la production reprend dès novembre 1945, cette fois au titre des réparations de guerre dues à l'URSS : 3000 voitures du type « 326 » et autant de motos « R35 » sont exigées. Le premier mois de production d'après-guerre (novembre 1945) ne livre en réalité que 14 BMW 321 et 16 motos BMW R35 — chiffres modestes qui donnent la mesure réelle de l'ampleur du redémarrage.
Vingt bombes non explosées et des marmites en guise de premiers produits
Le redémarrage est semé d'obstacles concrets : plus de vingt bombes non explosées doivent être désamorcées sur le site et ses abords, les bâtiments partiellement menaçant ruine nécessitent des réparations provisoires, et la perte de nombreux ouvriers qualifiés et ingénieurs pèse lourdement. Comme personne ne pouvait encore s'offrir une automobile, l'usine fabrique d'abord des articles ménagers de première nécessité — marmites, seaux à charbon, boîtes aux lettres — ainsi que des meubles et des charrettes à roues à rayons d'acier, avant de reprendre la production en série d'anciens modèles BMW pratiquement inchangés.
De l'expropriation à la société soviétique Awtowelo
Un décret du président régional de Thuringe expropriant l'ensemble des installations de l'usine est pris dès septembre 1945. Le site est ensuite exploité comme société par actions soviétique sous le nom AWTOWELO à partir de la mi-1946 (le 13 août selon le musée, le 15 septembre selon Wikipédia allemand — un écart d'un mois entre les deux sources). C'est sous ce statut que l'usine reconstruit près de 9000 exemplaires de la BMW 321 entre 1945 et 1950, avant de développer en 1948 la BMW 340 à partir de la BMW 326 — chapitre qui ouvre directement sur le contentieux de marque avec la maison mère munichoise de BMW (voir D'EMW à AWE — le procès du nom BMW, le logo contesté et le deux-temps imposé).
Voir aussi
- Site source
- Musée officiel Automobile Welt Eisenach et Wikipédia (allemand)
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- BMW à Eisenach (1928-1945) — l'âge d'or oublié avant la partitionWartburg (VEB Automobilwerk Eisenach, RDA) · Histoire et modèles
- D'EMW à AWE — le procès du nom BMW, le logo contesté et le deux-temps imposéWartburg (VEB Automobilwerk Eisenach, RDA) · Histoire et modèles
- Les chiffres de production d'Eisenach, de 1896 à 1991 — trois totaux à ne pas confondreWartburg (VEB Automobilwerk Eisenach, RDA) · Histoire et modèles