1990-2020 — la reconversion du site d'Eisenach, d'Opel/GM à Stellantis via PSA
La fin du Wartburg, en avril 1991, n'a pas signé la fin de la tradition automobile d'Eisenach : le site a été repris avec une rapidité et une continuité peu communes dans le paysage industriel est-allemand d'après 1990, au point de produire aujourd'hui encore des automobiles sur le même terrain — devenu, par un curieux détour capitalistique, une propriété partiellement française.
Une coentreprise signée avant même la fin de la Wartburg
Dès le 11 mars 1990, alors que le Wartburg 1.3 est encore commercialisé, un accord est signé à l'occasion de la foire de printemps de Leipzig pour fonder la société de planification Opel-AWE-Planungs-GmbH, prélude à l'implantation d'Opel sur le site. Le 18 mai 1990, la direction d'Eisenach, avec l'aval des autorités est-allemandes encore en place, engage une privatisation de l'Automobilwerk Eisenach (capital de 400 millions de Mark) : elle espère alors encore pouvoir produire de façon rentable le nouveau Wartburg 1.3 à moteur Volkswagen. Le carrossier allemand Karmann présente même une variante modifiée du Wartburg Tourist 1.3, tandis qu'Irmscher dévoile son propre prototype « Wartburg New Line » (voir Le Wartburg 1.3 — enfin un moteur 4 temps, mais vingt ans trop tard). Mais l'explosion des coûts de production consécutive à la réforme monétaire de juillet 1990 scelle le sort du projet.
Deux chaînes de montage en parallèle, puis une seule
Fait frappant, symbole particulièrement concret de la transition : pendant plusieurs mois, Opel et Wartburg produisent leurs véhicules en parallèle sur le même site. Le 5 octobre 1990 — deux jours seulement après la réunification allemande officielle du 3 octobre — la chaîne de montage de l'Opel Vectra 1.6i GL démarre à l'usine d'Eisenach-Ouest, en présence du chancelier Helmut Kohl. La dernière Wartburg 1.3 quitte quant à elle les chaînes le 10 avril 1991 (voir Le Wartburg 1.3 — enfin un moteur 4 temps, mais vingt ans trop tard).
La liquidation de l'AWE et ses remous sociaux
Le 21 janvier 1991, la Treuhandanstalt (l'agence fédérale de privatisation des entreprises est-allemandes) ordonne l'arrêt de la production à l'Automobilwerk Eisenach GmbH : 4500 employés sont immédiatement placés en chômage technique total. Un cabinet d'avocats désigné comme liquidateur met en œuvre un plan méthodique de dissolution du site. Des manifestations spontanées éclatent en ville pour la sauvegarde de l'usine, culminant le 25 janvier 1991 avec un blocage complet de l'autoroute A4 à la sortie Eisenach-Ouest, organisé conjointement par les salariés de l'AWE, le comité d'entreprise et le syndicat IG Metall. Une partie du personnel hautement qualifié est toutefois reclassée dès 1990 dans des filiales et entreprises successeurs implantées à Eisenach grâce à des aides publiques : Johnson Controls (sièges automobiles), Benteler AG (pièces embouties), le fabricant de boîtes de vitesses MITEC Automotive, et Hörmann Industrietechnik GmbH.
Le nouveau site Opel et sa montée en puissance
La première pierre de la nouvelle usine Opel proprement dite est posée le 7 février 1991 ; l'usine ouvre officiellement le 23 septembre 1992 avec le lancement de la production de l'Opel Astra. Suivent la Corsa B (3 juin 1993), puis les générations C (28 août 2000) et D (21 août 2006) de la même Corsa. Deux jalons symboliques marquent la réussite de cette reconversion : le millionième Opel sorti d'Eisenach le 10 novembre 1999 (une Corsa B « Edition 100 »), puis le deux millionième le 12 janvier 2007. À partir du 10 janvier 2013, la petite Opel Adam y est produite en parallèle de la Corsa D ; le trois millionième Opel d'Eisenach, une Adam blanche, sort des chaînes le 23 avril 2014.
De General Motors à PSA, puis Stellantis
Le 1er août 2017, un rebondissement capitalistique notable pour ce corpus à dominante française : le groupe PSA (Peugeot-Citroën) rachète les marques Opel et Vauxhall à l'américain General Motors, y compris le site d'Eisenach — près d'un siècle après que BMW eut mis fin à l'indépendance de l'usine (voir BMW à Eisenach (1928-1945) — l'âge d'or oublié avant la partition), c'est donc aujourd'hui, via PSA puis la fusion PSA-FCA formant le groupe Stellantis en 2021 (information générale non détaillée par les sources consultées pour cette fiche), un groupe partiellement français qui contrôle l'ancien site Wartburg. Depuis le 28 août 2019, le site produit le SUV Opel Grandland ; à partir du 2 mars 2020, une version hybride rechargeable (Grandland X Hybrid4) y marque l'entrée du site dans l'électromobilité.
Un lieu de mémoire préservé
Sur le plan patrimonial, plusieurs bâtiments historiques de l'ère BMW ont été classés monuments historiques dès 1995 (ancien corps de garde, ancienne cantine est, halls de production O1, O2, G et G1), tandis que le club-house de l'AWE et l'ancienne polyclinique ont également été largement conservés. Après plusieurs années de mobilisation pour la sauvegarde de ces bâtiments classés, le musée technique automobile welt eisenach ouvre ses portes sur l'ancien site le 4 juin 2005, exposant notamment le Wartburg-Motorwagen de 1899, une Dixi de 1928 et une Wartburg Sport de 1958.
Voir aussi
- Site source
- Musée officiel Automobile Welt Eisenach, Wikipédia (allemand et français) et car-editor's
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- Clubs, rassemblements et musée — la vie communautaire Wartburg aujourd'huiWartburg (VEB Automobilwerk Eisenach, RDA) · Restauration
- BMW à Eisenach (1928-1945) — l'âge d'or oublié avant la partitionWartburg (VEB Automobilwerk Eisenach, RDA) · Histoire et modèles
- Le Wartburg 1.3 — enfin un moteur 4 temps, mais vingt ans trop tardWartburg (VEB Automobilwerk Eisenach, RDA) · Histoire et modèles