La coopérative ouvrière de Meriden (1973-1983) — occupation, survie et liquidation
1973 : l'annonce de fermeture qui déclenche un sit-in de dix-huit mois
En 1973, Dennis Poore, directeur général de Norton Villiers Triumph (NVT, le conglomérat né du regroupement forcé des trois dernières grandes marques britanniques indépendantes), annonce la fermeture par étapes de l'usine historique de Meriden, menaçant directement 1 700 emplois. La décision s'inscrit dans une stratégie de rationalisation industrielle plus large de NVT, jugée par les ouvriers comme un abandon pur et simple de la production Triumph au profit du site de Small Heath (BSA). La réaction est immédiate : les ouvriers de Meriden entament une occupation du site qui va durer près de dix-huit mois, bloquant de fait toute production de Bonneville T140 fraîchement lancée (voir La Bonneville T140 (1973-) — le passage à 750 cm³ à la veille de la crise de Meriden).
1975 : la naissance de la Meriden Motorcycle Co-operative
Après de longues négociations, et avec le soutien financier du gouvernement travailliste britannique (sous la forme d'une subvention), les ouvriers en grève constituent au printemps 1975 la Meriden Motorcycle Co-operative, qui rachète effectivement l'usine puis, dans un second temps, les droits sur la marque Triumph eux-mêmes à NVT. La production de Bonneville et de Tiger 750 cm³ reprend alors, mais à un rythme d'abord très réduit — la production reste inférieure à 1 000 unités en 1974 et tombe à une poignée d'exemplaires en 1975, avant de remonter progressivement jusqu'à environ 350 unités par semaine au mieux de la période coopérative.
Une survie sous perfusion plutôt qu'un redressement
Malgré ce sursaut, la coopérative ne parvient jamais à retrouver une assise industrielle solide. La disparition de la Trident (autre survivante de la gamme NVT) laisse à partir de 1976 la Bonneville T140 comme unique modèle produit à Meriden, contraignant l'entreprise à multiplier les éditions limitées à caractère commémoratif ou commercial (Silver Jubilee 1977, Special 1979, TSS 1983 — voir La Bonneville T140 (1973-) — le passage à 750 cm³ à la veille de la crise de Meriden) pour tenter de maintenir les ventes. Le soutien répété du gouvernement britannique, sous forme de prêts et de garanties successives, ne suffit pas à compenser l'érosion continue des parts de marché face aux constructeurs japonais, mieux équipés industriellement et technologiquement.
Août 1983 : la liquidation et la démolition de l'usine
En août 1983, la coopérative de Meriden entre en liquidation définitive. L'usine, symbole industriel de la région depuis la reconstruction de l'après-Blitz (voir Avant la Bonneville — Edward Turner, la Speed Twin et l'héritage du bicylindre parallèle Triumph), est démolie peu après. Les droits marketing sur le nom Triumph sont cédés à une toute nouvelle société, Triumph Motorcycles Ltd, fondée par l'entrepreneur du BTP John Bloor — un rachat qui marque la coupure industrielle majeure entre la Triumph historique de Meriden et la Triumph moderne de Hinckley (voir John Bloor et la naissance de la Triumph moderne — du rachat de 1983 à l'usine de Hinckley).
Le pont Les Harris (1985-1988) : une production sous licence, pas une renaissance
Entre la fermeture de Meriden et l'ouverture de la nouvelle usine de Hinckley, une petite structure indépendante du Devon, Racing Spares, dirigée par Les Harris, obtient de John Bloor une licence pour continuer à assembler des T140 à faible volume — environ 14 exemplaires par semaine — dans un atelier de Newton Abbot. Ces « Bonneville Devon » ou « Harris Bonneville », non commercialisées aux États-Unis, restent en production jusqu'en 1988 et constituent un pont technique et commercial entre les deux ères de la marque, plutôt qu'une résurrection à part entière : elles n'intègrent aucune des innovations qui caractériseront la Bonneville réellement relancée par Bloor en 2001 (voir La renaissance de la Bonneville (septembre 2001) — le pari néo-rétro de la Triumph moderne).
Voir aussi
- La Bonneville T140 (1973-) — le passage à 750 cm³ à la veille de la crise de Meriden · John Bloor et la naissance de la Triumph moderne — du rachat de 1983 à l'usine de Hinckley · La Bonneville dans la culture populaire — icône assumée, mais souvent confondue avec d'autres Triumph · Guide d'achat — Bonneville historique (T120, T140), points de vigilance et fourchette de cote
- Site source
- coventrytelegraph.net
- Date d'extraction
- 16 sept. 2026
- Guide d'achat — Bonneville historique (T120, T140), points de vigilance et fourchette de coteTriumph Bonneville · Achat et collection
- La Bonneville dans la culture populaire — icône assumée, mais souvent confondue avec d'autres TriumphTriumph Bonneville · Culture et documentation
- Avant la Bonneville — Edward Turner, la Speed Twin et l'héritage du bicylindre parallèle TriumphTriumph Bonneville · Histoire et modèles
- John Bloor et la naissance de la Triumph moderne — du rachat de 1983 à l'usine de HinckleyTriumph Bonneville · Histoire et modèles
- La Bonneville T140 (1973-) — le passage à 750 cm³ à la veille de la crise de MeridenTriumph Bonneville · Histoire et modèles
- La renaissance de la Bonneville (septembre 2001) — le pari néo-rétro de la Triumph moderneTriumph Bonneville · Histoire et modèles
- La renaissance de la Bonneville (septembre 2001) — le pari néo-rétro de la Triumph moderneTriumph Bonneville
- Avant la Bonneville — Edward Turner, la Speed Twin et l'héritage du bicylindre parallèle TriumphTriumph Bonneville
- Identification et datation — numéros de cadre et de moteur, une vigilance nécessaire pour les modèles historiquesTriumph Bonneville
- La Bonneville T140 (1973-) — le passage à 750 cm³ à la veille de la crise de MeridenTriumph Bonneville
- John Bloor et la naissance de la Triumph moderne — du rachat de 1983 à l'usine de HinckleyTriumph Bonneville
- Guide d'achat — Bonneville historique (T120, T140), points de vigilance et fourchette de coteTriumph Bonneville
- Les clubs de propriétaires — le Triumph Owners Motor Cycle Club (TOMCC), depuis 1949Triumph Bonneville
- Le bicylindre 744 cm³ de la T140 — cinq rapports, normes américaines et culasse à quatre soupapesTriumph Bonneville