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§ 01 · Histoire et modèles

La genèse de la Triumph Bonneville T120 (1958-1959) — un pari qu'Edward Turner jugeait ruineux

Triumph Bonneville · 3 min de lecture · extraite le 16 sept. 2026

« Carey Street » : la réticence d'Edward Turner

La Bonneville T120 naît d'une pression commerciale directe : à la fin des années 1950, le marché américain, principal débouché à l'export de Triumph, réclame toujours plus de puissance de la part de ses bicylindres 650 cm³. Les ingénieurs de Meriden reprennent la base du Tiger T110 (voir Avant la Bonneville — Edward Turner, la Speed Twin et l'héritage du bicylindre parallèle Triumph) et y ajoutent un vilebrequin forgé monobloc plus robuste, un volant moteur boulonné et surtout une culasse à ports séparés (« splayed-port ») alimentée par deux carburateurs Amal, contre un seul sur le T110. Selon l'historien de la marque Ian Falloon, Edward Turner — pourtant le père de la formule bicylindre chez Triumph — se serait montré franchement hostile au projet, redoutant qu'il ne mène la firme droit à la faillite : la formule qu'on lui prête, « ceci, mon garçon, va nous mener tout droit à Carey Street » (rue londonienne associée aux tribunaux de faillite de l'époque), est restée célèbre chez les historiens de la marque, même si elle relève du récit rapporté plutôt que d'une citation directement sourcée. Turner cède néanmoins sous la pression commerciale et laisse le projet aboutir : la Bonneville sera sa dernière contribution directe à une Triumph de série.

Un développement si rapide qu'il rate le catalogue 1959

Le projet est mené si vite que la nouvelle moto n'a pas le temps d'être intégrée au catalogue Triumph de la saison 1959 : elle est présentée au public au Earl's Court Motorcycle Show de Londres fin 1958, puis commercialisée en cours d'année 1959 comme modèle « ajouté » à la gamme plutôt que tête d'affiche annoncée de longue date. Elle est présentée sous la double appellation commerciale de « Bonneville T120 » et revendique le titre de moto de série la plus rapide du monde.

Le nom : hommage au record de vitesse de Johnny Allen

Le choix du nom ne doit rien au hasard : il rend hommage au pilote texan Johnny Allen, qui a établi un record de vitesse moto sur le lac salé de Bonneville, dans l'Utah, aux commandes d'un engin propulsé par un moteur Triumph. Ce record — et la controverse qui l'a entouré — sont détaillés dans Johnny Allen et le « Texas Cee-Gar » — le record de 1956 et sa reconnaissance contestée par la FIM et dans Le lac salé de Bonneville, dans l'Utah — le lieu qui a donné son nom à la moto. En 1959, associer ce nom à la nouvelle moto de série revient à capitaliser directement sur l'exploit sportif dans un marché américain où le lac salé de Bonneville jouit déjà d'une aura mythique.

Réception initiale en demi-teinte

Contrairement à l'image de triomphe immédiat que la légende associe rétrospectivement à la Bonneville, son lancement de 1959 « fait relativement peu de vagues » sur le moment, selon plusieurs rétrospectives spécialisées : aucun des deux grands magazines moto américains de l'époque (Cycle World et American Motorcyclist) ne lui consacre d'essai routier dès sa première année, et sa carrosserie d'origine — garde-boue pleinement carénés et optique intégré à une nacelle, pensés pour un usage anglais par tous les temps — déplaît aux acheteurs américains qui préfèrent des lignes plus dépouillées. C'est seulement au fil des années 1960 que la Bonneville T120 s'imposera comme référence absolue du genre (voir L'évolution de la T120 (1960-1971) — de la construction séparée au cadre à huile controversé et La réception de presse de 1959 — une moto qui s'impose sur la durée plutôt que d'emblée).

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Provenance de cette fiche
Site source
autoevolution.com
Date d'extraction
16 sept. 2026
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