Borgward et NSU — deux disparitions industrielles allemandes, deux ressorts différents
Le corpus consacre un dossier distinct à un autre constructeur automobile allemand disparu à la même époque que Borgward : NSU, de Neckarsulm, dont l'histoire complète est développée dans le dossier nsu-ro80 (voir notamment Le rachat par Volkswagen et la fusion avec Auto Union (1969) — la naissance d'Audi NSU Auto Union et 19 avril 1977 — la fin de la Ro 80 et l'extinction du nom NSU pour le détail). Cette fiche n'a pas vocation à répéter ce contenu, mais à en tirer, en le mettant en regard avec l'histoire de Borgward, un parallèle industriel qui éclaire — par contraste autant que par ressemblance — la vague de disparitions de constructeurs indépendants qu'a connue l'Allemagne de l'Ouest entre le début des années 1960 et la fin des années 1970.
Deux trajectoires en apparence semblables
Borgward et NSU partagent, à première vue, plusieurs traits communs frappants. Toutes deux sont des entreprises familiales et indépendantes, bâties par des figures fondatrices fortement identifiées à leur marque (Carl Borgward à Brême, la lignée d'ingénieurs et d'industriels de Neckarsulm), et toutes deux sont implantées dans des villes industrielles moyennes plutôt que dans les grands pôles automobiles traditionnels que sont Stuttgart, Munich ou Wolfsburg. Toutes deux ont également produit, à leur apogée, un modèle-phare techniquement remarquable et disproportionné par rapport à la taille de l'entreprise qui l'a conçu : l'Isabella, avec sa caisse autoporteuse et ses quatre roues indépendantes dès 1954 (voir L'Isabella, une caisse autoporteuse et des trains roulants indépendants), pour Borgward ; la Ro 80 et son moteur rotatif Wankel de série, pour NSU. Et toutes deux ont, chacune à sa manière, fait l'objet d'une controverse non tranchée à ce jour : chez Borgward, la véritable cause de la faillite de 1961 (voir La faillite de 1961 : un débat historique toujours ouvert) ; chez NSU, la paternité réelle du dessin de la Ro 80 (Claus Luthe seul, ou avec une contribution du designer italien Pio Manzù).
Des ressorts de disparition pourtant très différents
Au-delà de ces parallèles, les deux histoires divergent sur un point essentiel : la nature même de la crise qui a scellé leur sort. Chez NSU, la cause immédiate de la crise de 1969 est un fait technique incontesté et documenté : la défaillance récurrente des joints d'apex du moteur Wankel de la Ro 80, qui a entraîné des remplacements de moteurs sous garantie en nombre tel que l'entreprise en est sortie financièrement exsangue — un mécanisme de crise sur lequel les sources ne divergent pas, seule la paternité du style de la voiture restant, elle, objet de débat. Chez Borgward, à l'inverse, c'est la cause même de la crise financière qui reste disputée : mauvaise gestion avérée, ou pressions bancaires et politiques délibérées (voir La faillite de 1961 : un débat historique toujours ouvert) — un doute qui porte sur le cœur du récit, non sur un point périphérique.
L'issue industrielle diffère également. NSU est absorbée par Volkswagen dès 1969 et fusionnée avec Auto Union pour former Audi NSU Auto Union — une opération de sauvetage qui, si elle sonne la fin de la marque NSU elle-même en 1977, assure une continuité industrielle et humaine directe jusqu'à l'actuelle Audi. Borgward, en revanche, ne connaît aucune reprise de cette nature : le groupe est purement et simplement liquidé en 1961, ses usines et ses actifs dispersés entre plusieurs repreneurs sans lien entre eux (Hanomag, Mercedes-Benz, Siemens — voir Après la faillite — le devenir des usines et des outillages), et aucune structure n'assure de continuité directe entre l'entreprise de Carl Borgward et l'industrie automobile allemande d'aujourd'hui — la seule tentative de faire revivre le nom, cinquante ans plus tard, se faisant sous capitaux chinois et sans lien technique avec l'entreprise d'origine (voir Les tentatives de renaissance de la marque Borgward (2008-2022)).
Un écho industriel indirect
Un dernier rapprochement, plus anecdotique, mérite d'être signalé : l'ancienne usine Borgward de Bremen-Sebaldsbrück a fini, après plusieurs reprises successives, par produire elle aussi des Mercedes-Benz (le break de la gamme W123, à partir de 1978 — voir Après la faillite — le devenir des usines et des outillages) — pendant que NSU, de son côté, se fondait dans un groupe qui deviendrait la propriété de Volkswagen. Les deux marques indépendantes ont ainsi fini, chacune à sa façon et à quelques années d'écart, absorbées dans l'orbite des grands groupes qui dominent encore aujourd'hui l'industrie automobile allemande.
Voir aussi
- Site source
- en.wikipedia.org (+ recoupement veikkos-archiv.com ; comparaison croisée avec le dossier nsu-ro80/ de ce même corpus, consulté en lecture seule)
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- URL d'origine
- https://en.wikipedia.org/wiki/Borgward ↗
- 19 avril 1977 — la fin de la Ro 80 et l'extinction du nom NSUNSU Ro 80 · Histoire et modèles
- L'Isabella, une caisse autoporteuse et des trains roulants indépendantsBorgward / Isabella · Freins trains pneus
- Les tentatives de renaissance de la marque Borgward (2008-2022)Borgward / Isabella · Histoire et modèles
- Après la faillite — le devenir des usines et des outillagesBorgward / Isabella · Histoire et modèles
- Le rachat par Volkswagen et la fusion avec Auto Union (1969) — la naissance d'Audi NSU Auto UnionNSU Ro 80 · Histoire et modèles
- Le groupe Borgward — structure d'un empire industriel à quatre marquesBorgward / Isabella · Histoire et modèles
- La faillite de 1961 : un débat historique toujours ouvertBorgward / Isabella · Histoire et modèles
- Du Typ 80 à la Ro 80 — la genèse d'un pari industriel (1962-1967)NSU Ro 80 · Histoire et modèles