§ 02 · Moteur
Comprendre le 6 cylindres de la 15-Six
Citroën Traction Avant · 1934–1957 · 5 min de lecture · extraite le 11 sept. 2026
Idée reçue à corriger : le moteur de la 15-Six n'est pas « un 4 cylindres auquel on a ajouté 2 cylindres ». Arithmétiquement juste, mécaniquement inexact.
Vilebrequin et calage
- Un 4 temps boucle son cycle sur 720°. Pour un fonctionnement régulier, les manetons partagent ces 720° en parts égales : 180° pour un 4 cyl., 120° pour un 6 cyl. → impossible d'avoir un vilebrequin « plat » comme sur le 4 cylindres.
- Numérotation Citroën (norme B.N.A.) : cylindre 1 côté volant (avant de la voiture) → 6 côté distribution (arrière).
- Contraintes pour limiter vibrations et fragilité du long vilebrequin (torsion + flexion) :
- A. Jamais deux explosions consécutives dans des cylindres voisins.
- B. Jamais deux explosions consécutives dans le même groupe (AV 1-2-3 / AR 4-5-6) — alternance AV/AR obligatoire.
- Disposition des manetons à 120° : 1-6 sur un même plan, puis 3-4, puis 2-5.
- Ordres d'allumage qui en découlent (cause ET conséquence du sens de rotation) :
- 1 5 3 6 2 4 pour une rotation à gauche
- 1 4 2 6 3 5 pour une rotation à droite
- Moyen mnémotechnique de la source : la suite « 1426351426351 » lue de gauche à droite depuis le 1 central = 15 D ; de droite à gauche = 15 G.
- Bas moteur : 4 paliers robustes divisant les cylindres par groupes de 2 (anti-flexion).
Culasse
- Conception proche du 4 cylindres, mais : 2 soupapes d'échappement juxtaposées sur l'axe médian entre les cylindres 3 et 4 — un des seuls défauts majeurs du moteur. Les deux canaux d'échappement très proches sur le collecteur « 6 en 2 » expliquent sa propension bien connue à se fendre à cet endroit (contraintes thermiques), et non un défaut de conception du collecteur.
- Sur le 4 cylindres, même disposition médiane mais écart plus grand et meilleur refroidissement interne.
- Couvre-culbuteurs en fonte d'alu, dessiné pour passer juste sous le capot, avec bouchon basculant de remplissage d'huile latéral (bien plus pratique que sur 4 cyl.).
Alimentation
- À cause de l'alternance AV/AR des explosions (règle B), un carburateur central unique verrait le flux gazeux changer de sens à chaque cycle → alimentation incorrecte.
- Solution : carburateur double corps = deux carburateurs réunis. Corps proche de la culasse → cylindres 1-2-3 ; corps éloigné → 4-5-6. Meilleur remplissage, flux unidirectionnel par groupe.
- Conséquence : les montages « double carburateur » sur 15-Six n'apportent quasiment rien au remplissage.
- Conduits : 1-2 et 5-6 partagent un conduit long d'admission commun ; 3 et 4 ont une admission individuelle.
- Échappement 6 en 2, un conduit par cylindre. L'idéal (2×3 sorties séparées) était impossible : il fallait caser démarreur et pompe à eau.
Montage du collecteur (procédure)
- Approcher sans serrer les 4 goujons solidarisant collecteurs admission (A) et échappement (E).
- Présenter l'ensemble sur la culasse avec les bons joints métalloplastiques épais, huilés sur les deux faces.
- Serrer très progressivement les écrous graissés haute température, du centre vers les extrémités, couple maxi 2 m.kg.
- Finir par les 4 goujons inter-collecteurs, même couple.
Équilibrage : le DAMPER
- Plus de cylindres = meilleure régularité cyclique. Mais le vilebrequin long du 6 cylindres se comporte comme une barre de torsion : à certaines fréquences, résonance → rupture possible.
- D'où le damper (amortisseur de vibrations angulaires) en bout arrière de vilebrequin — ne jamais modifier son réglage ou sa masse.
- Deux montages différents selon 15-Six G puis D, même finalité.
Les DEUX volants moteur
- Volant avant classique, de taille réduite (encombrement), accouplé au mécanisme d'embrayage (qui participe à sa masse).
- Volant arrière = moyeu du damper + couronne de démarreur. Sur 15 DB et DV, couronne de plus grand diamètre avec masse rejetée en périphérie → moment d'inertie accru.
- Ces deux volants aux extrémités expliquent l'excellent équilibrage et la régularité du 15-Six (avec une conséquence sur la transmission, annoncée pour un autre article).
Suspension du moteur
- Un 4 cylindres a un fort couple de renversement aux variations de régime → d'où la suspension 2 points + ressorts latéraux PAUSODYNE du 4 cyl.
- Un 6 en ligne en est quasi exempt (idem vibrations verticales) → la 15-Six adopte une fixation triangulée 3 points (suspendu en un point avant, posé en deux points latéraux arrière) sur silentblocs caoutchouc.
Performances
- Rendement resté faible toute sa carrière : 26,85 ch/litre (à peine mieux que la 7A : 24,55 ch/litre). « La rançon de la fiabilité. »
- Tour de force : implanter ce long moteur sous le capot à peine rallongé d'une caisse Normale.
Le mystère du sens de rotation (thèse de l'auteur)
- 1947 : passage de la rotation à gauche (15 G) à la rotation à droite (15 D) — quasi toutes les pièces du groupe moteur/boîte modifiées, sans changement d'architecture ni de rendement. Le moteur initial n'est rebaptisé « 15 G » qu'a posteriori.
- Le 15 G a été développé par M. Sainturat (père du 4 cylindres) : c'est bien un moteur de Traction (architecture, pièces communes, position des auxiliaires) et pas un moteur d'utilitaire adapté, contrairement à ce qu'écrivent certains ouvrages.
- Thèse : le 15 G ne tourne PAS « dans le mauvais sens ». Extrapolé des 6 cylindres C6/Rosalie 15, c'est un 6 en ligne conventionnel : ordre d'allumage universel de l'époque (1 5 3 6 2 4), tournant à droite vu de la distribution. Retourné de 180° pour être monté dans la 15-Six (distribution à l'arrière), il semble tourner « à l'envers » vu de l'avant — pure illusion de point de vue.
- L'hypothèse répandue de l'inversion imposée par les 3 arbres de boîte ne tient pas : il suffit d'inverser le montage de la grande couronne du couple conique. (« C'est le moteur qui fait tourner la boîte, pas l'inverse ! »)
- Pourquoi le changement de 1947 ? Hypothèse personnelle de l'auteur : cohérence de gamme — clients et réparateurs avaient pris l'habitude d'observer les moteurs TA depuis l'avant. On fait donc tourner le 15-Six « comme les 4 cylindres » vu de l'avant, au prix de l'ordre d'allumage inhabituel 1 4 2 6 3 5. → Le 15 D est l'anomalie, pas la norme.
- Photo souvent mal légendée : ce n'est pas une « 15 G » mais un prototype 15 D dans la cour de l'usine.
Images de la source
11 images : schéma du vilebrequin vu de l'avant, disposition des soupapes, damper 15 D, volants moteur, implantation sous capot…
Voir aussi
Provenance de cette fiche
- Site source
- rouler-en-traction-avant.blog4ever.com
- Date d'extraction
- 11 sept. 2026
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