L'ERGM de la Maltournée : des jeeps \"patchwork\" reconstruites pendant plus de trente ans
Un parc de guerre à moitié hors d'usage
Sur les quelque 22 000 Willys MB et Ford GPW remises par l'armée américaine à la France au sortir de la guerre, la moitié seulement se trouve en état de marche satisfaisant. Dès 1946, l'Établissement de Réserve Générale du Matériel Automobile (E.R.G.M.), installé à Maltournée — une localité aujourd'hui rattachée au département de la Seine-Saint-Denis, au nord-est de Paris —, entreprend de remettre ce parc en état de service.
Du simple entretien à la fabrication de « jeeps patchwork »
La méthode retenue produit un effet inattendu : les exemplaires jugés irrécupérables sont démontés pour en récupérer les pièces, générant très vite un stock de pièces détachées bien plus important que ce que la seule maintenance courante pouvait consommer. L'ERGM se met alors à construire, à partir de ce surplus, des véhicules « quasi neufs » recombinant des organes d'origines diverses — une activité qui, au fil du temps, mélange de plus en plus des pièces anciennes de récupération à des pièces neuves nouvellement acquises, si bien que chaque véhicule ainsi reconstruit devient un assemblage unique de composants Willys, Ford et, plus tard, Hotchkiss. Cette activité de reconstruction se poursuit à Maltournée sans interruption de 1950 (selon le club Hotchkiss) à 1978.
Une influence probable sur le choix industriel de 1955
Ce savoir-faire de reconstruction par recombinaison de pièces, développé en parallèle de la fabrication sous licence des M201 par Hotchkiss (voir La jeep militaire française : la Hotchkiss M201 (1955-1966, service jusqu'en 2000)), a vraisemblablement pesé dans la décision du ministère de la Défense de reconduire, en 1955, un modèle strictement identique à la MB d'origine plutôt que d'opter pour la CJ-3B, alors déjà commercialisée aux États-Unis depuis deux ans et pourtant plus robuste et plus puissante que la vieille MB. Maintenir la compatibilité totale des pièces avec l'immense stock accumulé à Maltournée représentait un avantage logistique considérable — sans qu'il soit certain, au demeurant, que Kaiser (propriétaire de Willys à cette date) ait été disposé à céder à la France la licence de la CJ-3B dans sa définition américaine.
Un rôle technique complémentaire : les conversions électriques
Au-delà de la seule reconstruction de véhicules complets, l'ERGM assure également, au fil des années, la conversion électrique d'un grand nombre de M201 : les premiers exemplaires livrés en 6 volts sont ainsi progressivement transformés en 12, puis surtout en 24 volts, à mesure que ce dernier standard s'impose sur le parc militaire français à partir du début des années 1960.
Voir aussi
- Site source
- en.wikipedia.org ; club-hotchkiss.fr
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- La jeep militaire française : la Hotchkiss M201 (1955-1966, service jusqu'en 2000)Jeep Willys / CJ · Culture documentation
- Repérer une Willys MB d'une Ford GPW — les indices concretsJeep Willys / CJ · Restauration
- Les Jeep civiles françaises : JH, HWL et le réseau SOFIAJeep Willys / CJ · Culture documentation