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§ 12 · Culture documentation

La jeep militaire française : la Hotchkiss M201 (1955-1966, service jusqu'en 2000)

Jeep Willys / CJ · 1941–1945 · 3 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

22 000 jeeps de guerre pour rééquiper l'armée française

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l'armée américaine remet à la France environ 22 000 Willys MB et Ford GPW pour rééquiper rapidement ses forces — mais la moitié seulement de ce parc est alors en état de marche. Dès 1946, l'Établissement de Réserve Générale du Matériel Automobile (E.R.G.M.), installé à Maltournée, en Seine-Saint-Denis, entreprend de remettre en état ce parc disparate, donnant naissance à une pratique originale de reconstruction par recombinaison de pièces qui se poursuivra jusqu'en 1978 (voir L'ERGM de la Maltournée : des jeeps "patchwork" reconstruites pendant plus de trente ans).

L'échec du Delahaye VLR ouvre la voie à Hotchkiss

Dès 1949, l'armée française souhaite remplacer ce parc vieillissant par un véhicule entièrement national, le Delahaye VLR (Véhicule Léger Tout Terrain), techniquement ambitieux mais réputé complexe à utiliser et à entretenir. Sa production s'arrête après seulement 9 623 exemplaires, la maison Delahaye se trouvant en cessation de paiement — ses actifs passent alors entre les mains d'Hotchkiss, qui vient de fusionner avec elle (fusion datée de 1954 selon une source française, de 1955 selon une autre, sans qu'aucune des deux ne fournisse d'élément permettant de trancher). Une source évoque également l'existence d'un autre projet français concurrent envisagé à cette époque, désigné « COB », rapidement écarté sans que ce corpus ait pu en établir davantage de détails vérifiés. Fort de la licence de fabrication Willys qu'elle détenait déjà pour la gamme CJ civile (voir Les Jeep civiles françaises : JH, HWL et le réseau SOFIA), Hotchkiss propose alors opportunément à l'armée de revenir à une jeep de type MB plutôt que de poursuivre l'aventure d'un véhicule franco-français plus sophistiqué mais bien plus coûteux et incertain.

Une production étalée sur onze ans

Une première tranche de 465 exemplaires, encore désignés « Hotchkiss Licence MB » et strictement identiques à la MB américaine d'origine (électricité 6 volts, pneus militaires, jantes pleines de fabrication française), est produite dès 1955 sur le site historique de Saint-Denis (boulevard Ornano), avec livraison aux autorités militaires s'étalant jusqu'au début de 1956. À partir de 1956, le modèle prend le nom définitif de M201, intégrant des améliorations propres à la version française : distribution par pignon céloron plutôt que par chaîne, culasse et boîte de transfert renforcées, tout en conservant l'essentiel de l'interchangeabilité des pièces avec la MB et la GPW d'origine. La fusion d'Hotchkiss avec Brandt en 1956 déplace, dès 1957, l'ensemble de la production vers l'usine Brandt de Stains, à quelques kilomètres au nord de Saint-Denis. Deux versions électriques se succèdent : 6 volts dans un premier temps, puis 24 volts à partir du début des années 1960 (le 12 volts restant une transformation propre à l'ERGM sur des exemplaires déjà en service) — une partie importante du parc 6 volts étant d'ailleurs reconvertie a posteriori. Au total, Hotchkiss puis Hotchkiss-Brandt livrent 27 628 M201 entre 1956 et 1966, en plus des 465 exemplaires « Licence MB » de la toute première tranche de 1955.

Un véhicule militaire décliné pour tous les théâtres

Officiellement désignée VLTT (Véhicule Léger Tout Terrain) par l'armée, la M201 reprend l'architecture mécanique de sa devancière américaine : moteur 4-cylindres à soupapes latérales de 2 199 cm³ dérivé du Go Devil (60 ch), boîte à trois rapports et gamme courte tout-terrain, pare-brise rabattable, ni portières ni toit. Une version « Sahara » renforcée est développée pour l'Afrique du Nord (châssis raidi, suspension arrière durcie, coffre à outils supplémentaire sous la calandre, second réservoir sous le siège passager) ; d'autres exemplaires reçoivent des lance-roquettes ou des missiles antichars ENTAC, ou encore des radars de surveillance montés sur plateau.

La fin de carrière

L'armée française remplace définitivement la M201 à partir de 1981 par la Peugeot P4 (elle-même dérivée d'une conception Mercedes) — à cette date, 8 000 M201 étaient encore en service. Le tout dernier exemplaire n'est retiré du service qu'en l'an 2000, presque un demi-siècle après le lancement de la production.

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
en.wikipedia.org ; club-hotchkiss.fr ; indiancars.fr
Date d'extraction
12 sept. 2026
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