Aller au contenu
§ 01 · Histoire et modèles

Kragujevac avant l'automobile — une fonderie d'armement au cœur de l'État serbe naissant

Zastava Zastava · 4 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Une capitale improbable

Avant de devenir un nom associé à des voitures bon marché, Kragujevac — ville de Šumadija, sur les rives de la rivière Lepenica — est d'abord une capitale politique. Le 6 mai 1818, le prince Miloš Obrenović y proclame la capitale de la Principauté de Serbie naissante, quelques années seulement après la Seconde insurrection serbe de 1815 qui met fin à des siècles de domination ottomane. Il y fait construire une résidence princière (dont subsiste aujourd'hui l'Amidža Konak) et y installe les premières institutions de l'État moderne serbe : premier tribunal, premier lycée (gimnazija), premier théâtre princier. C'est à Kragujevac, le 15 septembre 1835, qu'est proclamée la Constitution de la Sretenje, l'une des plus libérales d'Europe pour son temps, inspirée des modèles français et belge. La capitale est transférée à Belgrade dès 1841, mais l'empreinte fondatrice reste profonde.

La naissance de l'arsenal princier

C'est précisément en 1835, l'année de la Constitution, que la Principauté commande la construction d'un complexe de fonderie à Kragujevac, connu sous son acronyme serbe VTZ (Vojno-Tehnički Zavod, « Institut militaro-technique »). Le complexe est achevé en 1850 et le premier canon y est coulé en 1853 — date que Zastava retient officiellement comme celle de sa fondation. Fait surprenant, le premier directeur de cet « arsenal du Prince » (colloquialement surnommé ainsi) est un ingénieur français, Charles Loubry, autorisé à prendre cette fonction par l'empereur français Napoléon III lui-même — un détail qui rappelle que la modernisation militaro-industrielle de la jeune Serbie s'appuie, dès l'origine, sur des transferts de savoir-faire d'Europe occidentale, préfigurant à sa manière l'accord Fiat qui viendra un siècle plus tard.

Une ville qui s'industrialise autour de son arsenal

Le développement de la VTZ entraîne dans son sillage toute la modernisation urbaine de Kragujevac : premier central téléphonique de la ville (1858), première brasserie industrielle (1868, fondée par Nikola Mesarović), première imprimerie (1870), raccordement à la voie ferrée Belgrade-Niš (1886) pour acheminer la production militaire et les socs de charrue vers le reste du pays. Cette identité ouvrière précoce s'exprime aussi politiquement : les premières manifestations ouvrières de Serbie, connues sous le nom de « Crveni barjak » (le Drapeau rouge), s'y tiennent dès le 27 février 1876 — un nom qui, sans lien direct établi par les sources consultées, résonnera étrangement avec la dénomination que prendra l'entreprise après la Seconde Guerre mondiale, Zavodi Crvena Zastava (« Les Établissements du Drapeau rouge »). Le complexe industriel, longtemps surnommé « la Ville interdite » (Zabranjeni Grad) par les habitants non ouvriers de Kragujevac, est aujourd'hui partiellement classé : 151 objets recensés par l'État serbe comme patrimoine culturel depuis 2017, dont 31 protégés à titre exceptionnel (ancienne fonderie, atelier des machines, cheminée, tour de guet incendie, pont ferroviaire sur la Lepenica, fabrique de cartouches).

Une ville marquée par les guerres du XXe siècle

Kragujevac redevient brièvement capitale de la Serbie en guerre entre 1914 et 1915 (le Grand Quartier général y siège), et une unité des Scottish Women's Hospitals y est active de décembre 1914 à novembre 1915. La ville perd environ 15 % de sa population pendant la Première Guerre mondiale. Le chapitre le plus sombre de son histoire survient pendant l'occupation nazie de la Seconde Guerre mondiale : en représailles à une attaque conjointe des Partisans et des Tchetniks près de Gornji Milanovac, le maréchal Wilhelm Keitel ordonne l'exécution de cinquante otages civils par soldat allemand blessé et cent par soldat tué ; entre le 19 et le 21 octobre 1941, Franz Böhme fait ainsi fusiller près de 2 800 hommes et adolescents de la ville, parmi lesquels une classe entière du premier lycée. Le massacre de Kragujevac, commémoré par le monument du « Vol interrompu » et par le poème Krvava Bajka (« Le Conte sanglant ») de Desanka Maksimović, reste un repère mémoriel central de la ville — un arrière-plan à garder à l'esprit pour comprendre le poids symbolique que prendra, un demi-siècle plus tard, le bombardement de l'OTAN sur ce même site industriel (voir Avril 1999 — le bombardement de l'OTAN sur le complexe industriel de Kragujevac).

De l'arsenal à l'automobile

Ce n'est qu'après la Seconde Guerre mondiale que le complexe, rebaptisé Zavodi Crvena Zastava, entame sa reconversion partielle vers l'automobile — sans jamais abandonner sa vocation d'armement d'origine, les deux activités continuant de cohabiter sur le même site pendant plus d'un siècle et demi (voir Zastava Arms — la branche armement, de la carabine Mauser-Milovanović au fusil M70 et 1953-1955 — le référendum ouvrier, les derniers Jeep Willys et la première Fiat de Kragujevac). Aujourd'hui encore, Kragujevac reste à la fois le siège de Zastava Arms et celui de Fiat Serbia, sur les vestiges du même site industriel fondé en 1835.

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
en.wikipedia.org
Date d'extraction
12 sept. 2026
Voir aussi · fiches citées par celle-ci
Fiches qui citent celle-ci